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INNOVATIONS PHONÉTIQUES DU GREC

aucune altération, au moins au commencement des mots et entre voyelles; seul, le passage partiel de t à u devant i à l'intérieur du mot (mais non à l'initiale où l'articulation était relativement forte) avertit à date ancienne de l'affaiblissement d'articulation subi par les sourdes non aspirées. Mais les autres occlusives, les sonores ,3, 5, y, et les aspirées ç, â, x, étaient des douces, donc faiblement articulées ; de cette faiblesse naturelle, qui venait s'ajouter à l'affaiblissement général des consonnes grecques, il est résulté de bonne heure une tendance à ne plus réaliser pleinement le mouvement de fermeture ; et, plus ou moins tôt, mais souvent de très bonne heure, surtout dans les parlers doriens, les douces sonores [3, S, y ont tendance à devenir des spirantes sonores, et les douces sourdes aspirées ©, G, 7 des spirantes sourdes. Ce changement, commencé dès avant l'époque historique dans certains parlers, a abouti entièrement, et dès les premiers siècles après J.-C, P, o, y et <p, 9, y ^^ ^^^^ P^^^ ^^^ occlusives, comme en grec commun et encore en attique de l'époque classique, mais des spirantes, comme en grec moderne.

Quelques autres éléments du système phonétique du grec commun ■étaient aussi instables, surtout les représentants de *-ty-, *-ky-, etc., qui apparaissent sous des formes variées, telles que -aa, -tt-, etc. Mais, dans l'ensemble, le système phonétique du grec commun, bien équilibré, composé d'éléments clairs et bien opposés les uns aux autres, était solide et durable. Il n'a pas subi de modifications profondes durant toute la période ancienne du développement de la langue. On peut donc vraiment parler d'un système phonétique du grec.

Le système des formes grammaticales de l'indo-européen a été plus modifié en grec commun que le système phonétique. Même les textes grecs les plus archaïques ne laissent pas entrevoir, comme le font les textes védiques, ce qu'a été la morphologie indo-européenne. Il y a chez Homère de nombreuses survivances d'un état ancien, mais à l'état de débris isolés, et le système grammatical indo-européen y est tout rompu.

Le trait particulier qui caractérise d'une manière presque unique l'indoeuropéen et qui s'est fidèlement maintenu dans toutes les anciennes langues de la famille a naturellement persisté en grec : la fin de mot varie suivant la catégorie grammaticale à exprimer, et les caractéristiques des formes grammaticales ne se laissent pas isoler du mot dans un grand nombre de cas : ainsi, il serait vain de chercher oii est le mot et où sont les marques de flexion dans des formes comme la i""* personne çépu) ou le datif singulier Xjy.w.

Le grec ne laisse guère plus que le latin deviner que les formations nominales et les formations verbales se rattachaient indépendamment à un élément commun qui ne peut passer ni pour proprement nominal, ni pour proprement verbal. Sans doute on y observe des mots, les uns noms, les

autres verbes, qui ne dépendent pas les uns des autres et qui ont une même étymologie, ainsi ysvo; et YÎY'^o[^.at, lysvsp.rjv, Ysyova ; mais, si le linguiste en devine l'unité, les gens qui parlaient la langue n'y voyaient que des mots distincts, ou tout au plus rattachés les uns aux autres par un lien lâche ; on n'y reconnaissait plus des ensembles où les principes de formation étaient sensibles. Au point de vue grec, il y a des noms dérivés de verbes et des verbes dérivés de noms ; il n'y a pas des noms et des verbes groupés autour d'une racine, ce qui était l'état indo-européen. L'étymologiste reconnaît aisément une même racine indo-européenne — ■ celle du latin memini, reminiscor, moneo, 7?iens, mentio, etc. — dans [ji.£vo;, MsvTwp, (j.e'iJLCva {]j.i\m\^.e^)) , et dans le groupe de [X£jj.V(r][j.at, ]x'.^.ri](jy.o\),a.<., avec les noms verbaux qui s'y rattachent [j.v^[ji,a, iJ.v*/;iJioatjv^, iavyjîxwv, etc. ; mais, au point de vue hellénique, il y a là quatre mots distincts et dont la parenté était ou insensible ou très vaguement sentie. Il n'existe plus en grec une racine *gem-, *gnê-, gnô- « connaître », comme en indo-européen, mais seulement un verbe yiYvwjxw, lyvcov auquel se rattachent des noms variés tels que ^(^mTÔq, yvco[ji,y], yv^iJ-wv, y^maiq : un groupe est quelque peu isolé, celui de Yvwpt[j.oç avec le verbe dérivé YvwpiÇw, et sur y^o)pi^b), on a fait Yvwptatç, Yvwpiff[;i.a, etc.

De même que les noms et les verbes appartenant à une même racine étaient en indo-européen indépendants les uns des autres, les thèmes verbaux appartenant à une même racine, les «temps», existaient aussi chacun à part et n'étaient liés à chacun des autres par aucune relation définie de forme. La chose est encore assez sensible dans le verbe homérique où des formations comme Xôituo), eX'.Tïov, XiAonza ou xpÉcpo), sTpatpcv, TÉxpoça ont chacune une autonomie assez nette. L'autonomie apparaît plus frappante encore là où il existe deux présents, anciens tous les deux, comme 7:£Û6oiJ.ai et xuv6âvo[^,at, un aoriste radical sans redoublement comme £TC'j6î[;,y;v et un aoriste radical à redoublement dont on a l'optatif TceTTÙOoiTc, un parfait ireuuaiJ.au Aucune des formations ne permet de prévoir aucune des autres dans: 7:xz-/^iù, TretaoïAxi, £7:a6ov, x£7rov6a ; l'attique n'est pas ici moins archaïque que la langue homérique. D'une même racine, celle que l'on retrouve en latin dans fido, fides, foedus, le seul texte d'Homère offre des formes aussi variées et, en partie, aussi imprévisibles que : 7r£(GoiJ,at(et TrsîOw), xciaoïxat (et x£faa)), ziG6[a-/3v et, avec redoublement, x£';riO£Tv, un aoriste et un futur en --/j- Tutô'/^o-aç, xtOriaEtç, et la forme du futur à redoublement avecv], xExtQôaw, un parfait xéxo-.ôa (avec un plusque-parfait dont on a £X£-iQiJ.£v). Mais, dès une date ancienne, ces survivances apparaissent choquantes et tendent à s'éliminer : à Syracuse, sous l'influence du présent xaay/i), on remplace même xÉxovOa par xéxca^ja qui se trouve chez Epicharme. Pour l'aoriste factitif correspondant au présent X£t6(i), Homère offre encore %^%ûîi^) ; mais l'aoriste formé secondairement

d'après un type normal, ît^ziqx, se rencontre un nombre de fois égal, et c'est celui qui seul subsiste en attique ; l'attique a même formé un parfait factitif ^£::£'.xa, qui n'existait pas en grec commun et que la langue homérique ne connaît pas. D'une manière générale, le grec tend à se constituer des conjugaisons normales : \}.vm permet de prévoir le futur [j.evw et l'aoriste è'jjLeiva, <p9sipw, le futur cpôepw et l'aoriste è'^pOsipa, et ainsi de suite; l'existence d'une forme fréquente comme è'ç6opa n'a pas empêché une nouvelle formation de sens différent, loOapxa, de se développer, sur IçOapp.ai. Toutefois les formes « fortes » sont demeurées très nombreuases durant toute l'époque classique, et le système verbal indo-européen a laissé beaucoup de traces, auxquelles est due pour une large part la complexité singulière du grec.

A la différence du sanskrit, le grec n'a pas développé de formations de présents dérivés à valeur spéciale ; mais de la formation en -s- qui a fourni en sanskrit des désidératifs à redoublement et des futurs il a tiré des futurs qui sont entrés dans la conjugaison. Les itératifs et causatifs en -£0), qui répondent aux itératifs et causatifs sanskrits en-aya- ou slaves en -ï-, c'est-à-dire les types du latin moneo et sopio, ne sont représentés que par un nombre d'exemples restreint ; et il n'existe pas normalement un type çopéw à côté de <Dipb). Parfois le grec a plusieurs présents d'une même racine ; il a par exemple la forme à redoublement [j1\x^/m à côté de [Aevo) ; mais ces cas sont de pures survivances.

A côté des verbes forts qui ont tendu à la régularité sans y parvenir, il y avait beaucoup de verbes dérivés, la plupart dérivés de noms. Les verbes dérivés ne comportaient en indo-européen qu'un seul thème, celui du présent. Le grec a donné à ces verbes les mêmes thèmes qu'avaient les anciens verbes radicaux, et à côté des présents on a eu ainsi des futurs, des aoristes, des parfaits, des aoristes passifs : il y a dès l'époque homérique des conjugaisons normales parce qu'elles sont toutes nouvelles, comme celle de xi^àm (t^j-w), Tii^-'/^aw, è-ïqj.r^cra, i:zv.[j:r,v.x, èt'.[r/j6Y;v ; oOdo) (<p'.}v(o), (piX-fjO-O), âsfA'^ja, £ÇiiX-(^OY]V ; ^x'iXzùo), pajiAcJOOJ, èêao-îXs'jtJX, [Scoact- Xeuxa ; etc. On est allé jusqu'à donner aux verbes dérivés des parfaits à redoublement ; le redoublement du parfait était une esquisse du redoublement de la racine : le as de XiXc.izx est une indication abrégée de la répétition de la racine de Xeir.M ; il est donc étrange de répéter dans TSTt'ixyjxa la consonne initiale d'un verbe Tt[j.ao) qui n'est qu'un dérivé de •u'.jxY) ; aussi le procédé n'a-t-il pas duré à la longue : le parfait s'est éli- . miné peu à peu, et le grec moderne n'en a que le participe médio-passif, privé du redoublement qui, en s'adaptant à une forme dénominative, avait perdu sa signification et sa raison d'être.

Dès l'époque commune, le grec s'est constitué ainsi une conjugaison régulière à cinq thèmes distincts, mais reliés les uns aux autres: thèmes

de présent, de futur, d'aoriste actif et moyen, d'aoriste passif et de parfait. Si tel ou tel des tlièmes vient à manquer, c'est que le sens du verbe ne s'y prête pas. Même les verbes radicaux tendent à présenter un système de thèmes réguliers et où, à part la forme du présent qui est imprévisible, les autres formes sont de type normal, ainsi dès Hjomère, un verbe tel que y.p'j'KTM, v.pù'hii), ÏY.puày., £-/,pij2;0-/;v, 7.É7.p'j;j.[j.au Le thème verbal sur lequel on peut faire les dérivés nominaux est commun à tous les thèmes autres que celui du présent ; c'est en particulier le thème de l'aoriste, qui est en principe plus léger, moins chargé d'affixes que celui du présent. En regard du présent Çejyvup.'., qui offre un suffixe -vu-, du reste assez rare, on a partout le thème C^^Y" aisément reconnaissable dans Çeû^oi, èTeuïa, i^fjy^.oci, àCeû'/O-^v (l'aoriste passif conserve une forme forte archaïque èvjvYlv), et c'est sur t^uy- qu'on a fait 'Çz'j-fy.oi, ÇeuHi?, ^t'jyX'i], etc. : le mot ÇuYcv est au contraire un mot radical ancien, appartenant à la même racine, mais indépendant du verbe parce qu'il est de date indo-européenne: il se retrouve en effet en sanskrit dans yugâm «joug», en latin dans iiiguni, en germanique dans le gotique ////; (ail. joch), etc. Les verbes dérivés de noms fournissent à leur tour quantité de dérivés nominaux, qui sont tirés du thème verbal tel qu'il apparaît à l'aoriste et au parfait. Si de S?;Xo; on a tiré or^kiiù (oy;Xw), ècïjXwaa, on aura donc lT^.bi\j.y., Sv^Xwjiç, par exemple.

Dans tous les verbes dérivés, le présent seul est ancien, et c'est en partant du présent que le reste des formes a été constitué. Le suffixe le plus ordinaire en indo-européen était de la forme *-)'S-, soit *~yô à la première personne du singulier de l'actif à l'indicatif présent. Mais le -y- a, on le sait, disparu du grec ; il est résulté de là que l'ancien type un en *-yô a été brisé en plusieurs types distincts, dont l'explication n'est pas toujours claire. On voit bien comment jBaatXeûc a donné (3aji>vSJ(.>, comment oi'koz (vocatif çîXs) a donné ©i>.£(i), comment of^oq a donné Sr,X;(i), comment Tt'j.-i^ (dorien Tt;j.a) a donné Tqxaw, comment biz\hy. (oii l'a final représente une ancienne n voyelle : on comparera le latin nômen) a donné cvoij.avvw ; on entrevoit comment, en utilisant certaines formes pourvues de nasale, tOuç a donné tG'jvw (on a un superlatif tO-jv-xaia) ; mais les formes en -.î^o) et -a^w sont plus obscures, bien que certaines •comme kp'X^M de à'p-.ç, ep-.Bsç s'expliquent aisément : èpi'Çw représente un ancien ^èpicyo). Et chacune des diverses formations en -euto, -ew, -ow, -£uo), -a'.vw, -uvw, -u(i), -aÇo) a dépassé ensuite les limites premières de son emploi. Au lieu d'un type en -^'w, le grec s'est constitué ainsi, par suite de l'élimination du y, huit ou dix types plus ou moins productifs de dénominatifs dont chacun a son rôle particulier. Et ceci n'a pas empêché certains verbes dérivés anciens de subsister, par exemple xépu;, /.spuBc? fournit y.opjjTO) oîi -ce- représente -ôy- ; çipp-iy^ fournit (pop[j,(Çw (-C- repré-

sentant -yy-, et la nasale tombant devant '0 ; (f6\x'^ fournit (pjXzjcjw ; etc.

Tandis que les types de formation du verbe grec se transformaient ainsi d'une manière radicale et que des conjugaisons régulières, de verbes pour la plupart dérivés, prenaient la place des anciens thèmes verbaux autonomes, le verbe grec conservait à d'autres égards un singulier archaïsme. Il gardait des modes multiples : indicatif, subjonctif et optatif, alors que la distinction deloplatif etdu subjonctif ne se maintient ailleurs qu'en indo-iranien, et seulement dans la période ancienne des dialectes indo-iraniens ; car, si le védique présente à la fois optatif et subjonctif, le sanskrit classique n'a plus que l'optatif. Les deux séries de désinences, désinences actives et désinences moyennes, se maintenaient, conservant chacune leur signification propre. Les désinences primaires continuaient à caractériser les présents tels que Asî-w, et les désinences secondaires, les prétérits tels ,que l'imparfait Taïi-icv, l'aoriste sX'.ttcv, et la plupart des personnes de l'optatif. Le thème de parfait demeurait fréquent, pourvu de toute sa valeur expressive, et même se développait.

Le trait le plus original du verbe grec est le développement qu'y ont pris les formes de caractère nominal : infinitifs et participes, et la façon dont ces formes ont été incorporées au système verbal.

Chaque thème verbal grec comporte une forme adjective, un participe, et ce participe admet aussi à la fois des formes actives et moyennes : on a ÀeiTCwv et A£!.7co|j.£vcç, A'.-kO)v et X'.7uôiJ,£voç, )^£i(pa)v et Xc'.'i^ôjxôvoç, "AïXotTCcoç et A£A£tlJ,[x£voç, Xît^Bci;. Les participes ainsi faits sont tous d'origine indoeuropéenne ; mais le grec leur a donné une importance singulière ; tel qui était rare, comme le participe aoriste, est devenu fréquent ; ils sont constamment employés dans la phrase grecque dont ils constituent l'une des principales ressources. Par une conséquence naturelle, les adjectifs radicaux indépendants des thèmes verbaux sont devenus rares ; l'adjectif en *-^o- du type du latin tentus existe en grec; c'est le type de -xxôç qu'on a signalé déjà ; mais il n'y tient qu'une très petite place, alors que les adjectifs de ce genre se sont multipliés dans la plupart des autres langues. Le participe parfait en -;j.ivo; a subsisté en grec moderne, malgré la disparition du reste du type du parfait, et l'on y a normalement des participes comme Ypa;j,iJ-Évoç « écrit », tandis que l'adjectif en -z6q n'y fait plus proprement partie du système verbal et n'y subsiste que sporadiquement.

L'indo-européen n'avait pas ou presque pas d'infmitifs, c'est-à-dire de ces sortes de substantifs qui présentent l'idée verbale, mais dénuée du tour personnel qu'ont les formes verbales proprement dites : laisser en regard de je laisse, Ut laisses, il laisse, nous laissons, etc. Le grec ne s'est pas borné à développer un infinitif pour chaque verbe comme le germanique, le slave, le lituanien, l'arménien, le perse ; il a donné un infinitif à chaque thème verbal aux deux voix, active et moyenne, si bien que

AEixw par exemple a infinitif présent actif Xdr.evt et moyen Xcizc^^at; ■ aoriste actif XittsTv (moyen )vi7C£cGai), futur Id'bzv» (moyen >.£(4/e(70ai), I parfait AsXoi'TTsvai (médio-passif AeAsToOai), aoriste passif XeioO-Tiva'., et ainsi 1 de tous les verbes. Sans doute, la forme d'infinitif varie d'une manière importante de parler à parler, montrant ainsi que les types d'infinitif n'étaient pas encore fixés en grec commun ; mais le développement était achevé au début de l'époque historique. Seul le latin qui donne un infinitif à chacun des deux thèmes de ses verbes, soit linquere ou Uquisse par exemple, et qui a un infinitif passif linqui, offre quelque chose de parallèle au développement grec. Dès le début de l'époque historique, l'infinitif n'a pas de de flexion casuelle, ni même, comme en latin, l'équivalent d'une flexion au moyen du supin et de gérondifs : l'infinitif grec est dénué de toute flexion ; par là le grec montre une grande avance de développement sur la plupart des autres langues, et notamment sur le sanskrit et sur le celtique. La création de l'article a permis d'employer l'infinitif, au cours du développement de la langue, après l'époque homérique, comme tout autre substantif, l'article marquant le cas.

Les formes verbales personnelles de l'indo-européen étaient les unes toniques et les autres atones ; là où. figurait le ton, il était l'une des marques de chaque forme ; par exemple le sanskrit oppose éjiii « je vais » à imâh « nous allons » . Le grec n'a conservé de formes atones du verbe qu'à l'état de traces, notamment dans etp.-. et dans o-q'^.'.. Mais il a fixé la place du ton dans les formes personnelles du verbe au point le plus éloigné de la fin du mot qu'admettent les règles phonétiques ; en regard du sanskrit émi : imâh, le grec a donc slp/ : l[).eq (ionien-attique t[;.cv). Toutefois les formes non personnelles du verbe, qui sont toujours toniques en sanskrit, ont conservé en grec la place du ton ancienne. A l'infinitif et au participe, la place du ton est donc demeurée en grec l'une des caractéristiques de chaque forme ; la place du ton se trouve être significative dans le contraste du présent aîi'tts'.v, /.eî-wv et de l'aoriste A-.-îtv, XiTccov ; elle l'est dans le futur Asi'd^s'.v, Aôî-i^wv ; dans le parfait actif ).cXo'.z£vai, AcXcizw; ou médio-passif 'KzKz'.[).[xhc^ (mais infinitif ÀîAeToGai) ; l'aoriste passif a le ton sur 1'-/; : ffax-^^a'., (jxzdq ; l'aoriste en -7- a au contraire le ton sur l'élément qui précède immédiatement g, soit TzeTiai, 7cei7;zç ; za'.Scjaai (TraiBejffâç, izoiiczÙGx^noq ne prouve rien), xaiScûffacOat, xaiBsoaap.svoç (et non *'Kx>.ot'jaxiJ.v)oç) ; •c'.iJ.vjs:^'. ; otA^aat ; etc. En dehors des formes nominales, seuls quelques impératifs ont gardé la place ancienne du ton ; on a par exemple Kxoi, Àx6cu, comme AaêsTv, Aa6wv et XxoizOx'., 'Àa6i;xevsç.

La flexion des noms a été plus simplifiée que la flexion des verbes.

La déclinaison indo-européenne paraît avoir été très compliquée. Elle comportait des variations de la quantité, du timbre, de la présence même

des voyelles, dont certaines persistances en grec donnent quelque idée ; on trouve par exemple chez Homère izxzrip, xâxsp, Ttaiépa, TraTspeç, et %x-p6q, zaxpi, Tcaxpwv, donc des alternances izxTqp-., tzxxeçi-, izy.ip- ; le grec tout entier a conservé l'opposition du timbre o et g de veçoa-, veisa- dans véçoç, viçcoç, véçsacT'. (chez Homère), pareille à celle de nebo, génitif nebese en slave. Des variations de la place du ton étaient aussi employées à caractériser les cas : on a encore en grec \iia, au nominatif et [aiSç au génitif, ou (ij-^ix-qp, ôuyatipa, Ouyarpiç. De toutes ces variations du vocalisme et de la place du ton, le grec n'a conservé que des traces isolées, et les cas et nombres de la déclinaison sont caractérisés essentiellement par des finales complexes où il est le plus souvent malaisé de faire un départ exact entre les désinences des cas et des nombres et la forme du thème. Dans des formes attiques telles que Xuxoç, Aùy.cu, Kûym, XJxit ou ay.ix, cxiaç, o-y.'.a, cy.'.ai, ou tSk'.ç, TCÔXea);, r.iXt'., rSkeiq, ou aaç-^ç, axoooq^ Gxa€(j casîïç, il serait assez vain de vouloir démêler ce qui est thème et ce qui est désinence. Les mots tels que Ov^p, Or,piç, OY;p(, 6'^psg oiî le départ est facile sont la minorité.

A part cette transformation delà structure intime des formes, la grande innovation du grec en matière de déclinaison est la réduction du nombre des cas. L'indo-européen distinguait au moins huit cas : nominatif, vocatif, accusatif, génitif, ablatif, datif, instrumental, locatif. La plupart de ces cas avaient une valeur grammaticale : le nominatif indique le sujet de la phrase, l'accusatif, le complément direct, et ainsi de suite. L'accusatif servait en même temps à indiquer le lieu vers lequel on se dirige (eo Roma)?i), l'étendue d'espace et de temps que remplit une action (iriginta pedes longus) ; il avait donc à la fois une valeur grammaticale et une valeur concrète. La valeur de trois cas était purement concrète : le locatif qui indique le lieu où l'on est {habitat Romae), l'ablatif, le lieu d'où l'on vient (tienio Roina^, l'instrumental, ce avec quoi l'on est ou à l'aide de quoi on fait quelque chose ; le grec a cessé de caractériser d'une manière propre ces trois cas. L'ablatif s'est fondu avec le génitif, confusion qui existait partiellement au singulier dès l'époque indo-européenne ; le locatif et l'instrumental se sont fondus avec le datif. Le grec n'a donc plus que cinq cas, mais à valeur très complexe : l'accusatif indiquant à la fois le complément direct, le lieu où l'on va et l'extension ; le génitif indiquant le complément d'un nom, le tout dont on prend une partie et le lieu d'où l'on vient ; le datif enfin indiquant à la fois à qui ou à quoi on destine une action, le lieu où l'on est, avec qui l'on est, ce à l'aide de quoi on fait quelque chose. Ceci a nécessité un emploi étendu des prépositions qui servent à préciser la valeur des cas dans toutes les situations où leur valeur n'est pas uniquement grammaticale et a quelque chose de concret. Toutes les langues indo-européennes ont tendu à réduire le nombre des

3o STRUCTURE DU GREC COMMUN

cas ; mais la tendance a été en grec particulièrement forte et a agi à une date très ancienne ; des langues connues plus tard et sous une forme beaucoup plus évoluée, comme le slave, le lituanien, l'arménien ancien et moderne, ont moins réduit le nombre des cas. L'élimination totale des cas à valeur purement concrète est donc l'une des choses qui caractérisent le plus le grec commun.

A un autre point de vue encore, le grec a simplifié la déclinaison : les démonstratifs avaient en indo-européen une flexion différente de celle des substantifs et adjectifs ; le latin donne une idée de ces différences par son opposition entre lupus, lupî, lupô et iste, islins, isil par exemple. Le grec n'a presque plus rien de ces dilTérences. Tout ce qui subsiste clairement, c'est le contraste de forme entre le nominatif-accusatif neutre en -cv des noms comme î^u^ov ou des adjectifs comme 7waX6v et le -o (représentant un ancien *-oo.) avec l'occlusive finale amuie suivant la règle) dans le type de xouTo ; le latin oppose de même iugimi à istud.

Néanmoins les formes de la déclinaison grecque sont encore variées parce que les divers types de thèmes avaient en indo-européen des flexions diverses et que la façon dont les désinences se sont adaptées à la finale des thèmes a ajouté beaucoup de complications et de variétés nouvelles. Il y a donc des flexions de type Xr/.oç, de type cy-ii, de type ttsA'.ç, de type TréXsy.'jç, de type ^xaïKzùq, de type (yy.o-qç, de type çûXa^, et ainsi de suite. Ainsi les simplifications apportées ont disloqué le système indo-européen sans le remplacer par un autre système cohérent.

L'article qui était destiné à jouer dans tous les parlers grecs un rôle si important n'était pas encore constitué en grec commun et le démonstratif c, 'â, xo y avait encore toute sa valeur de démonstratif. Le texte homérique n'emploie pas l'article en principe ; et même on a telle vieille inscription cypriote en prose où l'article n'a pas encore pris toute sa place.

A un point de vue au moins, le grec commun est demeuré fidèle à l'un des traits essentiels de l'indo-européen : chaque mot porte en lui-même les caractéristiques des catégories grammaticales et une marque suffisante de son rôle dans la phrase. Le nombre et la personne des formes verbales personnelles sont indiqués par le verbe même, sans qu'il soit besoin d'un pronom pour les préciser ; et, là oîi il y a un pronom au nominatif, c'est pour insister sur la personne, non pour la marquer : oéco) signifie « je porte », et èvto çépo) « moi, je porte » ou « c'est moi qui porte ». Les cas grammaticaux ont tous subsisté, et par suite la fonction grammaticale de chaque nom dans la phrase est indiquée par la forme casuelle. La distinction du masculin-féminin et du neutre se conserve intacte aux trois cas oii elle existait : nominatif, accusatif et vocatif. Les adjectifs gardent pour la plupart deux formes, l'une masculine, l'autre féminine suivant le substantif auquel ils se rapportent, soit [xxxpô^, [Aaxpa, ^apûç, ^apeïa y

INNOVATIONS GRAMMATICALES 3l

etc., et, avec l'accord en cas et en nombre, ceci permet d'indiquer le plus souvent quel est le substantif déterminé par un adjectif donné.

Dès lors on n'a aucun besoin de recourir à l'ordre dans lequel ils sont rangés pour indiquer la fonction des mots dans la phrase. L'ordre des mots n'a généralement aucune valeur grammaticale définie en grec. Sans doute les petits mots accessoires se placent normalement après le premier mot principal de chaque phrase ; on a ainsi chez Homère (A io6) :

où trois mots accessoires tm, ttote, jj-ot, tous trois atones et enclitiques, suivent la négation cj et précèdent les mots principaux de la phrase. Sans doute aussi les mots qui se groupent pour le sens sont normalement rapprochés et ne sont dissociés qu'en vue de produire des effets, ce qui arrive surtout dans certaines langues littéraires artificielles. Sans doute enfin il y a des manières plus usuelles les unes que les autres de grouper certains mots, et chaque expression donnée comporte son ordre qui ne varie guère: on dit: lio^z^i xw or,;j.o), non xÇ» oy^jj-w ISo^ev. Mais presque jamais — sauf en ce qui concerne la règle rigide relative aux petits mots accessoires — un ordre n'est seul admis à l'exclusion de tout autre ; jamais un ordre défini ne sert à indiquer une fonction grammaticale. Nulle part donc l'ordre des mots n'est plus « libre » — ce qui ne veut pas dire arbitraire — qu'il ne l'est en grec ; nulle part il n'est plus réservé à l'expression seule et n'a moins de valeur grammaticale. La phrase grecque a gagné à cette liberté, qui n'a nulle part son égale, une souplesse singulière qui a bien servi les écrivains. La phrase sanskrite a, du moins en prose, un ordre de mots quasi fixe ; le latin, malgré une liberté relative, a des ordres relativement définis. En grec, la liberté de l'ordre des mots est pratiquement absolue.

Tant parce qu'il a innové que par ce qu'il a maintenu, le grec commun oflVe un système à part. Ce système était bien établi et, dans l'ensemble, assez stable pour durer longtemps. Il n'a pas subi de modifications essentielles durant toute l'époque classique.

Même si des données historiques et archéologiques sans nombre n'attestaient pas l'unité de l'hellénisme, l'unité de système linguistique suffirait à en porter témoignage : l'unité de langue atteste chez les Grecs une vieille unité nationale, caractérisée par une civilisation propre

Si l'on savait quelles langues ont rencontrées soit en Grèce propre, soit dans les îles et sur les rives de la Méditerranée qu'ils ont colonisées, les hommes qui ont apporté avec eux la langue grecque commune, on pourrait essayer de rechercher ce que doivent les particularités de la prononciation ou de la grammaire du grec aux populations que les « Hellènes » se sont assimilées, et, d'autre part, de déterminer quels sont, parmi les mots grecs, ceux qui ont été empruntés à l'idiome des occupants antérieurs ou à des langues de civilisation de la Méditerranée. Le problème se pose ; on n'a pas de données pour le résoudre.

Une seule chose est sûre : les innovations qui font que le système grec diffère essentiellement du système indo-européen supposent des tendances bien distinctes de celles qui caractérisaient l'indo-européen, et, par suite, l'action de populations indigènes avec lesquelles se sont mélangés les envahisseurs de langue indo-européenne. En passant de l'indo-européen au grec commun, on entre dans un monde nouveau.

Des langues parlées dans la péninsule grecque avant l'invasion hellénique, on ne sait rien. Les Pélasges ne sont qu'un nom. Pour les îles et pour l'Asie Mineure, on est un peu moins mal partagé. On a trouvé à Lemnos une inscription en une langue inconnue, qui rappelle de loin l'étrusque. Dans l'Est de la Crète, à Praisos, on a trouvé aussi quelques inscriptions en caractères grecs, mais dans un idiome inconnu. De même à Cypre, on a usé du syllabaire cypriote qui a servi à noter du grec en beaucoup de cas, mais qui n'a visiblement pas été inventé pour écrire du grec et qui convient mal à la langue grecque, pour écrire une langue inconnue qui ne ressemble en rien à du grec. Toutes ces inscriptions, qu'on lit, sontininteUigibles. Rien n'indique même que les langues dans lesquelles elles sont écrites soient indo-européennes. Le plus probable est qu'elles appar-

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tiennent à d'autres familles. Jusqu'à ce qu'un hasard imprévu donne la clé de ces textes, il sera impossible d'en rien tirer, sinon cette donnée que jusqu'à l'époque historique il a subsisté à Lemnos, en Crète, à Cypre, des langues qui ne sont ni du, grec ni du sémitique. Il est inutile •de s'acharner à les comprendre directement : on ne devine pas le sens d'une langue inconnue ; pour qu'on arrive à interpréter un texte en une langue dont la tradition a été interrompue, il faut ou bien qu'on en possède une traduction littérale en une langue connue, c'est-à-dire qu'on ait de bons textes bilingues, ou bien que la langue en question soit toute semblable à une ou plusieurs langues connues, c'est-à-dire qu'elle soit en «omme une langue connue.

Dans les monuments crétois dits « minoens » du second nàllénaire avant l'ère chrétienne, on a trouvé de nombreux textes écrits à l'aide d'un alphabet assez compliqué, probablement syllabique. On n'a pas jusqu'à présent réussi à les déchiffrer. Et ceci rend probable que la langue de ces textes n'est pas du grec. Car une écriture phonétique inconnue recouvrant une langue connue est en principe déchiffrable.

En Asie Mineure, en contact immédiat avec les Grecs, on a des restes de quatre langues non helléniques : le phrygien, le lydien, le carien, le lycien.

Au Nord est le phrygien, dont il reste très peu de chose, quelques lignes seulement et en partie assez tardives ; le peu qu'on sait du phrygien autorise à en affirmer le caractère indo-européen ; des témoignages anciens donnent les Phrygiens pour des colons thraces et les Arméniens pour des colons phrygiens. Des langues de ces trois peuples, l'arménien est la seule qui soit connue de manière complète, mais à une date très postérieure, vers le v* siècle ap. J.-C, d'après la date traditionnelle. Le peu que l'on sait du phrygien ne contredit pas les témoignages anciens sur la parenté de l'arménien et du phrygien, mais n'en apporte pas non plus la confirmation. Le phrygien paraît avoir subi par la suite l'influence hellénique d'une manière intense ; mais on ne voit pas qu'il ait beaucoup agi , sur le grec, ou, s'il a agi, on ignore en quoi.

Le carien et le lydien sont connus par des inscriptions récemment découvertes ; du lycien on possède depuis longtemps un grand nombre d'inscriptions, en partie assez étendues. Grâce au fait qu'il s'agit surtout d'inscriptions funéraires, on a pu entrevoir quelque chose de ce que signifient les textes lyciens, bien qu'on soit loin de pouvoir les interpréter dans le détail d'une manière sûre. Ce qu'on a déterminé jusqu'ici suffit à garantir que le lycien n'est pas une langue indo-européenne proprement dite ; mais plusieurs des linguistes qui ont examiné la question seraient disposés ■à rapprocher le lycien du groupe indo-européen ; il s'agirait peut-être d'une parenté remontant à une époque plus lointaine : sans être une A. Meillet. 3

langue romane, l'allemand est apparenté à chacune des langues romaneSy parce que le germanique et le latin sont également des langues indo-européennes ; on peut concevoir de même que le lycien et l'indo-européen remonteraient à un original commun. Au point où est arrivé le déchitTrement du lycien — qui depuis plusieurs années ne paraît pas avoir fait un progrès bien sensible — , on n'a le moyen de rien affirmer, et les hypothèses même sont sans doute prématurées. Tout ce que l'on sait de certain, c'est que les langues que les Grecs ont rencontrées en Asie Mineure, au bud de la Phrygie, ont un aspect très différent de celui des langues indoeuropéennes anciennes.

Du hittite, on a des vocabulaires hittito-babyloniens, qui fournissent jusqu'ici peu de données utiles, et des textesécrits en caractères cunéiformes, qu'on a essayé d'interpréter, grâce aux nombreux idéogrammes qu'ils comprennent; si l'interprétation proposée est correcte, le hittite serait un idiome indo-européen tout à fait différent du grec, et dont rien n'indique qu'il ait exercé sur le grec aucune action ; mais elle est bien douteuse.

Les inscriptions vanniques en cunéiforme, qui fournissent la langue des populations de la région arménienne antérieures à l'arrivée des colons qui ont apporté la langue indo-européenne connue sous le nom d'arménien, ne sont interprétées qu'à l'aide des idéogrammes qu'elles contiennent, et n'enseignent à peu près rien au point de vue linguistique jusqu'à présent.

On peut se demander si les langues modernes du Caucase ne sont pas apparentées à certaines des anciennes langues d'Asie Mineure. L'étude des langues caucasiques est encore à ses débuts. La seule langue caucasique pourvue d'une littérature ancienne est le géorgien, qui forme avec le laze, le mingrélien et le souane un groupe défini; celui des « langues caucasiques du Sud ». Dans les vallées du Caucase, surtout sur le versant Nord, on trouve un grand nombre de langues diverses, dont la plupart n'ont encore été décrites que d'une manière insuffisante, dont la grammaire comparée n'est pas faite, dont la parenté avec le groupe dit du Sud est possible mais non rigoureusement démontrée et dont les relations entre elles ne sont pas encore établies. Du moins sur tous ces points le travail est-il possible ; il est en partie commencé et n'attend que des travailleurs. Quand on aura posé la grammaire comparée des langues du Caucase et déterminé avec précision quelles relations les unissent — mais alors seulement — , on en pourra tirer parti pour des rapprochements avec l'élamite ou avec les vieilles langues d'Asie Mineure.

Un texte du xiv" siècle av. J.-C, trouvé en Cappadoce, renferme quatre noms de dieux indo-iraniens, Indra et les Nâsatya, Mitra et Varuna, et atteste ainsi que, à cette époque, l'influence de la population parlant des langues indo-iraniennes s'est étendue jusqu'à l'Asie Mineure. A ce même moment les textes cunéiformes présentent un peu partout un grand

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