‹ Aouïna, la nièce du curé; souvenir d'AfriqueChapitre 3 sur 12 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Dans la vaste et ombreuse cour du pensionnat, les élèves crient, jouent, sautent, devisent entre elles, en attendant le signal du départ pour la promenade du jeudi. Appuyées au mur de la chapelle qui ferme l'un dos côtés de la cour, trois fillettes de onze à quatorze ans, les yeux vaguement errants sur le spectacle de cette familière animation, causent à voix contenue, et déjà l'instinct féminin, devançant l'âge, met clans leurs expressions de soudaines et mordantes acerbités, lorsque le sujet de l'entretien, personne ou chose, n'a pas le don de leur plaire :

« Alors donc, dit la plus grande, une belle blonde d'allure nonchalante, au teint éclatant, à la bouche dédaigneuse, dont l'œil d'un bleu trop clair prenait par moments une expression méchante, Mère Saint Damien a levé la consigne et t'a permis

de suivre la promenade? Tu as de la chance, Clara, la

vieille bougonneuse n'est pas souvent de cette humeur-là. »

Clara, une fillette de taille un peu courte pour ses douze ans, et dont la figure mate, ni belle ni laide, ombragée de cheveux châtains à grosses boucles mal peignées, serait restée fort insignifiante sans la vivacité de deux yeux bruns, au regard droit et franc, répliqua en soulevant son pied, et l'allongeant pour le mieux montrer :

« Oh bien ! elle avait raison, après tout, Mère Saint-Damien.

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