MOTS ÉGÉENS EN GREC
autres, on est conduit à se demander si tous trois ne seraient pas des emprunts indépendants à quelque original commun.
Ue du latin mm/â; s'explique mal en partant du grec p.ivOr] ; il est plus naturel de supposer que le grec et le latin doivent ce mot à une même langue inconnue. Et en effet, on trouve de même i en grec, e en latin dans le nom d'un arbre essentiellement méditerranéen, le « cyprès » : xuizx- 0C773; en grec dès l'époque d'Homère, cupressus en latin ; la finale caractéristique de ce nom se retrouve dans beaucoup de noms propres et aussi dans des noms communs comme vapy.iTaoç.
Le nom de la rose est p3ov, lesbien ^pîoov supposant un ancien */'poccv , il existe déjà chez Homère dans l'épithète p^ooBa/.-uAsç de l'aurore. Le latin rosa n'en peut pas sortir directement, et le dérivé grec *p3osa, *poC>., qu'on utilisé pour en rendre compte, est une forme hypothétique, fabriquée pour les besoins de l'étymologie. Le mot trouve un parent seulement en iranien où le persan gui « rose » repose sur un ancien *iordi- ; l'arménien vard « rose » est emprunté à un dialecte iranien, il s'agit sans doute d'un nom « égéen » ancien ; mais on ne saurait restituer la forme de l'original commun auquel Grecs, Iraniens et Italiotes ont emprunté. La forme grecque est de type éolien : car le traitement po d'une ancienne r voyelle est une caractéristique de l'éolien ; ce sont sans doute des Eoliens qui ont fait l'emprunt et c'est des Eoliens que les autres Hellènes ont dû recevoir le mot.
Le nom grec Xdp'.ov du « lys » est trop voisin du latin Jilium pour en être séparé, trop différent pour avoir fourni celui-ci. Cette fleur était connue en Crète à l'époque « minoenne » . On retrouve en copte un mot 'çr,pi, qui semble appartenir au même groupe sans être un emprunt au
Un nom d'objet de civilisation, terminé par -tvOoç, comme àaa[;.iv0o^ « baignoire » déjà usuel dans le texte homérique, ne peut être qu'« égéen ».
Quand on constate que des mots comme ^aaïAsôç ou comme /"ava^ n'ont rien qui rappelle l'indo-européen ni par l'aspect général, ni par les éléments constituants, on est même conduit à se demander si la civilisation « égéenne « n'a pas exercé sur la constitution politique des Hellènes une action considérable.
Il serait vain de faire des hypothèses précises sur un sujet oii les faits manquent. Mais il l'est beaucoup plus de chercher à expliquer par l'indoeuropéen tout l'ensemble des termes de civilisation du vocabulaire grec, dont une part notable a chance d'être d'origine « égéenne ». Peut-être les découvertes de l'avenir apporteront-elles des données positives, là où ce que l'on sait maintenant donne seulement des raisons de se défier. En l'état présent des connaissances, le plus prudent est de ne tenir pour établie l'origine indo-européenne de mots grecs que là où il s'agit de verbes, et
surtout de verbes anomaux, de mots non grammaticaux comme les pronoms ou les prépositions, de noms de nombre, d'adjectifs courants comme ÇiOLoùq ou véoq, et de termes dont le caractère indo-européen est établi par des rapprochements certains, comme les noms de parenté, zar/jp, etc., des noms d'animaux tels que (âouç ou Ï-kt.oç^ des' noms abstraits comme [).i'/oq ou xDpoç, etc. Certains mots nouvellement formés reçoivent aussi des explications évidentes, ainsi le nom du « frère » qui a remplacé le mot ancien, ©paxwp, opâTQp, réservé à un rôle religieux (^membre d'une phratrie) : àîsAçô; signifie qui a la même matrice, et renferme le vieux nom de la « matrice » conservé dans le nom de la ville de Delphes : AeXçoi, et est indo-européen, comme on le verra au chapitre suivant, à propos des dialectes éoliens; comme presque toujours quand une étymologie de ce genre est correcte, on en trouve une confirmation de fait : en droit athénien, le mariage est permis entre frère et sœur de même père, mais de mères différentes : seuls les frères utérins passaient donc pour de vrais frères. Quant aux termes de civilisation qui ne s'expliquent pas d'une manière évidente par l'indo-européen, comme les mots qu'on vient de citer^ il sera sage de ne pas s'acharner à les rapprocher d'autres langues indoeuropéennes : les trouvailles de l'avenir risqueraient de rendre caduques d'ingénieuses hypothèses péniblement combinées.
Tandis que l'indo-iranien continue fidèlement le type de civilisation et, par suite, de vocabulaire usuel en indo-européen, les Hellènes ont apporté des innovations essentielles. Il n'y a pas eu chez les Hellènes, comme il y avait chez les Indo-Iraniens ou les Italo-Geltes, des collèges de prêtres qui maintenaient l'ancienne civilisation indo-européenne. Là où il y avait en indo-européen deux mots différents, pour le feu par exemple, l'un de genre masculin ou féminin (c'est-à-dire « animé »), désignant le phénomène comme un être animé, comme une force divine, l'autre de genre neutre (« inanimé »), désignant le phénomène considéré comme une chose, le grec a conservé, non le nom de genre « animé » et de caractère religieux, comme sanskrit agnih « feu » ou latin ignis, mais le nom neutre, désignant la chose sans aucun sens religieux, •7:0p.
Les Hellènes ont accepté une culture méditerranéenne ; et, s'ils ont maintenu en gros la vieille structure de leur langue, ils ont modifié beaucoup leur vocabulaire, soit qu'ils aient gardé du vocabulaire indo-européen seulement les éléments profanes et vulgaires, soit qu'ils aient infusé aux mots d'origine indo-européenne des valeurs nouvelles, comme ils ont fait pour jjieôu, soit enfin qu'ils aient emprunté des mots nouveaux avec des choses nouvelles. Le vocabulaire grec réfléchit un type de civilisation tout profane, éloigné de l'ancienne culture indo-européenne.