CHAPITRE IV LES DIALECTES
Les formes sous lesquelles apparaît le grec sont multiples. Dès le début de la tradition, chaque région, chaque cité a son parler propre, et c'est ce parler local qui, presque partout, est écrit dans les actes officiels ou privés ; chaque genre littéraire a sa langue particulière, et presque chaque auteur traite cette langue d'une manière spéciale. Il y a, aii moins à l'époque la plus ancienne, au vi* et au v* siècles avant J.-C, presque autant de grecs que de textes. Ces formes diverses qu'affecte le grec dès le début de l'époque historique se groupent en un petit nombre de familles qu'on nomme dialectes.
Les dialectes grecs sont imparfaitement connus.
En effet, s'il est vrai que, en certaines régions, chaque cité a employé dans ses inscriptions publiques ou privées son parler propre, on n'a pour les époques anciennes que très peu de ces inscriptions en parler local. Et, à partir du iv*^ siècle, où les textes dialectaux deviennent plus nombreux, l'influence de la /.cw^ ionienne-attique s'étend sur la Grèce entière; les inscriptions du iv^ siècle, et plus encore, celles du m^ et du ii^ siècle av. J.-C, quand elles sont écrites en parler local, portent les traces du fait que ceux qui les ont écrites connaissaient la xoirq ; et l'on a souvent l'impression qu'il s'agit de xo'.vy; patoisée plutôt que de la tradition locale purement conservée. Même à cette époque duiv'' et du ni* siècles av. J.-C, où les inscriptions se font beaucoup moins rares, elles ne sont pas très nombreuses pour chaque cité ; la plupart sont courtes et peu instructives ; il s'agit d'ailleurs de formules monotones ; les noms propres y sont nombreux. En somme, on souffre des inconvénients ordinaires de toute documentation épigraphique : données fragmentaires, spéciales à peu de cas ; témoignages souvent uniques. On a un aperçu de quelques particularités notables des parlers ; on ne peut dire qu'on connaisse les parlers. Outre
celle de la /.l'.vv^, la seule épigraphie qui donne une idée, sinon complète, du moins large, de la langue, est celle d'Athènes ; mais l'attique est précisément aussi le seul parler local qui soit connu par une littérature abondante et variée.
Sauf en Attique, dans Fîle de Lesbos, et peut-être à Syracuse, la littérature n'a pas employé en général des parlers vraiment locaux. On reviendra plus tard sur les langues littéraires dont, en Grèce comme ailleurs, les données sont troubles et ne fournissent qu'une image altérée de l'usage parlé ; à part Athènes et Lesbos, aucune ne coïncide exactement avec les types fournis par les inscriptions. Néanmoins les témoignages des langues littéraires concordent dans une large mesure avec ceux desinscriptions et permettent, avec ceux-ci, de définir, sinon des parlers^' locaux, du moms certains types régionaux. Les textes littéraires ont du reste le mérite de fournir des phrases de types divers, un vocabulaire riche ; quelques pages de textes littéraires en apprennent souvent plus sur une langue que toute une collection d'inscriptions.
Aux inscriptions locales, on demandera les données précises sur la prononciation et les formes grammaticales de chaque cité ; les langues litté raires peuvent seules donner une idée de la manière dont on employai ces moyens d'expression, et seules elles permettent d'apprécier les res-' sources du vocabulaire, soit par le nombre des mots qu'elles renferment, soit par la souplesse et la variété des usages qui en sont faits. D'ailleurs,, les Grecs de l'époque classique n'ont pas, comme les Hindous, fixé un langue savante unique, comportant des règles rigoureuses, et qui échappe"^ à l'action du parler courant ; les langues httéraires de la Grèce, durant toute l'antiquité, sont restées en contact avec la langue parlée ; elles e difTèrent beaucoup, mais elles en subissent sans cesse l'influence et enreflètent les difl'érences locales et les changements successifs.
Aux données des inscriptions sur les parlers locaux, la littérature apporte des compléments ; les parodies d'Aristophane fournissent des indication* utiles sur la prononciation et la grammaire notamment du laconicn et du béotien ; et les phrases que Xénophon ou Plularque mettent dans la bouche, de Laconiens présentent des détails intéressants, surtout pour le vocabu ' laire.
Enfin on a, mais seulement à l'état de débris, des relevés que les phi lologues antiques ont faits de parlers locaux. A l'époque où les parleri étaient encore usuels, vers le m^ ou le u'^ siècle av. J,-C., les grammai riens ont fait des vocabulaires plus ou moins complets de certains parlers Une partie de ces relevés a passé dans les recueils de gloses, et l'on en un assez grand nombre, surtout dans le grand recueil d'Hésychius. Ces ce qui fait que les gloses d'Hésychius servent vraiment de dictionnaire au éditeurs d'inscriptions dialectales. Le lexique d'Hésychius renferme, entn