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Negra, et lu avec admiration par les membres du sacré collège, puis rejeté avec horreur comme provenant d’une plume luthérienne, peint bien l’état de l’Eglise, de la cour pontificale ellemême, ne se dissimulant pas la gravité du mal, la nécessité d’un remède, mais n’osant accepter une réforme véritable * .
Quoi qu’il eu soit, les idées réformatrices trouvèrent un écho dans un grand nombre de cités de la Lombardie, où la distance de Rome, les relations plus fréquentes avec l’Allemagne et la Suisse, favorisaient l’émancipation des esprits. Dès l’an 1524, Milan recevait dans son sein des prédicateurs du culte nouveau. Venise, Padoue, \’icence, Vérone comptèrent de bonne heure des réunions où l’Evangile était lu, librement commenté. Le Vénitien Paolo Rosselli écrivait k Mélanchthon pendant les conférences d’Augsbourg : « Toute l’Italie attend avec anxiété les résultats de votre assemblée. Vous devez donc demeurer fermes et ne pas déserter l’étendard de la vérité, quoiqu’on emploie les menaces, les promesses ou les prières pour vous en détourner. Ayez
* Scoligfirûna xecundn, art. Kotn.
AONfO PALÉAUIO.
égard, je vous en supplie, au salut de tant d’homliies dont les regards sont fixés sur vous, et n’abandonnez pas la cause du Christ ' . » Modène, patrie de Sadolet, fut initiée aux doctrines luthériennes, par Louis de Castelvetro, tandis que la cour de Ferrare voyait se développer dans son sein, soUS les auspices d’une princesse illustre, belle-sœur de François P'", une renaissance spirituelle inaugurée par Calvin luimême. Florence, encore tout émue du souvenir de Savonarole, donna le jour au traducteur de la Bible en langue vulgaire. Antonio Bruccioli, et à Pierre Martyr dont la voix éloquente allait prêcher à Naples des croyances épurées, une réforme sans schisme. Sous ce ciel enchanteur dont Je sourire n'est pas sans tristesse, car il éclaire la dégradation d’un peuple digne d’un meilleur sort, il y a place pour les superstitions do la foule, paganisme éternel qui fleurit sous le nom du Christ, et pour les aspirations de quelques Ames d’élite vers un Dieu inconnu. Mys-
* Cælcstini Act. Comit. Aug., t, II, p. f74. (Lettre du 3fl juillet 1330.) Mac -Créé, de la Réforme en Italie, p. 104, 105.
LA RÉFORME EN ITALIE
tique au Midi, rationaliste au Nord, la Réforme participa de ce double esprit en Toscane, et y fit de rapides prog’i’és, grAces aux circonstances qui appellent spécialement notre attention.
Hn des premiers missionnaires de la Réforme en Italie, fut un gentilhomme espagnol de la suite de Cliarles-Quint, le secrétaire du vice-roi de Naples, Jean de Valdex ' . Elevé à l’université d’Alcala, chargé de plusieurs missions en Allemagne, il avait lu les écrits de Luther, ainsi que les livres de ces pieux docteurs, Tmiler, Ruishrock, Gerson, qui, dans le monde ou le cloître, rêvant une foi plus pure, avaient tracé les règles de la vie spirituelle fondée sur runion de l’Ame avec Dieu. Sous ces influences diverses se forma la piété de Valdex, mélange de foi libre puisée dans l’étude de la parole sainte et d’a.scétique ferveur. Quoiqu’il eût commenté, non sans profondeur, les épîtres de saint Paul, et composé le livre des Ditmea considérations, dont le succès fut très grand, .son apostolat .s’exerça moins par
* « Cavaliore di Cpsarc, mà piii honoratn e splondido cavalière di Cristo. » PnUacc do Curione, en této do la traduction italienne des Divines considérations, 1 vol, in- 12, Itàle, 15C0.
AONIO PAIÉARIO.
ses entretiens, dont l’effet était d’autant plus puissant que la grâce de sa personne ajoutait encore à la vive impression produite par ses dis cours. Les contemporains sont unanimes dans leur admiration pour les qualités qui le rendirent, en peu de temps, l’idole de la société de Naples. Son visage pâle où se peignait la sérénité de son âme comme absorbée par la contemplation du monde invisible, ses yeux noirs dont l’éclat n’était adouci que par une expression de mansuétude et de charité, l’urbanité de ses manières, le charme insinuant de sa parole, la pureté de sa vie, tout concourait à lui assurer un ascendant extraordinaire sur les esprits. Les hommes les plus distingués, les femmes les plus brillantes se pressaient autour de lui, et dans ce cercle d’élite, où jeunesse, beauté, génie, rayonnaient d’un égal éclat, il semblait accomplir Tine mission que lui conféraient à la fois ses talents supérieurs et un appel d’en haut*.
Au premier rang, parmi les membres de la
1 « Pareva chc costui fosse da Dio date per dottore e pastore di persone nobili e illustri... » (Préface de Curione, déjà citée.)
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société spirituelle et polie où brillaient Vittoria Colonna, marquise de Pescara, le poëte Flaminio, le marquis de Vico, le protonotaire Carne- .secchi, martyr prédestiné de la nouvelle doctrine en Italie, se faisaient remarquer deux hommes dont le nom demeure inséparablement uni aux tentatives de réforme dans la Péninsule. Originaires tous deux de la Toscane, ils apportaient au service de cette grande cause des talents éprouvés, une vertu sans tache. La diversité même de leurs dons ajoutait à la puissance de leur apostolat. Ce que l’un était pour les savants, l’autre l’était }>our le peuple. Né à Florence de parents nobles et riches, et doué du caractère le plus aimable, Pierre Martyr Vermigli fit ses études en compagnie des jeunes gens les plus distingués de la république, Ricci, Capponi, Francesco Médicis , neveu de Côme , auxquels il inspira une vive affection. Les plus brillantes perspectives .s’ouvraient devant lui, quand sai.si tout à coup d’un de ces accès de mélancolie et de ferveur qui conduisent au cloître les âmes ardentes, il dit adieu au monde pour entrer, à l’âge de .seize ans, malgré les larmes de sa mère.
au moiuistère de Fiésole. Il y passa trois ans en qualité de novice, avant de se rendre à l’iiniversité de Padoue, où, sous la direction des maîtres les plus habiles, il étudia les monuments de l’antiquité profane et sacrée qui lui devinrent ég’alement familiers, et se forma dans l’art oratoire Nommé prédicateur de son ordre, celui des religieux augustiniens, il s’acquitta de cette mission avec le plus grand succès, et obtint beaucoup de réputation pour la solidité de son savoir et la gravité de son éloquence. Ses services ne furent pas méconnus. A peine Agé de vingt-six ans, il fut élu abbé de Spolete, titre qu’il échangea bientôt contre celui de prieur de Saint-Pierre aà Aram^ un des plus riches bénéfices de l’Italie. En possession d’une dignité qui égalait presque l’épi.scopat, aimé des religieux de son ordre, estimé des plus éminents prélats, Contarini, Pôle, Fregoso, dont la faveur hii aplanissait le chemin des plus hautes charges ecclésiastiques, rien ne manquait à ses vœux,
' « Ut non modo græcos oratores et philosophos, sed poetas quoque intellip:cret. » (Simler, Orutio de vita et nhüu Pétri Martyria. Zürich, 1563.)
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quand un clmng'einent soudain dans ses croyances imprima une direction inattendue h sa destinée. Quelques écrits de Bucer, répandus sous le pseudonyme d'Arétius Félinua , tombèrent entre ses mains; il ne put les lire sans y puiser des doutes que confirma le livre de Zwingle de » Vera etfaJsn religioiie^ et que ne devait pas dissiper une étude plus attentive de l’Evangile. Il lutta longtemps dans le secret de son cœur avant de se détacher de crovances révérées, et s’il ne se sépara que plus tard del’EgKsedont il discernait les abus, c’est que sans doute il ne dé.«espéra pas de voir une réforme s’opérer sans déchirements dans son sein , et de contribuer peut-être à en assurer le succès.
L’histoire d'Ochino présente, à la fois, de vifs ^ contrastes et de singnilières analogies avec celle de Martyr. Il vit le jour à Sienne en 1487. Jeune encore, la soif de gagner le ciel par une vie de renoncement et d’austérités s’empara de son âme. Il entra dans l’ordre des Franciscains qui lui semblait de tous le plus sévère, et ne tarda pas à l’abandonner pour suivre la règle plus dure . des Capucins. Mais, ainsi que Luther, il était
destiné à faire l’épreuve de l’inanité des pratiques monastiques pour calmer la conscience tourmentée par le sentiment du péché. Quand il avait multiplié les jeûnes et les pénitences, quand il s’était longtemps prosterné devant les plus saintes imag-es sans obtenir une réponse à ses prières, il s’écriait douloureusement : « Seigpneur, si maintenant je ne suis pas sauvé, je ne sais plus que faire ' . » Ce ne fut que plus tard qu’il ressentit la joie du pardon, qu’il connut la paix, fruit d’une humble confiance dans la miséricorde céleste. Fra-Bernardino n’était déjà plus un moine obscur, voué aux pratiques d’une dévotion sans spiritualité. C’était un prédicateur puissant, dont le nom répété par tous les échos de la renommée , avait retenti dans les principales cités de la Péninsule. Depuis Savonarole, aucun orateur n’avait déployé une puissance comparable à la sienne, soit que réconciliés à sa voix les habitants de Pérouse promissent d’abjurer des haines séculaires , soit que sous les
* « Mi ricordo che dissi a Cristo : Sigrnore, se hora non mi salvo, non so che farmi piu. n(Leltere, manuscrit de labiblioth. de Sienne.)
LA KEFORME EN ITALIE
voûtes de Saint-Marc il retînt toute une cité captive sous le charme de sa parole , ou que prêchant à Naples pour une œuvre de charité, il recueillît la somme prodigieuse de cinq mille écus. Charles-Quint disait, après l’avoir entendu : « Cet homme ferait pleurer les pierres ! » et Bembo n’avait pas assez d’éloges pour cette éloquence mâle et simple qui savait exposer les plus hautes vérités dans un langage accessible aux savants comme aux ignorants, aux grands du monde comme aux petits*. Tout, il est vrai, dans la personne d’Ochino, ajoutait à ce mystérieux pouvoir de la parole, le plus beau qu’il soit donné à Thomme d’exercer ; sa stature imposante, sa tète blanchie avant l’àge par les fatigues de l’apostolat, sa physionomie austère, sa vie conforme à sa doctrine. On négociait pour obtenir une de ses prédications comme pour les plus graves affaires d'Etat , et quand, revêtu de l’humble costume de son ordre, il arrivait dans une ville, on lui prodiguait les honneurs réservés aux personnages les plus distingués. Un tel
• Bembo, Leltere, l. IV, p. 108.
AONIO PALEAKIÜ.
hüiuuie ne pouvait pal•aî^re à Naples sans exciter le plus vif intérêt dans tous les rangs de la population, sans être bientôt uni à Valdez et à Mart}T par les liens d’une pieuse amitié.
Ainsi se forma de bonne heure l’évangélique triumvirat qui, selon l’expression d’un historien du temps, « ravit plus d’àmes à l’Eglise que n’en avaient fait périr les hordes de Bourbon. » Ce n’est pas que Valdez et ses amis attaquassent de front les doctrines catholiques; ils s’abstenaient avec soin de toute controverse. Leurs disciples imitaient cet exemple. Tantôt réunis à la Chiaïa, sur les pentes du Pausilippe, tantôt rangés autour de la chaire de Saint- Jean-Majeur et de Saint-Pierre ad Aram^ où retenti.<sait la voix éloquente d’Ochino et de Martyr, ils se distinguaient par une mise sévère, des mœurs pures, et s’attachaient à répandre un petit nombre de vérités supérieures dont l’influence devait préparer la formation d’un peuple nouveau, et la restauration du culte en esprit. La chute de l’homme, la grâce ofierte eu Jésus-Christ, l’œuvre du Saint-Esprit dans les cœurs, tels étaient les points particulièrement développés dans leurs
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discQursï. Leurs efforts ne furent pas inutiles : « Ce nouveau mode de prédication, dit Giannone, en excitant vivement les esprits, donna lieu à beaucoup de disputes sur l’Ecriture sainte, sur la justification par la foi ou les œuvres, sur le purgatoire; et les questions jusqu’alors réservées aux seuls théologiens, dans l’ombre des écoles, tombèrent dans le domaine public. Elles furent discutées par les laïques, et même par des hommes sans théologie et sans lettres. Que dis-je? on voyait jusqu’aux plus humbles artisans at^ teints de la démangeaison de raisonner sur ces matières, commenter les épîtres de saint Paul, discourir sur les points les plus obscurs, et l’hérésie faisant tous les jours de nouveaux progTès ae répandre dans le royaume de Naples, comme elle avait déjà fait dans plusieurs contrées de l’Italie L »
■ Ce passage est confirmé pai* le rapport des quisiteura au pape Paul III. « En peu d’années le poison infecta un très grand nombre de per-» sonnes, tant hommes que femmes, dans le menu
^ Giannone, hto'ia di Napoli, t. IV, liv. xxxii, p. 60 et suivantes.
peuple comme dans la noblesse * . » Les doctrines les plus chères à l’Eglise catholique, le jeûne, le purgatoire, les indulgences, furent ébranlées, et le salut gratuit offert par la miséricorde divine aux pécheurs devint la consolation de bien des âmes qui n’avaient recouru jusqu’alors qu'aux mérites des saints. La mort de Valdez, en 1540, n’arrêta pas le mouvement dont il n’avait peutêtre pas prévu toute l’étendue. Le souvenir du Maître, gravé dans le cœur de ses disciples, se confondait pour ainsi dire avec l’image des lieux où il avait vécu ; € Florence est toute belle, écrivait Bonfadio; mais l’aménité du ciel de Naples, ce site enchanteur, ces rivages, siège d’un éternel printemps, où la nature déploie amoureusement sa pompe et sourit dans sa majesté, ne donnent-ils pas l’idée de la suprême beauté ? Plût à Dieu que nous pussions nous y trouver réunis comme autrefois, quoique, à vrai dire, je n’ose former un tel souhait depuis que ^'aldez est mort ! C’est une grande perte pour nous et pour le monde entier, car Valdez était un des
' Caracciolo, Vit a di Paulo IV. (Manuscrit du British Museum.)
LA KEFORJIE EN ITALIE
persounag'es les plus remarquables de l’Europe, comme l’attestent les écrits qu’il a laissés. Dans ses actes comme dans ses paroles, et dans toutes ses pensées, il était sans nul doute un homme accompli. Avec une parcelle de son âme il soutenait son corps débile et amaigri par la souffrance. Mais la plus noble partie de lui-même, sa belle intelligence, détachée par anticipation des liens terrestres, était absorbée dans la contemplation de la vérité. Je joins mes larmes à celles de Flaminio que Valdez aimait, admirait par-dessus tous les autres » Ce bel éloge ne semble pas suffisamment justifié par la lecture des écrits de Valdez. Théologien mystique, il n’a ni la douceur de Gerson ni la flamme de .sainte Thérèse. Son influence ne s’explique que par un de ces dons supérieurs, dont l’effet irrésistible sur les contemporains demeure un secret pour la po.stérité.
Quoi qu’il en soit, l’œuvre de Valdez ne périt point avec lui. Propagée par Ochino et Martyr, elle continua ses progrès dans le midi de l’Italie.
*• Bonfadio à Carnesecchi, Lettere volgari. ( Edition aldinc, p. 33.)
AOXIO PALKAHIO.
Nous eu retrouvons la trace jusque dans les effusions d’un relig’ienx du Mont- Gassin, Baptista Foleng-i ; « De nos jours, s’écrie-t-il, spectacle véritablement admirable ! les femmes, dont l’esprit est d’ordinaire plus enclin à la vanité qu’à la science, se montrent profondément pénétrées des vérités du salut, et des hommes appartenant aux plus humbles conditions, des soldats même, nous offrent l’exemple de la perfection de la vie chrétienne. Siècle digaie de l’àge d’or ! Dans la Campanie où j’écris maintenant, le plus savant prédicateur deviendrait encore plus habile et plus saint par une conversation avec quelques femmes nourries des saintes lettres. J’ai fait la même observation à Mantoue, mon pays natal.
l)ieu de bonté, quelle abondante effusion du Saint- Esprit ! Quelle ferveur ! Quelle piété parmi ces hümbles ser\'antes parées de l’incorruptible couronne du Christ ! J’apprends que dans un g-rand nombre de cités tout leur plaisir est de se rendre
en secret à des réunions de prières, de visiter les
malades, de panser les plaies les plus rebutantes de leurs mains délicates plus faites pour manier les bandelettes nuptiales. A ces nouvelles, je me
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sens ravi d'admiration, et je me demande quelles merveilles nous présag’ent ces manifestations étonnantes de foi et de charité ' . » L’auteur de cette belle page, détachée d’un commentaire sur les psaumes qui rappelle parfois le livre de l’/wf- ^^ifo#,Baptista Folengi, nous est peu connu. Un mystère douloureux environne sa vie. Lorsqu’à l’Age de soixante-deux ans il achevait son livre, fruit de l’exil, baigné plus d’une fois de ses larmes *, il se consolait de ses maux en contemplant à l’horizon l’aube d’un jour meilleur pour l’Eglise. Des hauteurs du Mont-Cassin, comme d’un nouveau Sinaï, il saluait de loin la terre promise dans laquelle il ne devait point entrer.
La Réforme de Naples se rattache par les liens les plus étroits à celle de la Toscane, toute pleine encore du souvenir de Savonarole. Quarante ans s’étaient écoulés depuis la mort de l’éloquent dominicain, mais sa mémoire vivait au fond
> K Totiis sane horreo cuni hæc commentor, pavidiisque quein fînem istius modi sortiri volit novitas oxpecto. » J. B. Fo- Icnqii Commentarii in Psallerium Damdis. Iii-4“, Bâle, 1557, p. 388.
s « En noptri exilii frnctus, en partus nemorum, en fldei meæ eonfessio. » [Ibidem, dédicace, Ides de décembre 1542.)
AÜ.MO PALÊAKIO.
des cœurs, et son nom g’iorifié par un de ses disciples, Fra - Benedëtto , était l’objet d’un culte pour les âmes pieuses qui soupiraient après la réu’énération de l’Eglise. Ce rêve était celui de Martyr etd’Ocbino, tous deux enfluits de la Toscane. Tandis que le premier, s’éloignant de Naples, allait fonder à Lucques une congrégation évangélique dont nous retracerons plus tard les destinées, le second parcourait incessamment l’Italie, et dans ses brillantes missions à Florence, à Venise, il visitait fréquemment Sienne, sa patrie, Les archives de la Seigneurie contiennent de nombreux appels adressés h Ochino, avec ses réponses, qui respirent le plus vif amour pour son pays natal ' . Durant .ses retraites au moua.stère de son ordre, près de la ville, il recevait de nombreux visiteurs, qui se retiraient également pénétrés de la pureté de sa doctrine et de la sainteté de sa vie. Paléario ne put le voir et l’entendre, sans l’admirer, comme le prouve le bel hommage qu’il rend dans plusieurs de ses écrits à la vertu pre.sque divine de l’homme dont
> « Per essere lo amor délia palria juste o santo, etc... » (Lettre du 20 mai 1542. Arch. de Sienne. !Æere, vol. XXXII.)
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l’éloge était alors dan.s toutes les bouches ' . L’influence d’Ochino sur ses compatriotes fut égale à sa popularité. Dans les rangs du clergé comme dans ceux de l’université , dans la bourgeoisie comme dans la noblesse, la Réforme fit des progrès atte.stés plus tard par de nombreuses émigrations. « Sienne et Florence, dit un inquisiteur, ne furent que trop infectées d’hérésie » La patrie d’Ochino fut aussi cèlle de Lactanzio Rangone, de Mino de Celsa, l’un des premiers apôtres de la tolérance, et des Socin.
Paléario dut ressentir de bonne heure le souffle de l’esprit nouveau qui préludait par le rajeunissement des lettres à celui de la religion. Né dans une famille pieuse, élevé dans le respect des croyances que l’enseignement de l’Eglise et l’assentiment continu des générations avaient confondues peu à peu avec la foi des premiers âges, il ne .séparait pas dans la ferv’eur de ses
* « Summa admiratione colrbalur hujiis viri incredibilia quædam et divina virtiis. » (0/je/a, p. 103,105, 194.)
* « Siena e Fironzc furono assai piene d’ereaie. » (Caracciolo Vita di Paoto IV, manuscrit déjà cité.)
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dévotions l’adoration de Jésns-Chrlst de l’obéissance filiale due à son vicaire. Le pape était pour lui le représentant de Dieu, l’interprète de la vérité, rendant incessamment ses oracles du liant de la chaire de Saint-Pierre. Le spectacle de la cour de Rome n’était pas fait pour confirmer ces naïves impressions de l’enfance, développées dans le cœur de l’adolescent par les leçons de Phllûnardi. Quel contraste pour une âme sérieuse entre la vie de saint Paul et celle d’un Alexandre Vî, d’un Jules II ! En fiice du Colisée, théâtre du baptême .sang'lant de l’Eg-lise, au-dessus des catacombes témoins de sa vie cachée et de sa g^lorieuse victoire après trois siècles, des pompes et des fêtes qui semblaient empruntées au png’ani.sme vaincu ! La corruption, élég‘ante et grossière, s’étalant à tous les degrés de la hiérarchie, et jusque dans les rangs du .<îacré collège; une courtisane, Impéria, l’Aspasie de la Renaissance, recevantdes honneurs presque divins; la religion s’élevant comme une ruine de plus dans la ville de« ruines! On saitl’impre.ssion que produisit .sur Luther cette société à la fois superstitieuse et impie, livrée à tous les désorrires et h tous les
LA RÉFORME EN ITAI.tE,
vicea. Entré moine h Rome, il en sortit réformateur. Paléario'ne fut pas moins attristé de ces saturnales dont le souvenir le poursuivait sans doute quand il écrivit ces lignes, qui rappellent les plus véhémentes invectives de Luther ; « A Rome,* la démoralisation s’étale partout, elles pontifes ne rougissent point de prélever un droit sur l’impudicité comme sur l’usure. Ce ne sont partout qii’ exactions, violences, simonies, rapts, vente et achat des choses saintes, et pour tout dire enfin, abominations si monstrueuses que quiconque est animé de l'esprit de Jésus-Christ, peut lire clairement ces mots sur le front de la Curie : C’est ici la grande Bahylone, la mère des fornications et des impudicités de toute la terre ' . »
Il est vrai que ce cri d’accusation ne s’éleva du cœur de Paléario * qu’ après bien des années
* Ce langag^e diffcro h peine de celui du pieux Adrien VI : «Scimus in hac sancta scde aliquot jam annis mulla abominanda fuisse, olc... i> et du rapport adressé en 1337 an pape Paul III : Comilium delectorum cardinulium et uliorum pnelatorum de emendandn ecclesia (p. 26, 57). L’authenticité de celte pièce embarrassante, attribuée d’abord à la plume des protestants, a été reconnue par le cardinal Quirini. 'Voir Mac-Cree, p. 95, 96.) — * Opertij p. 430.
AOMO PALÉARIO.
de luttes intérieures, de vœux incessants pour la réforme de l’Eg-lise, et d’espérances toujours trompées. Ses lettres ne nous révèlent qu’<à demi le secret de cette douloureuse histoire qui fut celle de plus d’un de .ses contemporains. Mais Paléario n’était pas homme à gémir sur -la décadence de l’Eglise, sans en chercher le remède. Des abus remontant à leuï source, il crut saisir la cause du mal dans l’oubli des saintes Ecritures, dans l’abandon des règles apo.stoliques, dans l’ignorance du clergé .s’interposant entre Dieu et les fidèles. Cette cause, il n’hésita pas à la signaler. Dans une lettre à Paul Sadolet, neveu du cardinal, on lit ces mots ; « Je vous le dirai, mon cher Paul, avec ma franchi.se accoutumée; il est une race d’hommes adonnés à la fraude et à toute espèce de vices qui par ostentation ou par intérêt se sont plu h obscurcir des vérités plus éclatantes que la lumière du .soleil. Si le dépôt de la science humaine eût été seul altéré entre leurs mains, on pourrait aisément le leur pardonner. Mais que le tré.^or de la révélation divine elle-même, c’est-à-dire notre vie, notre lumière, le garant de notre immortelle de.s-