RAPPORTS ENTRE LES QUATRE GROUPES DIALECTAUX 7I
«st souvent impossible ; mais on peut le faire en quelques cas, et il importe d'examiner les traits communs à plusieurs des quatre grands groupes dialectaux.
L'une des particularités les plus singulières du grec entre toutes les langues indo-européennes est l'emploi d'une particule destinée à préciser la valeur de l'optatif et du subjonctif et à renforcer ces formes modales. Or, cette particule, introduite par le grec, diffère suivant les dialectes. Elle est «v en ionien-attique ; partout ailleurs, elle est de la forme xev, zs, xa : /.s en éolien d'Asie, en thessalien et en cypriote, xa en béotien et en grec occidental. On serait tenté de croire que av est une particularité de rionien-attique, si on ne le retrouvait en arcadien ; l'arcadien a d'ailleurs aussi trace de ■/,£ ou xa dans et x'av. Ce qui montre que cette concordance n'est pas fortuite, c'est que la particule conditionnelle — qui varie, on le sait, d'une langue indo-européenne à l'autre et qui, en grec comme ailleurs, résulte d'un développement relativement récent — est et en ionien-attique et en arcadien, al dans tout le grec occidental et l'éolien ; le cypriote paraît avoir une particule aberrante -q ; on ne connaît pas la forme pamphylienne. Pour la conjonction indiquant le temps, l'ionienattique, l'arcadien et le cypriote ont oiz ; le pamphylien a ho'/.x, avec le grec occidental ; le lesbien cta a l'air d'une contamination de ozz et de oxa, et Yjvixa, T'/]vixa de l'attique éveillent l'idée que -xa ne serait pas étranger même à l' ionien-attique. — En regard de Aai de tous les autres dialectes, mot qui n'a pas d'étymologie claire et dont on ne sait au juste comment il s'est formé, on a à Gypre xaç, qui se retrouve sporadiquement en Arcadie, mais non en Pamphylie. — Tous ces faits relatifs aux particules rapprochaient l'arcadien de l'ionien-attique ; il semble que l'arcadien repose sur un groupe de parlers du grec commun intermédiaire entre l'ionien-attique et le cypriote.
L'infinitif du type athématique (verbes en -[kC) est en -vat en ionienattique, type î'.vat, o-.oova'., Zoii^y.'., tsvai, (7-rpacpY;va'., etc., et en arcado-cypriote : arcadien 'qvxu aTr£t6r/Vac, av6-/]vx[, cypriote 3c/"£vai, xu[j.£p£vat (c'est-à-dire xutj,£p-^vat), pamphylien açt-.sva'.. Le lesbien a -[xsva: dans E[xiJ.£vac et dans les aoristes comme 0i[X£va'., Si;j,£va'., mais -v dans des présents comme x£pvav, oîSwv, qxvuv, ou des aoristes passifs comme [j.eGjijÔ-ov. Le thessalien, le béotien et le groupe occidental tout entier n'ont que -\t.tv : thessalien SoiJEv, béotien oo[xz^i, crétois (de Gortyne) et delphique §too[j.£V, oo\).ev, etc. ; il y a en Crète des formes à voyelle longue du suffixe comme -/jixyjv etc., et à Rhodes et dans les îles voisines des formes telles que oo[X£iv. Dans l'ensemble, l'arcado-cypriote marche ici avec l'ionien-attique, et l'éolien avec le groupe occidental : mais le groupe éolien se divise, et, comme il arrive à d'autres égards et comrhe on peut l'attendre en raison de la proximité géographique, le thessalien et le béotien sont plus sem-
blables au groupe occidental que le Icsbien. — L'éolien offre une particularité curieuse : la tendance à rapprocher les formes thématiques telles que çspô'.v des formes athématiques : on a vu que le lesbien a créé y.épvav, cîcwv, etc. ; en revanche le béotien et l'un des groupes thessaliens, celui de la Pelasgiotis. ont étendu la finale -[j.ev au type thématique (verbes en -0)) ; on a donc des formes telles que çepsiAsv en béotien ou 7:pa(7s£[j.£v à Larissa. Le manque d'unité du groupe éolien apparaît ici comme à tant -'d'autres égards: Ce qui fait que les dialectes ont des infinitifs divergents, c'est que l'infinitif n'est pas une forme indo-européenne conservée et que le grec se l'est constitué à lui-même, et surtout l'a fixé, à une date où ses dialectes se différenciaient déjà les uns des autres.
Les nominatifs pluriels z\ ou -zzl de l'article confirment la division des. dialectes éoliens. On sait que b est ancien au singulier et répond k sa à\x sanskrit, sa du gotique ; et que tc. est ancien au pluriel et répond à té du sanskrit, 'f>ai du gotique. La forme z\ est le résultat d'tme innovation analogique. En effet la flexion des démonstratifs, qui en indo-européen était toute particulière, ne se distingue plus en grec de la flexion du substantif qu'au nominatif singulier; le groupe de 5, 'â, ib étant tout différent du type de x.o.Qôç, ây-^Oa, àvaOov, onconçoit que b et 'à en regard de xi aient entraîné au pluriel cl et a-, en regard de -i. L'innovation y. est de règle • en ionien-attique, en arcadien et en cypriote, en lesbien et en thessalien dans la Pelasgiotis, et aussi en crétois, où elle s'explique par la persistance d'un vieil usage de type arcado-cypriote ; la vieille forme tîi subsiste dans une partie de 1 éolien, à savoir le thessalien de la Thessaliotis et le béotien (c'est chez Homère l'une des formes éoliennes), et en principe dans tout le groupe occidental, sauf le cas d'influence d'un autre dia- ,• lecte parlé antérieurement, en Crète. — Il est dès lors permis de se deman-i| der, on le notera en passant, si l'emploi de y.r,'')z:; en Crète, à Rhodes et à ' Cos, conforme à celui de v.vîvc^ en lesbien et de xsTvoç en ionien, n'est pas aussi un reste d'un parler antérieur; car la forme occidentale ordinaire du démonstratif de l'objet éloigné est ty;vc;, aussi bien à Delphes qu'à Héraclée ' et en Sicile qu'à Mégare. — Il n'est pas douteux que, en changeant de dialectes les Hellènes conquis par les Doriens n'aient dû en bien des cas conserver des traces de leur premier parler. Mais il est presque toujours malaisé de mettre ce conservatisme en évidence.
Le datif pluriel en -a'., commençant par une consonne qui défigurait la consonne finale du thème, faisait difficulté dans nombre de cas. De là est venu le succès d'une forme nouvelle en -eiai qui s'est développée par analogie en partant de mots comme yévejji où elle s'explique naturellement. Cette désinence à initiale vocalique apparaît en pamphylien (mais non en arcadien ou en cypriote), dans l'éolien tout entier sauf le curieux )rp£[xa7iv de la vieille inscription de Cierium relative à Sotairos, et enfin