IV. — Groupe occidental
Les parlers de type « occidental » occupent tout ce qui dans la Grèce propre n'est ni éolien, ni arcadien, ni attique. C'est que les Doriens luxquels appartiennent la plupart de ces parlers sont le dernier groupe l'envahisseurs qui se soit répandu sur la Grèce ; ils se sont substitués \ des Grecs ayant d'autres dialectes qui occupaient le pays avant eux. L'invasion dorienne n'est presque pas un fait historique, puisqu'on n'en a pas de témoignage écrit contemporain ; mais on l'entrevoit du moins, et .1 est frappant que l'épopée homérique, dont la rédaction définitive est aien postérieure à l'invasion dorienne, veuille de parti pris ignorer les Doriens du Péloponèse. Venus en conquérants, les Doriens sont demeurés souvent à l'état de corps d'occupation, parfois peu nombreux. La vie des Doriens de Sparte ou de Crète était celle qu'on mène dans un camp. Le Spartiate Brasidas dit, chez Thucydide (IV, 126), [à^b zoA'.tctwv icicÛTcov 'r;/.tzt\ VI aTç cj rS/Xzi hllyor) àpyo-jiv/, c/Xià. zXe-.ôvwv [j.àXXov sAdcT-ou;, cJ/, ùj.iù T'.vl y-r^-ii\}.viz\ rr;v ojvdcjTc'.av y; tw [;,ays[j,£vot y.paTcTv. Et, dans les Lois de Platon (626 d), le Cretois, approuvé par le Lacédémonien, s'ex- A. Meillet. 5
prime ainsi : -zoux' o3v '::ps; tcv rSKz\).o'> Y;[i.'ïv Tràvra iz-qp'u-a'. zcXeixoç
«et Tcaj'.v otà (ii'o'j <jxn-/r,ç h->, 7:pcç àzâcaç xàç -JCÔXctç wç tîov àXXwv
CJOîvoç c'joàv cçcAoç cv cuts y.Tr,[xâTa)V o'j- ir,',-r,ce\i\j.i-u)'i , av [j.-/; -roi tSav^m àpx y.poL-fi ->.:, zâvTa ce -zx twv vi7.a)ij.ivwv àYa6à twv v.xwvtwv yyfnzbx'.. Le caractère tout militaire des occupants doriens est surtout sensible dans la partie méridionale du domaine, celle où n'ont pénétré que de petites hordes doriennes ; au Nord où ils sont venus en plus grandes masses, les Doriens ont un caractère plus paisible ; Corinthe a été une grande place de commerce, et les populations — non spécifiquement doriennes — de la Phocide, de l'Étolie et de l'Epire ne présentaient pas le contraste, si frappant à Sparte, d'un petit groupe de conquérants dominant une population de sujets.
Les parlers occidentaux forment deux groupes naturels : le groupe dorien proprement dit et le groupe du ?sord-Ouest, auquel se rattache l'éléen.
La conquête dorienne est assez récente pour que les Doriens proprement dits n'aient pas perdu le sens de leur unité. Des institutions communes sur>ivent jusqu'à l'époque historique. La plus nette est la divisioa en trois tribus. L'auteur du KaTâXcyoç twv vewv groupe par multiples de quatre les vaisseaux de tous les autres Hellènes, par multiples de trois les vaisseaux des Doriens : Rhodes par exemple envoie neuf vaisseaux :
TX-r;T:ôX£^/.cç o' 'Hpay.XsîcY;?, 'qùç ze (J-syaç xe, £•/. 'Pdosj inix v?;ar a-fv/ 'Pcotwv àvepw^^wv et 'Piccv àixo'.v=[j.ovTO 3:à ipiy x y.caiJ.r;6évT£ç, Aivoiv 'I-r;X'j75v te y.al âpY'.voévca Kâ^jL'.pov.
et, au vers 668, après un récit :
Tp'!)(6a cà wxYjôcV y,a-açuXacôv.
A propos de Rhodes, Pindare, 01. VII, 187, écrit:
àr.xiep^z o'è'^fov
àjTscov \).c'.pxç, y.Éy.XvjVTat ce c'^vt sBpa'..
Les Doriens sont qualifiés de -zpr/i'iv.zz, •: 177, et dans un fragment conservé sous le nom d'Hésiode, cette épithète est ainsi expliquée :
Tcàvccç Sa -zp'.yii-AZç y.aXéovTa'.
cuvey.a TpiJtrfjv yaTav éxiç T.i-pT,q èSàsavTO.
L'étymologie de ce composé est claire ; le premier terme est Tp'-yat (ait. -.p'.yr^ ; quant au second, c'est le mot indo-européen *weik-, *woik-r