ÉOLIEN
Les cités béotiennes formaient une confédération bien organisée ; le pays e comporte vis-à-vis de l'étranger comme une sorte d'unité. Sans doute, a Béotie n'a pas eu, au moins à une époque ancienne, une grande nfluence politique au dehors ni un grand rayonnement ; son plus grand loète, Pindare, n'a pas écrit en béotien. Mais on compte au moins un uteur qui a écrit le béotien, la poétesse Corinne, qui est précisément ine contemporaine de Pindare, dont on a des fragments de quelque étenlue, surtout ceux qui ont été récemment découverts sur des fragments de lapyrus. On observe de menues particularités propres à certaines cités ; aais en gros il n'y a qu'un béotien, connu surtout par des inscriptions, ui s'étendent sur toute la période classique et ne cessent qu'au ii*^ siècle v. J.-G. L'unité du dialecte est mise en évidence par des particularités l'orthographe. Les Béotiens sont de tous les Grecs ceux qui ont eu le lus de souci de noter phonétiquement leur dialecte ; il y a eu en Béotie es réformes orthographiques, et l'orthographe du m* siècle 3st très rigoueusement définie. Les inscriptions les plus anciennes notent la diphtongue ; par c£ ; au m" siècle, constatant que la voyelle u notait par ailleurs û t non Vu (o>i français qu'ils prononçaient), les Béotiens ont noté l'u du rec commun par oj, soit apyoups^v, et dès lors ils ont pu se servir de l'u our noter la diphtongue et devenue alors û, de -q pour noter la diphtongue t devenue e, de v. (valant i long) pour noter l'ancien •/]. L'éditeur antique e Corinne a donné cette orthographe au texte de la poétesse^ qui appaaît ainsi sous une forme toute différente de l'original. Outre ces témoinages épigraphiques et littéraires, on a quelques parodies du béotien hez les comiques et des gloses.
C'est l'ensemble de ces trois groupes qu'on nommera ici éolien. Mais î mot n'a pas toujours cette valeur précise chez les anciens. Il y a un sens troit : l'éolien au sens strict est la langue littéraire d'Alcée et de Sappho, ui repose sur le parler de Lesbos.Il y a un sens large : les anciens ppellent volontiers éolien 'tout ce qui n'est ni ionien-attique, ni dorien. )n évitera ici ces deux emplois, et l'on se tiendra au sens linguistique éfini ci-dessus.
L'éolien ainsi entendu est caractérisé par des traits particuliers.
Dans tous les autres dialectes, les gutturales labiovélaires If, g"", g"" h es dialectes indo-européens occidentaux sont représentées par des clcnîles, T, 0, 0, devant les voyelles de timbre e en tout cas, soit donc -t et tv;' î et cr;, Os et 6y;. En éolien, ce traitement a lieu à l'intérieur des mots ntre deux voyelles ou dans les enclitiques, et c'est -zi qui répond à que U latin, ca « et » du sanskrit en éolien comme en ionien-atlique. Mais, u moins quand la gutturale labio-vélaire commence le mot, l'éolien tout nlier a des labiales. Donc, pour le nom de nombre « quatre », latin uattuor, sâiiskùl catvâr ah, à -zi-opeq du dorien, ■:éz-::ipzq de l'attique, -iaç;-
psç de l'ionien, le lesbien répond par -Kicc'jpeq et le béotien par xliTapeç, et on a Tceipc- au premier terme d'un composé thessalien. A t^Xs, tyjXoj des autres dialectes, le lesbien répond par ti-^Xj'., et le béotien par ze'.lz- (dans des noms propres). Le nom de la ville de AeXçoi, littéralement la « matrice » , apparenté au sanskrit gârbhaJp « utérus » et au latin uolba (qu'on écrit d'ordinaire uolua, d'après une graphie fautive de manuscrits) est ViiXozl en béotien ; on en rapproche le nom propre thessalien Beacpaïc;, et le lesbien a .BéXsi?, qui équivaut à cîXjpî; de l'ionien-attique. Le vocalisme radical du verbe qui signifie « vouloir » est de timbre e en béotien et en thessalien, comme dans les parlers occidentaux ; de là, avec 3, 3£'.Xo;x£vov, PsiXeiTT/ en béotien, ^eXXoixevou en thessalien, en regard de ov^XoiJ-xt en dorien, os'.Xetat en locrien. Le peuple que l'ionien nomme 0£t7jaXô; et l'atlique 0c"aXiç porte en Béotie le nom de <î>£T-:aXcç et, chez les Thessaliens eux-mêmes, le nom de ns-OaXog. De même le mot à ^ghwinitial qui est représenté en latin pdLvfenis et en lituanien par ^vèris « animal » est en ionien-attique et en dorien 6r,p, mais on lit chez Hesychius : (^r,ptq- ol K£vxaupoi abXtxûç, et les grammairiens s'accordent à parler de çv^p comme étant la forme éolienne — sans doute lesbienne — qui répond à ionien-attique Q-rjp ; le thessalien offre le participe parfait -sjî'.pay.cvTcç du verbe qui ailleurs est 6-r^pâto, et aussi le nom propre $'.Xc-
Une autre innovation particulière à l'éolien consiste à avoir remplacé dès une date très ancienne la caractéristique du participe parfait actif par la caractéristique correspondante du présent ; on a ainsi en lesbien £Xy;X'Jôcov, en thessalien £'xo'.-/.:os;j,£ix3vtwv, en béotien y.aTaSsâatov.
Le lesbien, le thessalien et le béotien s'accordent à présenter poen regard de px des autres parlers dans quelques cas, en des conditions qu'on n'est pas parvenu à définir précisément. Par exemple le lesbien et le béotien ont aTpoTo; au lieu de 'jzpxzic. (la forme n'est pas attestée en thessalien, sans doute parce que la forme commune u-pxiôq s'y est substituée de bonne heure au Gxpo~oç dialectal). Le thessalien et le béotien ont ^poyy; en regard de l'ionien-attique j3pa)ju;. Le béotien et le lesbien disent 7;6pvo'J;, et non irapvo-^.
Les trois groupes s'accordent à exprimer normalement le patronymique par un adjectif dérivé, non par un génitif comme les autres dialectes. Une inscription de Pharsale fournit par exemple une longue liste de noms tels que $'.XtTCXoç, Avxupaveto^;, AvxKpavstç ^Ck'.Ti-izeioç, etc. ; on a en béotien Ap^wv STîepyw/'.o;, et à Lesbos FXajy.o; 'AvTa)vJ[;.£'.oç, et ainsi de suite.
L'éolien n'a pas dû être un groupe très un ; il arrive que le lesbien concorde avec le thessalien, mais non avec le béotien, ou le thessalien avec le béotien, mais non avec le lesbien.
L'une des particularités les plus frappantes du lesbien, celle qui consiste