I.A IIEFORME EX ITALIE
la grande révolution qui détachant les Etats du Nord, rAlleraag’ue et la Suisse, de l’unité catholique, entraînant l’Ang-leterre dans les voies du schisme, agitant la France, transforma les principaux Etats de l’Europe, et n’en laissa aucun entièrement en dehors de son influence. L’Italie elle-même, si étroitement unie aux de.stinées de la papauté, ne demeura pas étrangère au réveil qui devait obtenir ailleurs ses fruits les plus beaux, et ses plus durables conquêtes. Cette terre des arts et de la poésie dont la Renaissance avait partout ranimé le culte, saturée de doute au milieu des splendeurs du génie catholique qui décoraient ses palais et ses temples, tressaillit à la voix de Luther tonnant Contre les abus, invoquant à Worms les droits de la conscience. Les exemplaires de ses écrits que répandaient par milliers les imprimeries de Bàle, circulant de main en main, étaient lus avec avidité dans la Péninsule. « Soyez assuré, écrivait-on de Venise au chapelain de l’électeur de Saxe, George Spalatin, que le nom du docteur Martin Luther est en grande estime dans cette ville. On répète seulement partout ; qu’il
AO.MO rAUÈARin.
prenne garde au pape ’ . » Le portrait du réformateur, peint par Lucas Kranach, et reproduit dans les gravures du temps, était exposé aux regards de la foule, et donnait lieu aux commentaires les plus enthousiastes. « Si la seule beauté digne de ce nom e.st celle de l’âme, quel art, ô Luther, pourrait rendre tes traits immortels, redire les accents de ta mâle éloquence? A ta voix retentissant dans le monde chrétien , la superstition s’enfuit, et les maux qui semblaient incurables trouvent un divin remède. Courage donc, magnanime Luther, ta parole est notre salut, et tes écrits, tes discours ont déjà fait périr plus de monstres que n’en étouffa jamais la main d’Hercule^! » Cet hommage rendu au réformateur par un peuple ingénieux, spirituel, dont il avait sondé jusqu’au fond les plaies morales, n’était que l’expression des besoins qui tourmentaient en secret bien des âmes; et la piquante anecdote du livre de Mélanclithon répandu sous le pseudonyme de Messer Ippojilo de Terra
' « Dicunt aulpm : Caveat sibi a pontifîce. » (Seckendorf, Hisf. Luth , liv. I, ji. 115. Ann. 1520.)
* Schelhorn, Amænilatex Ht.tf. Eccl., t. Il, p. 024.