GRECS ET SÉMITES
nombre de noms dont l'aspect général est indo-iranien. Au xiv^ siècle, derrière les peuples de langues diverses que les Grecs ont rencontrés en Asie Mineure, il y avait une invasion indo-iranienne. L'entrée des Hellènes en Asie et dans la Méditerranée Orientale et l'entrée des Aryas dans la région qui est devenue par la suite la région iranienne ont eu lieu d'une manière parallèle et sans doute à peu près simultanée. On désigne ici par Aryas uniquement des populations de langue indo-iranienne, les seules dont on sache qu'elles se soient jamais donné ce nom. Il est probable que depuis au moins le xv" siècle av. J.-C. , les Aryas ont été très actifs en Asie ; mais cette activité a eu lieu au Nord et à l'Est des empires et des royaumes sur lesquels on possède des documents historiques, et tout ce qu'on entrevoit, ce sont les relations que ces royaumes dont on a des monuments écrits ont entretenues avec les tribus « aryennes » les plus avancées vers l'Ouest.
Les peuples de langue sémitique étaient loin des Grecs, et ce n'est guère qu'à l'époque historique que des rencontres ayant quelque importance ont dû se produire. En tout cas ces rencontres n'ont eu lieu qu'aux extrémités des domaines occupés par les deux groupes. Ce ne sont du reste pas les Phéniciens qui ont une place dominante dans la Méditerranée durant le second millénaire avant l'ère chrétienne, au moment où les Grecs viennent s'y installer. Ce n'est pas la civilisation phénicienne qui a servi de modèle aux Grecs venus du Nord ; l'archéologie en a fourni la preuve, et l'on n'est pas surpris de ne trouver en grec qu'un nombre infime de mots empruntés au phénicien. Sans doute le grec a en commun avec le phénicien quelques termes proprement commerciaux, le nom de la toiled'emballage, (7a7.y.o;, et celui des vaisseaux qui servaient à enfermer les marchandises liquides, y.âoo; ; le nom d'une monnaie, p.va et sans doute, celui de For, ypijjô; ; le nom d'un vêtement de luxe, y.Twv (écrit aussi xiOwv), que les Romains ont emprunté de leur côté en en faisant tunica avec addition d'un suffixe latin. Le nom de la « myrrhe », [j.jppa, ne peut être séparé du babylonien miirru. Mais à supposer que tous ces mots soient proprement sémitiques et que les Phéniciens n'en aient pas emprunté au moins ime partie à une tierce population, le nombre des anciens emprunts tout à fait certains du grec au phénicien n'atteint sans doute pas la dizaine, et, si les lettres de l'alphabet grec n'avaient des noms identiques à celles de l'alphabet phénicien, les contacts entre les deux vocabulaires pourraient passer pour insignifiants. Tous les emprunts, à commencer par les noms des lettres de l'alphabet, sont de caractère technique, et l'on n'en peut conclure qu'à des relations commerciales, nullement à une action importante des langues sémitiques sur le grec.
On sait par des textes égyptiens qu'au xiu* siècle av. J.-C. les Akaiwusi venus par mer ont attaqué l'Egypte. La concordance de nom et l'inipor-
tance que les Grecs prenaient alors dans la Méditerranée font supposer que ces peuples de la mer étaient bien les 'Ayy.\Foi, les 'A^/atoî d'Homère. Le w intérieur du nom des 'Ayx'.Fci est conservé dans la forme latine Achhâ. La forme hyjx'.Foc est du reste donnée par une inscription cypriote, dans l'alphabet cypriote qui note régulièrement le /" à lïntérieur des mots comme à l'initiale. — On ne connaît pas de faits qui établissent une action appréciable de la langue égyptienne sur le grec à cette époque, ancienne.
Sur les anciennes langues de la péninsule des Balkans, on est plus mal fixé encore.
Du macédonien on n'a pas une inscription, pas une ligne de texte suivi. Tout ce que l'on en connaît, ce sont quelques mots transmis par les auteurs grecs, mais où il est impossible de faire le départ entre ce qui est mots empruntés au grec, adaptés à la prononciation macédonienne, et ce qui est proprement macédonien. L'un des traits les plus remarquables est celuici que des sonores répondent aux sourdes aspirées du grec ; on a par exemple ccôpa; en regard de 6;opa;, et àôpoj-TEç" copu;, Mav.soivc; chez Hésychius (au lieu de àcpoj-reç, on a proposé de lire àopoXiFi- ; mais la même glose se retrouve ailleurs sous la forme indépendante aSpots; ; et le nom des sourcils qui est indo-européen apparaît avec un suffixe -/- dans certaines langues indo-européennes, en dehors du macédonien, dans l'Avesta au duel hr(iî)vathyam, et en vieil irlandais : bnlad). On sait si peu de chose qu'on n'est même pas arrivé à déterminer si le macédonien est un dialecte grec très • aberrant ou une langue indo-européenne distincte, comme le latin ou l'arménien. Il y a beaucoup des éléments macédoniens connus qui concordent exactement avec les formes grecques correspondantes ; mais comme la Macédoine a du à la Grèce toute sa civilisation à l'époque historique et que la langue écrite de la Macédoine a toujours été le grec, les concordances s'expliquent aisément par des emprunts dans la plupart des cas; c'est probablement le cas de o'op^.; « rate », terme médical, sans doute emprunté au grec. En revanche, une forme comme àSpoîJTe^, àzooxic, qu'on vient de citer montre dans le macédonien une formation ancienne dont le grec n'a pas l'équivalent. Il serait bien vain de discuter une question qui, en l'état des données, ne comporte pas de solution et qui se résoudrait immédiatement si le hasard Uvrait un texte de dix lignes, comprenant des phrases suivies. Mais les Macédoniens n'ont sans doute jamais écrit leur propre langue, et leur aristocratie s'est hellénisée dès qu'elle l'a pu ; l'inlluence subie a été d'abord celle du thessalien, et ensuite celle de l'attique.
C'est à peine si l'on a une ligne ou deux de thrace, naturellement inintelligible. Ce que livrent quelques gloses et quelques noms propres ne suffit ni à confirmer ni à infirmer les témoignages antiques qui rapprochent