SOURCES DE LA. CONNAISSANCE DES DIALECTES
autres, un recueil de gloses laconiennes, dont les unes sont indiquées expressément comme laconiennes et beaucoup d'autres se laissent reconnaître par leurs particularités. On lit par exemple chez Hésycliius (2io)p • î(7(ji:, ijy^zoô'i. Aay.wvs; ; ce mot présente à la fois trois particularités laconiennes caractéristiques: le F initial de Fiafiùq noté par j3, le a intervocalique devenu /; et amui, le -q final passé à -p ; si l'on observe d'autre part xaff^'.p^sv • xâOcXe. Ar/.wve;, aussi chez Hésychius qui représente évidemment •/,a6xtp-^(73v, et si l'on note que 0 est représenté par a dans ces gloses laconiennes, on n'a pas besoin d'une indication de provenance pour dire que PsTop • eOoq d'Hésychius fournit un mot laconien ; car sdoç avait un F initial en grec commun. Les trouvailles épigraphiques, en leur apportant des confirmations précises, ont donné une grande valeur à ces témoignages antiques.
Toutes ces données sont fragmentaires ; la plupart sont postérieures au V® siècle av. J.-G. ; mais on a quelque idée des parlers particuliers de chacune des régions, presque de chacune des cités de la Grèce. Pour aucune autre langue indo-européenne, on ne possède rien de pareil. Le grec est, avec l'indo-iranien, la langue indo-européenne attestée sous a forme la plus archaïque ; et c'est de beaucoup la langue où l'on a la plus grande variété de parlers connus dès le début même de la tradition.
Pour autant qu'on puisse s'en rendre compte avec les données qu'on oossède, les parlers grecs du v" siècle av. J.-G. étaient bien diflérents les ins des autres. La graphie, qui est à peu près la même partout, dissimule Deaucoup de différences de détail de la prononciation. La littérature, déjà •épandue, tendait à unifier les tours de phrases et le vocabulaire. Néan- Tioins les inscriptions rédigées dans les parlers locaux, surtout les plus inciennes, offrent entre elles de fortes divergences, et il devait être nalaisé à des Hellènes appartenant à des cités différentes et parlant des lialectes différents, sinon de se comprendre en gros, du moins de s'enendre toujours précisément. Mais les divergences n'étaient pas telles que es Hellènes aient jamais perdu le sentiment de parler une même langue. 1 ne semble pas que, au point de vue linguistique, le sens de l'unité lellénique ait jamais disparu.
Reste à classer les dialectes. Le problème ne comporte pas de solution îxacte. En effet une répartition de dialectes est la conséquence de faits listoriques particuliers ; elle traduit la façon dont les populations se sont groupées et ont agi les unes sur les autres aux divers moments de leur )assé. Si ces groupements et ces actions étaient simples, on s'en rendrait )eut-etre un compte approximatif par l'examen des particularités linguisiques. Mais cette simplicité est chose rare, et les données linguistiques lont on dispose suffisent à indiquer que la répartition des parlers grecs-
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suppose des actions complexes. Dès lors un classement des ressemblances et des différences que les parlers grecs offrent entre eux ne permet pas de deviner l'histoire des tribus helléniques. Or, d'autre part, cette histoire est presque inconnue faute de témoignages. L'histoire politique, comme l'histoire de la langue, commence avec les premiers textes écrits ; sans écriture il n'y a pas plus d'histoire politique que d'histoire linguistique. Les historiens demanderaient volontiers aux linguistes de leur révéler quelque chose de la préhistoire des Hellènes ; et les linguistes, pour démêler les faits offerts par la dialectologie, auraient besoin de données historiques positives.
Les types de faits avec lesquels peuvent opérer les linguistes pour classer les ressemblances et les différences des parlers en tant qu'elles traduisent des faits historiques sont les suivants.
Tout d'abord, le grec commun n'a pas nécessairement présenté u;; parfaite unité. La première personne du pluriel a pu être en -[xsç sur uu partie du domaine, en -[j.v> sur une autre partie ; l'infinitif présent être ' -va: dans une partie des parlers, en -[j.vry.: ou en -y.Ev dans d'autres ; et aiii-i de suite. Les limites de l'emploi de ces particularités peuvent du rc?tc avoir différé pour chacune d'elles. Les limites àsconsidérer en pareil cas ne sont pas les limites des dialectes, mais des limites de particularités dialectales. Quand on a voulu marquer en France la frontière entre les parlers du Nord et les parlers du Midi, on est arrivé à constater que chacune des particularités par lesquelles les parlers du Nord se distinguent de ceux du Midi a ses limites propres. Il y a lieu de croire que, dans la mesure où le grec commun avait des différences dialectales, les choses s'y sont passées de même.
Une migration de peuples ne se produit pas d'un seul mouvement la plupart du temps. Des groupes se détachent les uns après les autres, et il y a des séries d'invasions successives jusqu'à ce que le pays visé soit tout entier occupé. En ce qui concerne la Grèce, on ne sait rien de ces mouvements successifs ; mais on a du moins quelques témoignages obscurs sur le dernier en date, sur l'invasion dorienne, qui a sûrement été postérieure aux autres. Les hordes d'envahisseurs n'appartiennent pas toujours à un même groupe du peuple d'origine ; si peu qu'on sache de la colonisation grecque, il est en tout cas certain que les colons qui partaient pour une même expédition appartenaient souvent à des cités distinctes. Il y a donc eu — ou pu y avoir — des mélanges de dialectes parmi les hommes qui ont formé les groupes de la conquête. L'un des parlers a nécessairement pris le dessus dans le groupe : chaque colonie grecque relève d'un dialecte défini. Mais on ne sait pas ce qui a pu, dans chaque groupe, subsister des autres éléments composants.
Soit sur le chemin suivi dans leur migration, soit au point où ils se sont