GROUPE OCCIDENTAL
*wik- « tribu, clan », qui est conservé dans le viç- « tribu, clan » du sanskrit, vis- de l'Avesta, vi^- du vieux perse, visl « village » du vieux slave, vësx-piits « seigneur », littéralement « chef de clan », du lituanien, dont le grec a un accusatif conservé dans (^F^oix-x-cz « à la maison » et dont gr. foXy-oq et lat. uïcus par exemple sont des dérivés : ■zp'.yoLi-fr/.-zq « à trois clans » conserve le sens ancien du mot /"c.x-, Fiv.- qui en grec s'est en général restreint au sens de « maison » ; le mot FzXxo; désignait à l'origine la « grande maison » qui appartenait au clan tout entier; Hérodote parle encore de oixov xbv ^xGikéoq V, 3i par exemple.
Les trois tribus doriennes portent les noms de Taaïjîç, A'j\iy.'nq et Ili[j.ou\o'.. On les retrouve un peu partout — parfois augmentées d'une quatrième tribu locale — dans les cités doriennes : à Argos, à Sicyone, à Gorcyre (qui est une colonie de Corinthe), à Epidaure, à Mégare, à Dyme (en Achaïe), en Crète, à Théra, à Cos, à Gyrène, à Agrigente. Il est curieux qu'il n'y en ait pas trace à Sparte ; la constitution particulière de Sparte avait sans doute éliminé cette vieille institution pour la remplacer parles institutions proprement Spartiates de Lycurgue. Le maintien des trois tribus dans tant de cités est la preuve encore tangible de l'unité dorienne.
Le domaine dorien est tout entier tourné vers le Sud et vers l'Ouest. En Grèce propre, les Doriens occupent l'extrémité méridionale : Corinthe, l'Argolide, la Laconie, et la Messénie ; vers l'Est, leurs anciens établissements se composent de la série méridionale des Cyclades, Mélos, ïhéra, Garpathos, Cos et Rhodes, et vont jusqu'à l'extrémité Sud de la côte l'Asie Mineure, avec Cnide et avec le souvenir de l'existence de Doriens i Halicarnasse. A l'époque historique, l'île de Crète est dorienne. Les cololies doriennes de la région du Pont Euxin, KaXy^âoor; et BjCi-mo^) sur le Bosphore sont des fondations de Mégare, qui ne remontent pas au delà lu vu* siècle. Gyrène, sur la côte d'Afrique, est une colonie de Théra, /ers 63o. Gorcyre, dans la mer Ionienne, a peut-être été d'abord une :olonie de Ghalcis ; mais au début de l'époque historique, c'est Corinthe jui y domine ; et, quand Gorcyre est devenue puissante et indépendante, :'étaitune cité déparier dorien. Il semble y avoir eu en Occident des cololisations antérieures à la colonisation dorienne : en Grande-Grèce, Syba- . "is, Grotone, Métaponte, Poseidonie paraissent être des colonies achéennes i i l'origine, mais toutes ont été dorisées. En Sicile, Syracuse est une fonlation de Ghalcis Vv-^rs yS/i ; mais ici aussi le dorien a triomphé, et la cité i passé finalement sous l'influence du groupe issu de Corinthe. Mégare a bndé Mégare Ilyblée, qui fonde Séllnonte vers 65o-63o. Gela, colonie le Rhodiens et de Cretois vers 690, fonde à son tour Agrigente vers 58o. ^es Doriens ont eu du côté de l'Occident leurs établissements les plus prospères ; et ce n'est guère qu'en Sicile, et un peu en Grande- Grèce, qu'il
gg LES DIALECTES
semble s'être développé une littérature proprement dorienne, dont il ne reste malheureusement que des fragments très courts^ comme ceux d'Epicharme et de Sophron, et, plus tard, quelcpies idylles de Théocrite, ou des textes dénaturés, et du reste peu instructifs au point de vue linguistique, comme ceux d'Archimède. L'essentiel de ce que l'on sait sur le dorien vient des inscriptions, et les parlers que l'on connaît le mieux sont ceux de Gortyne en Crète et d'Héraclée en Italie pour lesquels on a de longs textes épigraphiques. On possède de plus un assez grand nombre de données par des gloses, surtout pour le laconien. Et les poètes comiques complètent ces témoignages en ce qui concerne le laconien et le mégarien. Toutes ces données sont partielles : il n'y a pas un parler dorien qu'on puisse décrire complètement.
Il n'a été constitué une -/.oivr, vraiment dorienne qu'en Sicile, notamment dans la région de Syracuse, oii il y a eu de grandes villes d'affaires, une civilisation prospère, et où, comme en lonie, on a senli le besoin d'une langue commune comprise couramment hors des limites d'une cilé. Chaque cité dorienne a gardé son patois local et l'a employé obstinément dans ses textes officiels : les petits nobles bornés qui vivaient de l'exploitation de leurs sujets et qui faisaient travailler leurs serfs sur leurs domaines ruraux dans les pays doricns n'éprouvaient pas le besoin d'avoir un autre idiome que leur patois local ; leur horizon ne s'étendait guère au delà des cités les plus voisines ; les gens d'aflaires qui pouvaient se trouver dans le pays étaient sans influence ; une aristocratie rurale dominait presque partout et détenait le pouvoir alors même que la démocratie devenait puissante ailleurs. A l'intérieur d'une île comme la Crète, il n'y a pas deux cités qui emploient dans leurs inscriptions le même parler exactement, et les inscriptions des villes Cretoises permettent de tracer en quelque mesure une carte linguistique de l'île. A cet égard, le groupe dorien s'oppose au groupe ionien, qui a constitué dès avant l'époque historique une sorte de y.c-.vr;, qui a eu des premiers en Grèce une langue littéraire et qui s'est gardé d'écrire les parlers locaux. En lonie, on connaît une seule langue, mais on la connaît relativement bien ; dans le monde dorien, on en aperçoit un grand nombre, mais on n'a sur chacune que des renseignements incomplets, souvent quelques indications à peine.
La parenté des parlers du Nord-Ouest avec les parlers doriens ressort de leur aspect linguistique ; mais il n'y a entre ces populations et les Doriens aucun lien historique comparable à celui qu'on constate entre les cités proprement doriennes. Les parlers du Nord-Ouest sont ceux de la Phocide,de la Locride, derÉtolie,derAcarnanie et de l'Épire, auxquels il faut ajouter l'éléen dans le Péloponnèse. L'éléen est assez connu par des inscriptions, d'étendue en général médiocre, mais diverses, qui com-
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aencent de bonne heure et couvrent toute la période classique, inscriptions rouvées pour la plupart à Olympie. Le parler de la Phocide est attesté ux V* et iv" siècles av. J.-G. par quelques bonnes inscriptions trouvées à )elphes. Du locrien on a aussi une idée nette grâce à deux inscriptions tendues et bien conservées du v* siècle, la loi de iNaupacte et le bronze i'Œanthée. De la forme ancienne et vraiment locale des autres parlers on le sait à peu près rien. Les inscriptions postérieures au iv^ siècle sont édigées en une sorte de y.o'.vv^ spéciale qui s'est constituée dans le Nord- )uest de la Grèce, la y.o'.vv] élolienne, peu différente de la -/.o'^n^ dite chéenne. Aucune des cités où se parlait le grec du Nord-Ouest n'a eu e littérature propre à aucun moment. On ne peut faire état que des .iscriptions archaïques, peu nombreuses ici comme partout, et qui même lanquent tout à fait pour plusieurs régions. Quand on parle du groupe u jNord-Ouest, il ne s'agit donc que de ce qu'enseignent les plus ancicnes inscriptions éléennes, delphiques et locriennes ; les données sont très ■agnientaires et incomplètes. L'éléen a, au point de vue linguistique omme au point de vue géographique, une place un peu à part.
La ressemblance générale entre les parlers du Nord-Ouest et les parlers
oriens est grande ; mais la plupart des particularités communes à ces
ivers parlers sont simplement des conservations d'un état grec commun,
t non pas des innovations propres au groupe, de sorte qu'on n'en peut,
n bonne méthode, faire état pour établir des liens de parenté dialectale.
ar exemple, les parlers occidentaux s'accordent à conserver -ti final en
es cas où, comme dans ô(cwt'., la plupart des autres parlers ont fait passer
; •; à c et disent y.zMi'.. Les parlers occidentaux ont-;j.£ç, et non -;;.sv, à la
'* personne du pluriel ; mais -;x£ç est une forme ancienne et qui rap-
elle -mah du sanskrit et -rnus du latin beaucoup plus que -\j.v) de l'io-
ien-attique et de l'éolien ; au surplus, on est loin de posséder des témoi-
nages de -[xt- pour tous les parlers doriens, et, quant au groupe du
ord- Ouest, -]j.z- n'y est attesté qu'à Delphes ; pour le reste, on ne sait
en. La forme Tixips; du nom de nombre « quatre » n'est pas attestée en
ehors du groupe occidental ; mais c'est celle que, au nominatif au moins,
grec a héritée de l'indo-européen. Les deux traits tout à fait caracté-
stiques de tout l'ensemble du groupe du Nord-Ouest sont les aoristes
1 -;a des verbes en -Ziù et les futurs en -aiz'j.v.., -jïw, dits doriens. Mais
;s deux traits se retrouvent sporadiquement en dehors des parlers occi-
3ntaux, et l'on a par exemple chez Homère èîsettat et en attique ovj^ou\}.y.\.
!i revanche, les parlers occidentaux ne concordent pas exactement entre
IX ; ainsi à Argos les formes en -;-/ ne sont pas générales, et l'on a --ja,
où une gutturale précède dans le mot: œizy>.z(jx<., epyxjauOx'., ep^fXG-
ct-.o, £o'./.ajc:av, en regard de aycovi^ajôat, xpoaecpav.çe ; on peut, il est
ai, se demander si ces formes en -zz- ne seraient pas des survivances de
l'ancien parler achéen du pays. Bien que le futur en -c;eo[j.a'., -œcW soit de règle absolue dans tout le groupe occidental et en soit sans doute la marque la plus constante, on a à Héraclée des 3" personnes du pluriel hazv:a<., àzaçovT'. en regard du singulier hrjr^-y.'., èpvaHrjTa-., etc. En somme, l'ensemble des parlers occidentaux a conservé iDeaucoup de traits anciens, mais il a peu d'innovations communes.
Les parlers du Nord-Ouest ont en commun quelques particularités très spéciales. Ils tendent à faire passer t devant p à a : à l'ionien-attique ©spw, Féléen répond par oapw, le locrien p.i.r oapw, et le delphique a aussi çxpa) sur une inscription du v" siècle ; toutefois la graphie ordinaire est çepo) à Delphes, Dans ces mêmes parlers, cO tend à passer à œt, soit y^p-ec-.:':., A'jo-xffTO (c'est-à-dire XucrâcGa)) en éléen, bt^EGxxi, hxpe'jza.i, ypzGio (c'est-àdire xp^tOo)), en locrien, -rpocrta, hXx^xi^o, etc. à Delphes. Ces particularités sont menues, et le delphique, très exposé aux influences du dehors, les a éliminées de bonne heure.
Les parlers doriens se ressemblent par leur aspect général ; ils ont beaucoup de traits communs ; mais presque pas un de ces traits ne leur est tout à fait propre ; presque aucun n'est une innovation commune à tout le dorien et qui ne se retrouve pas ailleurs. Si l'on n'avait des témoignages historiques précis qui établissent l'unité du dorisme, on serait embarrassé pour en fournir la preuve linguistique. Les parlers doriens ne sont pas très conservateurs ; ils offrent des innovations nombreuses ; mais ces innovations sont locales ou, comme le passage de c à /; entre voyelles, ne s'étendent qu'à peu de parlers, en l'espèce au laconien et à l'argien.
Rapports entre les quatre groupes dialectaux.
Chacun des parlers 'grecs connus entre dans l'un des quatre grands groupes qui viennent d'être sommairement décrits : arcado-cypriote (ou achéen au sens étroit), ionien-attique, éolien, occidental. Mais la différenciation des parlers a commencé dès la période grecque commune. Au moment où des bandes successives de conquérants ont porté la langue sur les domaines oià on la rencontre à l'époque historique, le grec était déjà différencié. En ce qui concerne les parties de la langue où le grec était amené à innover, les innovations variaient d'une partie à l'autre du domame hellénique. Il y a ainsi des traits communs à deux ou à trois, ou à certaines parties seulement de deux ou trois groupes. De ces traits les uns proviennent de la différenciation dialectale du grec à l'époque de communauté, d'autres résultent de mélanges de populations helléniques qui ont conduit à des parlers mixtes en quelque mesure, d'autres enfin s'exphquent par des développements parallèles. Le départ des trois procès