I. L'iOMEN-ATTIQUE
L'ionien-attique est le seul groupe dont on ait une connaissance très étendue, à la fois par des textes littéraires divers et par des inscriptions nombreuses s'étendant sur toute une suite de siècles. Mais c'est aussi celui où l'on sait le moins des parlers locaux, parce que des langues communes, généralisées dès une époque ancienne, ont été seules admises dans Tusage officiel et dans l'usage littéraire et que les parlers locaux, dans la mesure où ils ont subsisté, étaient de simples patois et n'ont pas été écrits.
En Attique, le sjvî'.y.'.sp.:^ ancien d'où est résultée la cité d'Athènes a eu pour conséquence une unification absolue de la langue ; et il n'y a pas la moindre trace écrite d'une différence de parler entre les diverses localités de l'Attique. Ce n'est pas à dire qu'il n'y en ait eu aucune ; mais il n'en a jamais été noté par écrit. Il n'y a pas de colonies attiques à date ancienne.
Les parlers ioniens au contraire se rencontrent sur des points très éloignés les uns des autres ; mais il ne subsiste nulle part dans la Grèce continentale une cité de langue ionienne, et l'on a que des notions très vagues sur les territoires d'où ont pu partir les colons qui ont transporté l'ionien en Asie Mineure. A date historique, on trouve l'ionien dans toute l'île d'Eubée, dans la plupart des Cyclades (seules les îles du Sud, Mélos, Théra, Cos, Gnide, Ilhodes faisant exception), dans toute la partie Sud de la côte d'Asie Mineure qui fait face à la Grèce d'Halicarnasse à Smyrne et à Phocée, dans les colonies de Ghalcis, d'Erétrie ou des cités d'Asie Mineure, en Ghalcidique et aux bords de l'IIellespont, en Sicile, en Italie (certainement à Cumes), et jusqu'en Gaule où Marseille et Agde (ancienne 'AviOv;) sont des colonies ioniennes. L'ionien ne domine sur ce territoire qu'en vertu d'extensions en partie récentes ; le Nord du domaine ionien a été conquis sur l'éolien ; Hérodote (I, i5o) conte comment les Grecs de Colophon se sont emparés de Smyrne, qui était jusque-là une ville
éolienne ; et des particularités éoliennes caractéristiques du langage de Ghios, comme la conjonction a», qui se lit sur une inscription de 600 av. J.-C. environ, ou le subjonctif ^p-^;ojia'.v, indiquent clairement que l'ionisation de Ghios n'était pas parfaite au début de l'époque historique : si l'éolien transparaît encore sur les pierres, il devait en rester plus dans Tusage courant. On s'est même demandé si les formes telles que xo-epoç au lieu de r^i-epoq d'une partie des documents en ionien d'Asie ne seraient pas des restes d'éolien. La supériorité de la civilisation des Ioniens leur a permis d'imposer leur langue à Halicarnasse ; la ville était autrefois de langue dorienne au dire de ce même Hérodote, dont Halicarnasse est la ville natale.
L'ionien n'était naturellement pas parlé d'une manière identique sur tout ce vaste domaine ; la situation est tout autre que celle de l'attique, parlé sur un territoire peu étendu.
Les villes d'Eubée, Ghalcis et Erétrie, qui ont durant la période ancienne de l'histoire grecque et encore au vii*^ siècle des situations dominantes, ont eu des parlers propres dont les inscriptions portent témoignage. La plus curieuse des particularités eubéennes, le passage de g à p entre voyelles à Erétrie, ainsi dans xaiptv = iraïaîv, avait attiré l'attention des anciens ; un mot terminé par -q pouvait remplacer -ç, par -p devant la voyelle initiale d'un mot suivant ; on a oTîoyp av = otcwç av une fois sur une inscription d'Erétrie, et c'est sans doute un fait de ce genre qui a fait indiquer par Platon (Gratyle /i3/i c) que les Grecs d'Erétrie disent i-AkqpoT-/jp (ainsi dans le Bodleianus ; pas d'accent dans le Venetus ; ffy.XY;pcTYip autres manuscrits) là où l'attique a GvX-qpbvqq ; si aucune inscription n'en offre l'équivalent, c'est que l'usage n'est pas de noter dans les textes écrits toutes les variations des fins de mots. Les anciennes inscriptions des cités de l'Eubée et de leurs colonies notent /;- initiale, alors que l'ionien d'Asie Mineure a perdu de bonne heure /; et a affecté le signe H à noter une voyelle nouvelle qui s'était créée en ionien.
Mais ces différences ne portent que sur des détails secondaires, et, dans l'ensemble, les parlers ioniens sont uns. G'est que les Grecs de dialecte ionien se sont civilisés de bonne heure ; ils ont été des navigateurs et des marchands, et ils ont colonisé au loin ; ils ont, avant les autres Grecs, senti le prix de l'unité linguistique, et ils ont su la maintenir, sinon dans l'usage local des classes inférieures de la population, du moins chez les classes dominantes.
Dans la mesure où il y avait des différences, la langue écrite a tendu à les dissimuler. Parlant des cités de la dodécapole ionienne d'Asie Mineure, Hérodote (I, ii42) constate qu'elles forment quatre groupes distincts pour la langue : YAwjaav Sa où r/]V aùrf)v ouxoi v£vo[;.(/,afft, àXXà ipôizooq Tc(jt;spa; Trapaywyfwv. M{Xy;toç [xev aÙT^wv iipwvq y.eïxai xdXtç T:p6ç [JLSdajJiSpî-^v,
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[j-Sià Sa Muou^ T£ y.al UpLi^TQ' aOtat ;j.èv èv x-Tj Kapîy; y.oi.-o'.7:r,^nx'. xaTà xtj-x 0'.xX~yi[j.vix'. aoia'., atoe ce iv r?] Auoit)' Eçôscç, KcAo^ojv, AéseBcç, Téwç, KXaC^lJ'îva'', <î>w-/,aia. AOxa'. 51 aï tcgXis; Trjai TrpsTîpcv ^eyJie.'.Tr,'!'. cixoXofioo::'. xaià Y^wscrav ojoiv, crsisi oà ô[J.oçwvîO!j!:t . à'x'. oï TpeTç ÛTccXcTCOt 'lâSs^ i^iXt^b, T(OV al Sjo [xsv v/îcc'jç c'/Asaxai, Sâfxov xe xal Xi'ov, -f] âà [;,ia àv tt) rjTCSipw l'opuTat, 'Epjôpai. Xïoi jjLev vuv xal 'Epu6païo'. xaxà tcouto SiaXÉYOv-at, Sa[j.'w'. Sa It:' èwyxwv [i.cjvoi. OStoi /^apaxx^pe;; Y^œo-c-r;^ xéaaepeç yvfz'nxi. Tcûxwv cy; ù)v xwv 'Iwvwv... Le témoignage est formel. Or, si l'on examine les inscriptions qu'on a de ces douze cités, on ne parvient à constater entre elles à peu près aucune différence de langue. Ce n'est pas à dire qu'il faille récuser le témoignage d'Hérodote : ce témoignage se rapporte sans doute à la langue parlée des diverses cités, tandis que les inscriptions sont rédigées dans la langue commune de tous les Ioniens d'Asie Mineure, dans leur langue écrite.
Cette langue ne concorde même pas exactement avec celle de la littérature : tandis que, dans la forme de l'interrogatif-indéfmi, les auteurs, et notamment Hérodote, ont la forme particulière à l'ionien /.w;, xôgoç, etc., les inscriptions n'offrent jamais que la forme des autres dialectes, tm;, TCÔffcç, etc.
Il y a donc eu des différences entre les parlers des cités ioniennes ; mais rionie ayant été le premier groupe hellénique à se créer une grande civilisation et un grand mouvement d'affaires, a été la première à avoir une langue commune ; et, comme il arrive toujours en pareil cas, la langue générale a empêché les parlers locaux d'aloord de s'écrire, puis de subsister. Le fait que la langue écrite des Ioniens diffère beaucoup des langues parlées ressort des fragments d'Hipponax ; à la différence des autres ou du moins de tous ceux qui ont subsisté, ce poète a subi l'influence de l'usage vulgaire ; venu du peuple, il a écrit la langue du peuple et son vocabulaire est plein de termes qu'on ne trouve pas ou qui sont rares ailleurs en grec.
Par suite, pour faire la théorie de l'ionien-attique, on ne dispose pas de parlers variés ; on est amené presque constamment à rapprocher l'attique commun de l'ionien commun.
Plusieurs faits établissent que l'ionien et l'attique ont formé durant un temps une unité et que l'ionien et l'attique sont deux formes distinctes prises par un même parler qui était une forme déjà évoluée du grec commun.
Le plus important des traits communs à l'ionien et à l'attique est spécifiquement propre à ces deux groupes ; c'est la tendance de l'a long ancien à se fermer en une voyelle longue de timbre e, qui finalement s'est confondue avec Ve long du grec commun. Le seul fait qui puisse passer pour appartenir à la période commune de l'ionien-attique est le commencement
de l'altération de l'ancien à en une voyelle de timbre â ; la confusion avec r^ ancien n'a eu lieu en partie qu'à l'époque historique, et d'une manière indépendante dans les divers parlers ioniens et attiques. Au vi* siècle, la confusion de l'ancien ê et de la voyelle de timbre e issue de â ancien n'est pas encore accomplie dans les Gyclades ; soit par exemple le mot grec commun [^.xTïjp, identique à mater du latin, à mâthir du vieil irlandais, à mayr de l'arménien, représentant donc un ancien *inàtèr, et qui conserve cette forme en éolien, en arcado-cypriote et dans le groupe occidental ; on a au vi* siècle, dans les Gyclades, à Naxos, Céos, Amorgos, des graphies telles que \}:r-.tp, oh l'ancien â est représenté par H et oij l'ancien è est représenté par la voyelle E qui sert à représenter les deux anciennes voyelles de timbre c, la brève et la longue. A la même date, la graphie confond Vê des deux origines en Asie Mineure et en Eubée : à Chalcis, où le signe H était nécessaire pour noter l'esprit rude initial qui subsistait, on a noté par E Yê nouveau comme l'ancien,, et l'on a ij.£xep ; au contraire, en Asie Mineure, où le signe H était devenu inutile du fait de la « psHose » ionienne de celte région et où il n'y avait plus d'esprit rude, ce signe H a été affecté à noter tout e long, et non pas seulement Vè nouveau, comme à Naxos ; on a donc là des graphies telles que îJ.'0'^r,p. On notera en passant que l'emploi de H pour noter Ve long est une des particularités caractéristiques de l'alphabet ionien, qui est devenu dès le IV* siècle celui de la Grèce presque entière. Les faits observés dans les Gyclades montrent que le passage de l'a ionien de timbre g à ^ est résulté dans les diverses cités de l'Ionie de développements parallèles, mais postérieurs à la période de séparation.
Le caractère récent de ce passage de l'a* ionien à -r, résulte d'ailleurs du fait que des noms étrangers qui comportaient un à ont subi le changement : le nom des Mèdes, Mùda en iranien, est MaBc. à Gypre, Mvjoîi en ionien ; le nom, évidemment préhellénique, de la ville de Milet, avait un â: les autres Grecs disent W.\y.-cz là où les Ioniens emploient MiAr^-cc; ; Hérodote (III, 112) enseigne que les Arabes nomment XâSavov (arabe /^Jjm) ce que lui, en son ionien, appelle Xr^Bavov. Ges altérations en r, de r^7 des mots étrangers empruntés à date ancienne sont d'autant plus remarquables que, ensuite, l'ionien s'est créé de nouveau â, par contraction comme dans yi;j.5c;, ou par réduction de groupes tels que -avç en -y.ç, à l'accusatif pluriel, et que ces â nouveaux, postérieurs à l'altération de l'ancien â en â* puis en è (noté •^), se rencontrent dans tous les parlers ioniens connus : dès lors Va long du nom du roi Darius, en perse Dârayava(Jj)us, a pu être représenté par â dans l'ionien-atlique AapsTsç. Ges à nouveaux n'existaient pas encore au moment où les Ioniens ont appris à connaître les Mèdes ou la ville de Milet. Donc certains traitements phonétiques communs à tout l'ionien et qui se retrouvent en attique sont pos-