CHAPITRE II
Pendant que, dans le café, les commentaires allaient leur train au sujet de la petite Arabe, le commandant fdait à travers l'atmosphère embrasée, le long des maisons basses soigneusement blanchies à plusieurs couches de chaux, clignant des yeux et se serrant dans l'ombre étroite des murs; car il eût été imprudent, même pour un vieil Algérien comme lui, de se risquer au milieu du vaste carré blanc que surchauffaient, en s'y concentrant, les rayons du soleil d'Afrique, aussi mortels pour l'Européen, en plein mois d'août, que la balle de l'ennemi. Comme il contournait l'un des angles de la place, une forme légère, sans couleur dans l'éblouissement de l'irradiation • lumineuse, arriva sur lui en sautillant et vint se jeter dans ses jambes. Il la souleva de ses mains robustes : le fin visage de la petite Arabe, d'une pâleur mate trouée par l'ombre de deux yeux profonds, allongés, sortit du haïk qui le protégeait. Malafaye y appliqua un gros baiser, remit sa filleule à terre et lui demanda de son ton de commandement :
« D'où viens-tu, petite sauvage? Pourquoi n'es-tu pas en classe?
— Je viens de là, fit l'enfant, en montrant de loin l'entrée basse de l'école; j'étais devant la porte et je t'ai vu passer. »
Elle ajouta sans transition et sur un ton tranchant :
« Mais je ne veux plus qu'on m'appelle une sauvage, en-
; s AOHNA. LA NIECE DU CURÉ
tends-tu, mon parrain?... Il n'y a de sauvages que les Bédouins
et I • »
'.'(aient colon''-., elle ponctuait sa phrase en
frappanl du pied.
bon, calme-toi. dit l'officier qui ne put s'empêcher je n'ai pas voulu te faire de peine,* Pauline. Tu es
chrétienne, la France t'a adoptée, c'est bien Mais tu dois
savoir que tn es la fille d'un chef arabe, mort à la guerre
Tu as peut-être encore des parents à la montagne, et s'ils s'avisaient un jour de te reconnaître
— Jamais! cria la fillette d'une voix aiguë; non, jamais je
n'irai à la tribu. Jq me tuerai plutôt avec ton grand sabre
je ne veux pas être ni Arabe ni Kabyle Ils sont méchants,
ils n'adorent pas Jésus-Christ; ce sont tous des Oukd-Chitihui (1)! »
Elle cracha à terre en signe de mépris. Tout son petit corps tremblait d'indignation; puis elle fondit subitement en Larm
. Malafaye, tout pensif, la considérait en silence. Quand ce transport de colère fut apaisé, il lui prit la main et, s'enfonçanl sous une voùie dont l'extrémité formait impasse, il s'arn'i.t devant une porte cintrée, peinte en vert sombre et garnie de cloua énormes. Il laissa retomber le marteau: l'abbé Le Kopp se montra sur le seuil.
i.iit un homme de trente-sept à trente-huit ans au plus,
de haute stature, large d'épaules et maigre de corps. Son œil
bleu, au regard doux et rêveur, et le sourire de bonté
empreint sur ses lèvres, formaient un curieux contraste avec
Bon app force physique, son teint brûlé par le soleil,
barbe brime terminée en pointe, et l'allure dég<
i il mon.
semi-militaire, de tous ses mouvements, allure contractée sans doute à la suite des colonnes expéditionnaires.
« Tenez, lui dit Fofficier, voilà ce que je vous ramène; ça vient de me tomber entre les jambes. »
Le curé la salua d'un geste amical; puis sa figure se rembrunit, et il regarda sévèrement la petite fille qui s'était, d'instinct, reculée derrière son parrain et cherchait à cacher sa figure.
« Àouïna (il n'employait ce nom que lorsqu'il était mécontent), il est à peine 3 heures Gomment n'es-tu pas en
classe? »
L'enfant prit bravement son parti, releva la tête et répondit avec assurance :
« Jai vu passer mon parrain et j'ai voulu l'embrasser
J'étais dehors La Sœur m'avait mise à la porte.
— Miséricorde ! A la porte! s'exclama le commandant.
Entendez-vous, l'abbé?
— J'entends. Mais, d'abord, qui t'avait permis de quitter ta pénitence, si tu étais punie?
— Oui, entends-tu, petite sauvage ! appuya le commandant pour Fexempie; un homme puni ne doit pas déserter le violon C'est grave, cela! »
Aouïna regarda fixement le militaire, appuya sa petite figure contre la rude main qui emprisonnait la sienne, et répondit d'une voix basse et câliné :
« Oh! c'est parce que je t'aime, mon parrain. Pour un autre je ne serais pas venue à travers la chaleur, oh! non
— Cave blandientem mulierculam (1), » murmura l'abbé, tandis que le redoutable commandant toussait avec sonorité pour raffermir sa voix, et passait à la dérobée sa main gauche
(1) Vieux proverbe du moyen âge : « Gare aux câliueries féminines ! »
20 AOriNA. Là NIÈCE DU CURÉ
sur ses yi ux qui papillotaient, en maugréant quelques paroles
indistinctes sur l'éclat aveuglant du soleil (bien qu'il fût dans
l'ombre de la \< afant observait les deux hommes
mit' parfaite placidité. Ce fut le curé qui reprit la parole :
« Commandant, je crois que vous vous entendez mieux à
Idats que cette enfant-là. Il ne s'agit que d'être
froid et ferme. Voulez-vous me laisser
— Oui. <mi. l'abbé, soyez ferme, interrompit Malafaye un I rexé, sur un ton d'ironie.
— Me laisser l'interroger? poursuivit l'abbé.'.... Aouïna, réponds-moi sans détours : c'est une grosse punition que d'être mise à la porte. Quelle faute avais-tu donc commise?
— Je n" ivais pas commis de faute, répliqua tranquillement la fillette, sans lâcher la main du commandant. Mais la Sœur l';i cru Elle a donc bien l'ait de me punir.
— Pas de faute? Qu'est-ce que tu me racontes là?
— Non. lit la petite^ voilà ce que c'est : il y a la grand'' Melka i ! . la monitrice générale, la juive, qui .ne se plaît qu'à tourmenter les petites
— El elle l'a n ormentée? questionna brusquement Malafaye, dont les sourcils se hérissèrent menaçants.
— Pas moi. elle u'oserail pas! mais les autres
Aujourd'hui, cil.: faisait exprès de vouloir mettre en faute la petite Annette, la fille du forgeron alsacien, parce que le père d'Annette a dit l'autre jour au sien, devant tout le monde,
qu'il l'avait vol/' dunette était donc là. bien sage; voilà
qu'en passanl devant elle. Melka a fait tomber l'encrier avec
• ■non: il a sali tout le parquet. Alors elle a fait sémillant tpif c'était Annette, elle lui a mis tout haut une mauvaise unie et. pendant que la Sœur s'en allait au tableau, elle l'a frappée
lifte Reine.
avec sa baguette de monitrice. Moi, je lui ai arraché sa baguette et je l'ai battue avec.
— Toi, petite, tu as battu la grande Melka?
— Oui, moi. La Sœur n'a vu qu'un coup, mais je lui en ai bien donné cinq ou six solides, et un fameux soufflet sur
le nez Melka est grande, elle a douze ans, mais ce n'est
rien qu'une lâche, une méchante Youde, qui s'est sauvée en pleurant. Alors la Sœur m'a envoyée debout à la porte. . . Voilà. »
Les deux hommes se regardèrent; ils connaissaient trop bien les mœurs des populations algériennes pour mettre en doute le récit d'Aouïna. Le curé prit un air grave.
« Tu as mal fait, Aoiïma, très mal fait. Tu es trop petite pour te permettre de corriger les autres. Si Melka faisait une méchanceté, il fallait en prévenir la Sœur; elle seule a le droit de punir ou de récompenser dans la classe. Comprends-tu?
— Oui, dit l'enfant un peu confuse. .
— Tu n'avais pas à punir toi-même Melka C'est comme
si tu prétendais aller commander les soldats à la place de ton parrain, entends-tu cela? Tu as donc volé le droit de commandement de la Sœur à qui tu dois obéissance. »
Cet argument ainsi formulé parut impressionner la petite fille; elle avait baissé la tête. Le curé l'observait, il reprit:
« Nous irons donc demander pardon à la Sœur, publiquement, c'est-à-dire devant toute la classe Le veux-tu?
— Je le veux, fit docilement la fillette, qui se tourna vers l'issue de l'impasse et parut prêle à marcher.
— Et tu embrasseras celle que tu as battue, » ajouta intempestivement Malafaye.
Le visage de la petite fille se crispa violemment; son regard étincela, et elle recula en disant d'une voix altérée :
« Embrasser la Youde, moi! Oh! non! non!
J'aime mieux rester à la porte. »
AOULNA, 1 A NU i E DU CUBÉ
i;., parer l'imprudence de son ami :
« C'est bon, dit-il, tu t'arrangeras plus tard Ika.
Elle a mal I Mais avant tout, la conscience
Dieu qui est touj tors le premier offensé du mal que l'on
c.inii s lui demander pardon, d'abord?»
•uïna s'agenouilla sur les marches du pi ut haut son Canfiteor; puis, se relevant, elle
ajouta ent:
de, oncle Le Kopp (c'était le titre qu'avait
pris l Ite).
— Très bien, ma Pauline, dit le prêtre un peu ému. Je s franche et que tu as le sentiment de ce qui est juste. AI. iver la Sœur.
Ue commandant, étonné de la docilité de sa petite panthère i ainsi qu'il la désignait parfois, à cause de s félines et deses emportements subit; itit piqué de curio-
sité: il oublia qu'on devait l'attendre au bureau de la place, il à suivi,' à distance la petite fille et le prêtre, et s'arrêta l'encadrement de la portr. toute grande ouverte, de l'école. Il regarda : les fillettes, debout \ leurs places, écoutaient eti silence la courte semonce que la directrice, à la suite de la démarche du curé, avait jugé utile d'improviser. Après quoi, faisant a ! Ika. la Sœur la dépouilla du carnet
appelé /'/ Note, du crayon et «le la baguette, insignes de la té de monitrice, et l'envoya se mettre à geneui à son
don avait amené sur tons les visa de satisfaction très expressives. Seules, < inq ou
irds de désolation
mm i m du supplice
in • Melka. Mais, avec la dissimupropre de leur race, elles I Tent
bien de manifester ouvertement leurs impressions, et, voyant qu'elles étaient malignement observées par leurs compagnes, elles trouvèrent moyen de refouler leurs larmes près de jaillir, composèrent leur physionomie jusqu'à feindre l'allégresse et parurent, finalement, indignées de la conduite deMelka.
Depuis quelques secondes, la Sœur cherchait des yeux l'élève qui lui semblerait la plus digne de succéder à la monitrice dégradée. Frappée d'une idée subite, elle attira à elle la petite Pauline.
« Tout à l'heure, lui dit-elle, tu as commis une faute; mais c'était par ignorance pure et dans une bonne intention, et ta démarche l'a entièrement réparée. Tu as le sentiment de la justice et tu aimes bien tes camarades; je veux voir si tu
saurais être juste C'est toi que je fais monitrice jusqu'à la
fin de la semaine, bien que tu n'aies que sept ans. Tâche de te rendre digne de toute ma confiance. »
Elle donna, d'un coup de claquoir,\e« signal d'attention», et éleva la voix :
« Vous entendez, mes enfants ! Pour la fin de la semaine, c'est Pauline qui fera la Note, et il faudra l'écou de vous n'est pas contente de la monitrice, c'estra moi qu*^^.
doit venir s'en plaindre, à moi seule. » ifô >
Pauline avait certainement beaucoup d'amies dajtèvk classe car une foule de sourires et de petits gestes d'amitié lut furent spontanément adressés du haut des gradins. Mais elle ne les vit point; toute rose, la tête penchée, elle tournait et retournait dans ses mains, avec embarras, les marques de son nouveau
grade; son cœur battait vite Elle fit un effort, releva la fête
et, d'un geste rapide, tendit à la directrice les précieux insignes. « Eh bien! que fais-tu donc? dit la maîtresse étonnée.
— Je n'en veux pas, balbutia-t-elle; je je ne ne
veux pas être monitrice.
24 AOUINA, I \ me :e do curé
— Quelle esl cette lubie? De la vanité blessée, peut-être
— Non, répondil résolument la petite. Il faudrait être juste avec tout le i z dit Moi, je ne serais pas
juste.
Tu i de l'être, Pauline., avec la grâce du bon Dieu,
il je serai là pour te redresser. Allons, pas tant de scrupules!
— Non, répondit l'enfant avec plus de force. Je serais peutêtre jusl niais pas avec les Youdes Je
les déteste trop! »
Elle dirigea vers la gauche des gradins un regard flamboyant et ajouta, ''H étendant de ce côté son petit bras nerveux :
Ma Sœur, je me connais Si vous me faites maîtresse de
la baguette, je commencerai par rosser les sept cafardes qui sonl là »
Élevée au milieu des soldats, la Nièce du dur en parlait facilement le langage. Au reste, les nièces de colons ne lui cédaienl en rien sons ce rapport, et leur conversation ordinaire
reproduisait couramment toutes les expressions triviales
usitées d'Alexandrie à Gilbratar, en passant par l'Alsace et la Belgique.
Devant l'obstination de l'élève, la directrice hésita; elle la renvoya sans rien conclure à sa place ordinaire. Quant aux sept petites filles si rudement qualifiées par la rancune d'Aouïna, elles avaient accueilli sa nomination par un mouvement de terreur qui, à la suite dn refus qu'elle opposait si énergiquement a la Sœur, lit place, sans transition, à un épanouissement «le joie qui n'avait rien d'équivoqui
en se retournant, aperçut alors Malafaye, toujours immobile.
Elle se rapprocha de lui en même temps que le curé, et ils échangèrent spontanément la même phrase :
ii j eut dire ce que deviendra cette enfantl
Le surlendemain de son débarquement, le capitaine
— Bah ! fit l'officier, il ne ressort de tout ceci que ce que nous savions déjà : elle a de la droiture et un rude caractère ! Ce n'est pas un mal, bien au contraire.
— Je ne puis rien augurer de précis, dit le prêtre, elle me déconcerte; voilà quatre ans que je l'observe et que je me demande comment nous parviendrons à lui enlever ce dessous musulman, implacable, quelle tient du sang même d'où elle
est sortie Ah! j'ai passé plus d'une bien triste veille à cause
d'elle! »
La jeune religieuse leva, avec étonnement son regard limpide sur la figure soucieuse de l'abbé qu'elle considéra attentivement pendant quelques secondes, puis elle baissa les yeux et répondit avec simplicité de sa voix calme :
« Oh ! mais vous prenez les choses bien au tragique/Monsieur le curé. Pourquoi tant se tourmenter à l'avance de ce qui sera réglé par la Providence? Tout ce que Dieu garde est bien gardé. Il a fait tomber cette âme entre vos mains,
Monsieur le curé Croyez-vous qu'il n'achèvera pas son
œuvre, si toutefois nous avons la sagesse de n'y pas mettre nous-mêmes obstacle?
-= "Très bien dit, ma petite Sœur, s'écria Malafaye. Faisons notre devoir tel qu'il se présente, et laissons à Dieu le soin d'en tirer les conséquences selon sa sagesse; il n'en sortira que
du bien Moi, je ne démords pas delà..... Eh bien! mon
cher abbé, voici l'heure venue de prendre une résolution nette. Si la petite sent encore trop l'Arabe, il faut faire ce dont nous avons déjà parlé : l'envoyer à Lyon. »
Le curé eut un geste que Malafaye arrêta :
« Compris Mais croyez-vous que, depuis quatre ans, je
n'aie pas songé à l'avenir.? J'ai fait des économies, parbleu! Je n'avais du reste que ça à faire, en ce pays-ci. Comme premier sauveteur et comme parrain, je connais mes obligations.
Avant trois ans, je serai lieutenant-colonel; c'est une riciicela!.... Jusque-là, ce que j'ai amassé doit amplement suffire à payer une bonne pension. Envoyons l'enfant, morbleu! Elle nous reviendra civilisée, dansant la gavotte, faisant la révén e1 se trouvant mal au bruit d'un pétard, — puisque vous tenez à la voir ainsi »
Il s'arrêta une seconde, et reprit avec un sourire bonhomme : Par exemple, je ne vous promets pas qu'elle demandera ■i porter la grande cornette comme notre Sœur du Meslier ici présente; la vocation, c'est une autre affaire. »
La Sœur s'était soudain redressée, et ce fut d'un ton presque impérieux qu'elle répliqua :
» Et qu'en savez-vous donc, commandant ? Nous en avons dans l'Ordre qui ont été plus terribles qu'elle, et ce ne sont pas les moins bonnes, retenez bien cela.
— Dieu le veuille! » fit l'abbé qui soupira et prit son chapeau:
Tout l'entretien avait eu lieu devant la porte de l'école.
Le curé s'avança de quelques pas dans la classe, leva lentement la main, et dessina avec gravité une bénédiction que les élèves reçurent en s'agenouillant, sauf celles qui n'étaient point catholiques. Il reprit ensuite le chemin de sa modeste habitation mauresque.
commandant allait l'imiter quand la Sœur, le tirant douai nent par la manche de sa tunique, lui murmura à l'oreille : \vez-vous remarqué comme notre bon curé a le cœur faible au sujel «le cette enfant? Une mère n'y tiendrait pas ; i\ ;' ij. ... \ ■ .- 1 i 1 1 1 > - 1 1 1 . ji' . • Mii- pas •■loignôe d'\ voir un piège du démon; car i! se crée à lui-même, à chaque incident, d'ina mcevables soucis. Commandant, laissez-moi insister pour ce
l) Les 1 illes de la Charité conservent, on le sait., leurs noms de famille
fameux départ dont on parle depuis des mois Vous pouvez
faire les frais, eh bien! prenez une décision; M. le curé n'ose le faire.
— Oui, dit Malafaye, vous n'avez que trop raison. Comptez sur moi; Pauline a droit a une éducation convenable; et puis,
deux hommes ne valent rien pour diriger ce petit être
Avant quinze jours, je vous le promets formellement, Pauline aura quitté l'Afrique. »
Il salua, et s'en fut au bureau de la Place, dont il cumulait la charge avec ses autres fonctions. Le sous-officier de service l'y attendait depuis une demi-heure, et charmait sec loisirs en se balançant mollement sur les débris d'un ancien filet de pêche tendu en guise de hamac dans la petite cour intérieure, et en fredonnant avec sentimentalité les couplets, tout récents alors, du Troupier blessé :
Rose, l'intention d' la présente Est pour t'instruire ed' ma santé, Etc
Dix jours après, le Sphinx, aviso de l'État, faisant la correspondance de la côte, emportait la petite Pauline vers Alger, sous la protection du capitaine de Beauroy, qui avait un congé de santé. Là, elle passa avec son guide sur la frégate à vapeur le Cacique, en partance pour Toulon. L'aspect mouvementé de la rade et du port et les dimensions de la ville causèrent à la fillette d'inexprimables étonnements. Le surlendemain de son débarquement, le capitaine la déposait avec son petit bagage au pensionnat des Sœurs de Saint- Joseph de Cluny, à Lyon, et, après lui avoir fait promettre de bien obéir et de ne pas jurer en sabir, il continuait sur Paris par la diligence Laffitte et Gaillard, l'express de ce temps-là.