INNOVATIONS PHONETIQUES DU GREC
ton soit plus loin que la troisième syllabe à partir de la fin du mot, ou la seconde si la syllabe finale comporte une longue ou, dans certaines conditions, une diphtongue : le grec a donc seulement s£p6;j.evoç, çspéy.evc. et çepoixévwi, çîpO[;.£vwv.
Le système phonétique que le grec commun s'est ainsi constitué était bien équilibré et susceptible de durer. Sa stabilité a été surtout assurée par le fait que les occlusives intervocaliques n'y étaient presque pas sujettes à être aflaiblies. Les langues où les consonnes intervocaliques tendent à s'altérer et à disparaître et les finales à s'abréger et à s'éliminer voient leurs mots changer d'aspect d'une manière profonde ; c'est parce que le t intervocalique s'est amui qu'un mot comme le latin niâtûrum est devenu méconnaissable sous la forme mûr qu'il a prise en français. Conservant leur squelette consonantique et n'abrégeant pas la syllabe finale, les mots grecs ont gardé tout l'aspect des mots indo-européens qu'ils représentent : un nominatif pluriel comme r.x-épiq reste superposable exactement à la forme qui lui correspond en sanskrit : piiârah « pères », et ainsi dans tous les cas. Le mot grec conserve en principe le même nombre de syllabes, le même rythme que le mot indo-européen dont il est la continuation.
Toutefois le système avait ses points faibles. L'amuissement de Vs intervocalique devenue h, de y intervocalique, et, à partir du début de l'époque historique, de / intervocalique a entraîné la rencontre d'un grand nombre de voyelles. Or, des voyelles en hiatus continuent malaisément à former deux svllabes distinctes. Elles le peuvent en une certaine mesure quand il s'agit de mots brefs qu'une fusion de deux voyelles défigurerait tout à fait : vÉ:; par exemple a pu conserver son e et son o en deux syllabes distinctes alors même que le F qui les séparait avait disparu depuis longtemps ; l'aspect du mot ne s'est donc pas trop éloigné de celui qui est conservé dans le sanskrit nâvah « nouveau » ou dans le latin noiios (noiius à l'époque impériale). Mais, en règle générale, les voyelles en hiatus tendent à se rapprocher et à ne plus constituer de syllabes distinctes ; il résulte de là ou des diphtongues ou des voyelles longues. Dans un composé, l'attique contracte par exemple en cj l'e et l'o de vso; et fait vou- [j,r(V'!a « nouvelle lune ». Le grec est donc tout plein de contractions. Ces contractions sont du reste postérieures à l'époque du grec commun, et la forme en varie d'un parler à l'autre : en regard du sanskrit tràyah, on a vu que le crétois a encore Tp££ç, et de ce Tpc£ç, l'ionien-attique a fait TpeT;, et divers parlers doriens et éoliens Tp-?;;. Ces contractions ont donné aux mots grecs un aspect qui les différencie beaucoup des mots correspondants des autres langues : la structure du nominatif-accusatif y^voç est pareille à celle du latin gcniis ou du sanskrit jànah « race » ; mais celle du génitif y^vou,- est tout autre que celle du latin generis et du sanskrit
jânasah; celle du datif-locatif ylvs-. diffère beaucoup de celle du locatif sanskrit y^«(75/ ou du locatif-ablatif-instrumental latin génère. Si l'on n'avait pas le vocatif •kc'.O s t, on ne se douterait même pas qu'il y ait jamais eu un y dans l'accusatif tteiOw (accentué d'après le nominatif ttsiOw), ou le génitif r.ziOooc, le datif zstOoT. Les rencontres innombrables de voyelles que le grec a dues à la chute grecque commune de j- et de ^ entre voyelles, puis à la chute postérieure, mais encore assez ancienne, préhistorique en ionien-attique, de F dans les mêmes conditions, ont par suite causé des innovations qui ont changé profondément l'aspect des mots. Les hiatus subsistent encore en grand nombre à date historique ; la langue homérique en est pleine ; l'ionien en a beaucoup, au moins dans la graphie ; l'attique, au contraire, n'en a presque pas gardé. Partout il y a eu des contractions ou des altérations de voyelles en contact ; par exemple, l'ancien nominatif-accusatif pluriel de Fé-oq « année » est la forme à hiatus (/^)iTsx chez Homère, .mais Fe-Ti à Héraclée, ïrq en attique, et, d'autre part, Fe-iy. en béotien, en Cretois, etc., Fev.ja à Gypre. Sans les contractions, les mots grecs auraient encore un aspect très archaïque et différeraient bien moins de parler à parler qu'ils ne font.
Sur deux autres points, des innovations ont tendu à se produire de bonne heure.
Les diphtongues anciennes subsistent encore toutes en grec commun. Mais d'une manière générale, les diphtongues ont été dans la phonétique indo-européenne un élément instable ; elles se sont simplifiées plus ou moins ; et le lituanien est la seule langue indo-européenne actuellement vivante qui donne une idée, sinon complète, du moins encore assez nette de ce qu'ont été les diphtongues indo-européennes. Les diphtongues ont tendu à se simplifier en grec comme ailleurs et ont fini par se réduire toutes à des voyelles simples. Le phénomène s'est produit plus ou moins tôt suivant les circonstances phonétiques et suivant les parlers : et et o'j se simplifient en é^ et o longs fermés, puis en i et m, plus tôt que ai en ae et de là en e, ou que au qui a donné a-\-v en grec moderne ; le béotien a simplifié les dijthtongues plus tôt que l'attique par exemple ; mais il ne subsiste aujourd'hui, et dès les premiers siècles ap. J.-C, il ne subsistait plus en grec aucune des diphtongues indo-européennes. En même temps, certaines voyelles tendaient à changer de timbre, les voyelles longues se ferment souvent, et r^ pur exemple a passé à e fermé puis à c.
D'autre part, le système des occlusives a fléchi. Il semble que les consonnes du grec commun aient subi une sensible diminution de la force de l'articulation, diminution qui commande tous les changements ultérieurs. Les occlusives sourdes non aspirées x, t, •/., qui étaient des fortes, assez semblables aux occlusives fortes non aspirées p, t, k des langues romanes ou des langues slaves, sont d'un type très stable et n'ont subi presque