‹ Aperçu d'une histoire de la langue grecqueChapitre 20 sur 102 · IONIEN- ATTIQUE · texte numérisé non relu

IONIEN- ATTIQUE

teneurs à la date où se sont séparés les groupes ionien et attique : de ce qu'une même particularité est commune à deux parlers apparentés, il ne résulte jamais que cette particularité remonte à la date où ces deux parlers étaient encore réunis et non différenciés. Mais, si certains développements naturels, comme la simplification de -eaç en -à; et de -av; en -âq, ont pu avoir lieu de manière parallèle dans des parlers ioniens et attiques déjà séparés, une innovation de caractère aussi singulier que le passage de â à une voyelle qui tendait vers è, innovation n'ayant eu lieu nulle part ailleurs chez aucun Grec, est une preuve qu'il y a eu une période où les parlers qui devaient devenir l'ionien d'une part et l'attique de l'autre formaient un groupe un.

La confusion attique de rt* avec l'ancien ZJ n'a eu lieu qu'après la séparation de l'altique et de l'ionien. On sait en effet que le passage de à" k -q a été •empêché en attique par un p, par un i et par un s précédents ; 1'^* est revenu à â dans les cas tels que att. -^[j-cpâ, xapBiâ, etc. Il ne s'agit pas -d'un â conservé dans tous ces cas ; le groupe ejc, contracté d'ordinaire en Yj en attique, prend après -. et t la forme â : att. ûy'.a, IvBsa, etc. représentent ■jy.éx, hoiiy. ; la différenciation de n^ en â opérée par les voyelles i et e s'est donc faite en attique même, après la séparation d'avec l'ionien. Dans le cas de -pzx, la contraction a la forme normale en --q, soit op-q au nominatif pluriel, -pvqpr, à l'accusatif singulier ; mais c'est que l'action de p sur Â* est plus ancienne que celle de i et s, ou du moins a cessé plus tôt: l'ancien -AopFû est de même devenu -/.ôpy] en attique, parce que la chute de F en attique dans le groupe pF est postérieure à la date où s'est exercée l'action de p sur â*. Cette action de F en attique montre, on le notera, que, pour préhistorique qu'elle soit dans les deux groupes, la disparition -de >F a eu lieu indépendamment en attique et en ionien.

La fermeture de à en à" durant la période commune ionienne-attique et «n y; au cours du développement propre des parlers ioniens et attiques est ie principal trait par lequel ces parlers se distinguent de tous les autres. Comme l'a était très fréquent en grec, ce trait distinctif se retrouve souvent, et c'est celui qui a toujours servi à opposer l'ionien-attique à tous les autres dialectes. Il est inutile de dire que l'innovation est ici du côté de l'ionien-attique et que c'est l'ensemble des autres parlers qui conserve l'état grec commun : il y a eu changement de à en -q en ionien et en attique, et non changement de -q en y. dans les autres dialectes.

L'ionien et l'attique ont en commun plusieurs autres traits dont quelquestms, par leur caractère tout particulier, établissent, mieux encore que l'y) issu de â, l'existence d'une période ionienne-attique commune.

Les pronoms personnels signifiant « nous » et « vous » avaient en grec commun des accusatifs de la forme *à7;xl, *Ù7[;i, ou plutôt sans doute *ih\>.é, *{jh[j.i ; ces accusatifs ont subsisté partout avec l'aspect que les

règles de correspondances phonétiques permettent de prévoir: 'â]jÀ, 'Dpi en dorien ; à[).ixe, i)\).\).e en lesbien ; x[X[).e en thessalien ; «[xe (c'est-à-dire 'âp.E ) en arcadien. Sur ces accusatifs ont été faits des nominatifs pluriels nouveaux : dorien 'â[)Ac, 'ûixiq ; lesbien x[).[xeç, u[j,-;xe;, béotien x[jAç, zu[jA;. Le trait caractéristique de l'ionien- altique consiste dans l'addition de la désinence -olç d'accusatif pluriel à la forme grecque conmiune, d'où r,\j.éxc, 'û\)AoLç, qui se sont contractés en yjjj-Sç, "ûp-a; en altique. Sur les accusatifs ainsi obtenus ont été faits des nominatifs en -eeq, soit TiIjAzç, 'û[j.é£ç, qui se sont contractés en r,'^.etq, ûfj.etç, tandis que les autres dialectes, partant d'accusatifs à fmale -e, se créaient des nominatifs tels que dorien âpiç, 'ûjjLÉç, lesbien «[j-i^eç, up.;j.£ç. On a donc ici une double innovation commune à l'attique et à l'ionien, et qui ne semble se retrouver nulle part ailleurs en grec.

A la 3* personne du pluriel des prétérits, le type thématique, celui de Xe(Trw, DvE'.-ov et de è'Xtxsv, garde la forme ancienne caractérisée par un simple -V final, soit è'XstTrov, eA'.-cv, dans tous les dialectes, au moins à date ancienne. Dans le type athématiqae, celui des verbes en -[u comme &y;[j.i, •:(6y;ij.i ou comme les aoristes passifs tels que hx-r,v, la 3* personne du pluriel était aussi caractérisée par -v ; la désinence indo-européenne était la même dans les deux cas, et l'on a eOev, soov, TajOcv, etc., ou avec la longue -r, de l'aoriste passif restituée, cieXe-f-rtV en crétois, effxe^avojOYjv à Corcyre, a-eXuGr^v à Delphes. Ailleurs, uns fmale analogique -av, dans l'explication de détail de laquelle il est superflu d'entrer ici, a pris la place du simple -v ; de là en béotien avsôeav, en cypriote /.axeôt/av, etc. Seuls l'ionien et l'attique présentent la finale -aav de à'ôeaav, eiocav, èXuGïjaav, etc., dont le développement est chose si peu naturelle qu'on n'en voit même pas l'explication d'une manière bien certaine. Les formes telles que èxaSccrav, àr.-qkOocuv qu'on lit sur des inscriptions béotiennes du n^ siècle av. J.-C, ou àTrcS'.ootY]C7av, àvTÙeyoKJxv sur des inscriptions delphiques de même date prouvent simplement que le béotien et le delphique étaient alors écrits par des gens qui avaient la pratique de la y.c.vv] ionienne-attique ; ce sont des innovations de la même série que r,A6o-av qu'on lit sur des papyrus et des inscriptions en y.z'.vr, de même date ou dans le texte des Septante.

Le -V éphelcystique est à peu près exclusivement propre à l'ionien et à l'attique : ailleurs on ne le signale que dans les inscriptions qui ont subi l'influence de l'ionien-attique ; il faut seulement mettre à part le datif pluriel qui est en -stv dans l'une des régions de la Thessalie, la Thessaliotis où une inscription du v" siècle porte ^p£;xa7'.v (et non la désinence -£(y!7'. ordinaire en éolicn), et à Héraclée, où l'on a les datifs pluriels evcaffjtv, xotovTaîff'.v à côté de xpaa^oviacst, ho'izxpyo'nxj'y'..

Les noms d'agents du grec commun étaient en -tr^p ou -Twp s'il s'agissait

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