RAPPORTS ENTRE LES QUATRE GROUPES DIALECTAUX
attique, d'une part, le groupe occidental, de l'autre, représentent deux termes extrêmes. L'arcado-cypriote et l'éolien sont intermédiaires. Dans l'arcado-cypriote, c'est l'arcadien qui est le plus proche de l'ionien-attique, 3t le pamphylien qui présente des ressemblances avec l'éolien, notamment ivec l'éolien d'Asie, et avec le groupe occidental. Dans le groupe éolien, le béotien et le tliessalien ont plus de traits communs avec le groupe occidental que l'éolien d'Asie. Il n'y a pas lieu d'essayer d'attribuer à un mélange secondaire d'éolien et d'occidental, résultant de la fusion de deux populations distinctes, les ressemblances qu'on observe entre le béotien et le thessalien, d'une part, et le groupe occidental, de l'autre. On n'a aucune raison de croire que les traits de ressemblance en question ne datent pas de la période de différenciation dialectale qu'il est licite de supposer à l'intérieur du grec commun. Du reste, les particularités grammaticales ne s'empruntent pas aisément, et c'est faire une hypothèse en l'air que d'attribuer à une influence de populations éoliennes le datif pluriel 3n -c<77'. de tout le groupe occidental du Nord, jusqu'à l'éléen, et jusqu'au dorien de Corinthe et de ses colonies. Si l'innovation -sjsi, qui appartient 1 tout l'éolien et à tout le grec occidental du Nord, est bien un fait dialectal de la période du grec commun, il est plus probable encore que la conservation du --'. final en béotien, en thessalien et dans le groupe occidental, est aussi un fait ancien et ne résulte pas de mélanges secondaires de populations.
Il y a certains traits dont la répartition ne permet aucune conclusion, sans doute parce qu'ils se sont établis après la période du grec commun. Par exemple la répartition des formes du datif pluriel en -o\^i et en -c.ç est iinguhère ; on a -ziqi en ionien, en éolien d'Asie, en pamphylien ; -o-.; en itlique de l'époque classique, en arcadien et en cypriote, en béotien et en :hessalien et dans tout le groupe occidental. Le lesbien, qui a -ccn dans le nibstantif, a xoXq dans l'article ; le vieil attique a connu -cic:!. qu'il n'est pas égitime d'attribuer à la seule influence de la graphie ionisante, ordinaire ï Athènes à l'époque archaïque. C'est qu'il y avait en grec commun deux ^ormes, l'une, -ce, qui répond à l'ancien instrumental en -aih du sanskrit, în -ais du lituanien, l'autre -cet, qui présente la désinence -<j<. venue sans doute du locatif, et que les dialectes ont opté pour l'un ou pour l'autre, tardivement; -c-t était plutôt oriental, et -cç plutôt occidental. Mais, à :eci près que -ce paraît avoir disparu de bonne heure dans le groupe Dccidental, on ne saurait guère fonder un classement sur cette particularité.
A la date oià apparaissent les premiers textes grecs, épigraphiques ou ittéraires, les parlers des divers types sont étrangements emmêlés les uns dans les autres. Sans doute il existe des groupes compacts ioniens, éoliens
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OU occidentaux dans certains domaines. Mais la fondation des colonies a juxtaposé les divers parlers sur les bords du Pont-Euxin, en Italie, en Sicile. Et des parlers de types tout différents se trouvent côte à côte. Il y avait eu à l'époque commune des parlers de transition, et l'on passait sans doute d'une manière continue d'un type dialectal à un autre. Au contraire, à l'époque historique, il y a des différences fondamentales enîre parlers voisins : Tarcadien est très différent du laconien et de l'argien qui l'entourent, l'ionien très différent de l'éolien d'Asie, etl'attique du béotien. Tout ceci résulte de ce que la répartition ancienne des dialectes a été bouleversée par les mouvements de populations et les conquêtes. S'il n'y avait eu réaction et si chaque parler avait continué à se développer d'une manière autonome, les Grecs du vu" et du vi* siècles av. J.-C. allaient à une différenciation linguistique profonde ; ils étaient à la veille de ne plus s'entendre entre eux, et par là même l'unité du monde hellénique se serait définitivement brisée.
La nation qui a apporté le grec ne se composait sans doute que d'un assez petit nombre de conquérants. Sîiivant les conditions où ils se sont trouvés, les divers groupes ont subi plus ou moins l'influence des populations* auxquelles ils se sont mêlés; ils ont été plus ou moins isolés les uns des autres ; ils ont eu plus ou moins d'unité de race. D'ailleurs les siècles qui ont suivi l'entrée des Hellènes sur le domaine où on les trouve à l'époque historique ont été très troublés. La civilisation ancienne de type indo-européen s'éliminait, sans être encore remplacée par une civilisation nouvelle, créée en grande partie avec des éléments nouveaux. Les conditions favorisaient une évolution linguistique rapide, variant d'un groupe à l'autre.
Mais l'unité demeurait sensible, et les Grecs, tout en gardant jalousement l'autonomie de chaque cité ou de chaque confédération de cités, sentaient aussi l'unité supérieure de l'hellénisme. Cette unité a trouvé de bonne heure son expression dans des sanctuaires comme ceux de Delphes et d'Olympie, où se rendaient les Grecs de toutes les régions, et dans des réunions comme celles des jeux olympiques. Tous les Hellènes ont en commun les mêmes formes d'art. Enfin, un même alphabet, comportant d'abord de menues différences entre les diverses régions, mais d'assez bonne heure unifié, s'applique à tous les parlers ; seul le cypriote, placé très à l'écart, a un alphabet distinct.
Et en efTet, les Grecs, peuple de la mer, n'ont été presque partout que des conquérants. Sauf dans l'étroite presqu'île hellénique, ils n'ont nulle part occupé autre chose que les rivages des pays où ils se sont établis. En Asie Mineure, en Libye, en Italie, en Sicile et jusqu'en Gaule, on ne les trouve que dans des îles ou dans des ports, ou tout au plus à quelques kilomètres de la mer. Ce n'est pas un territoire terrestre qui est la patrie
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commune des Hellènes ; c'est la mer Méditerranée, et surtout la partie orientale de la Méditerranée, de la Sicile au Bosphore. La terre séparait es Grecs ; la mer les unissait. Le terme qu'ont inventé les Ioniens pour ndiquer l'idée de gouverner les hommes est emprunté à la navigation : :'est y.'jScpvav.
Mais, parla même, les groupes dialectaux n'offrent aucune continuité. Les parlers des types les plus différents sont juxtaposés les uns aux autres. V la différence de ce que l'on observe ailleurs en général, la géographie 16 guide pas le linguiste qui cherche à classer les parlers grecs.
La ziliq grecque était à l'origine un « fort», uneBiirg, d'où l'on se défenlait contre des envahisseurs ou contre les populations de l'arrière-pays. Ze n'est pas à tort qu'on l'appelle une àv.pirS/.'.ç ; l'altitude en est parfois grande. L'Acrocorinthe est à 875 mètres d'altitude. Le mot ziXtç ne ignifie pas « ville » au point de vue étymologique, mais « citadelle » ; les nots apparentés, pur- du sanskrit, pilis du lituanien, ont gardé le sens .ncien. Mais les envahisseurs hellènes ont groupé dans la place forte d'oii Is dominaient le pays leurs principaux cultes ; ils en ont fait le centre du (•ouvernement ; le mot de t.6X:ç a perdu son sens de « forteresse » pour )rendre progressivement celui de « ville » ; et, comme la « ville » était le entre des cultes et du gouvernement de la cité, r.ol'.ç a fini par désigner lour un Grec la cité elle-même. A travers le changement de sens de 7:6X'.; in entrevoit le passage de l'état de guerre et de conquête à l'état relatiement pacifique et stable qu'on observe à l'époque historique.
Des conquérants hellènes, les uns se sont mêlés aux anciens occupants u pays, les autres ont gardé leur caractère de conquérants et sont restés ine aristocratie fermée. Dans les régions de langue ionienne, la populaion apparaît homogène à l'époque historique ; c'est dire que les anciens coupants du pays et les envahisseurs hellènes des diverses périodes se ont fondus ; il s'est constitué ainsi une population d'hommes d'affaires t de navigateurs, qui se tient pour hellénique mais qui, par ses origines, st fortement mélangée. Dans les pays de langue dorienne, des Hellènes ntrés à date relativement récente se sont le plus possible isolés des nciens occupants, Hellènes ou non Hellènes, et la plupart du temps ils l'ont pas constitué de grandes villes commerçantes. Sous la domination es Doriens, la Crète qui, à l'époque « minoenne », avait été à la tête de i civilisation méditerranéenne, ne joue dans la civilisation grecque aucun Ole. La capitale de la Laconie, Sparte, est éloignée de la mer. En revanhe, celles des cités doriennes dont leur position a fait de grandes places e commerce ont dû prendre un caractère différent. C'a été le cas de lorinthe et de Corcyre, et surtout des villes de Sicile qui ont eu un dévejppement rapide, à la manière des villes américaines modernes, et dont
la population extrêmement nombreuse était par là même composite, A la date 011 commence vraiment l'histoire grecque, du vu* au v® siècle, il y a donc un hellénisme qui a le sentiment de son unité, mais dont l'unité linguistique se brise et qui, si une réaction n'intervenait pas, tendrait à perdre toute communauté de langue. Beaucoup de Grecs vivent à l'écart, appartenant à des cités ou à des confédérations isolées du mouvement général des affaires ; ils se plaisent à employer leur parler local dont l'usage officiel traduit l'autonomie de leurs petits groupes. Mais les larges voies de la mer sont ouvertes à des Grecs de dialectes divers qui s'y croisent ; des colonies lointaines sont fondées où s'associent des Grecs de toutes provenances et même des « barbares » ; de grandes villes se créent où se rencontrent des gens de toute sorte, qui ont besoin d'une langue commune. Deux tendances s'opposent donc alors : d'une part, la langue tend à se différencier à l'infini, et à prendre autant de formes distinctes qu'il y a de cités autonomes ; de l'autre, elle tend à s'unifier. Le conflit entre ces deux tendances domine l'histoire ancienne de la langue grecque. Dès les premiers monuments des langues indo-européennes, la tendance à l'unification a déjà eu de grandes conséquences. Pour des régions étendues comme l'Ionie d'Asie on n'a qu'une langue écrite dès le début. Des emprunts, sans doute nombreux, ont rapproché les vocabulaires des parlers même les plus différents. L'unité très sensible du grec à l'époque historique tient pour une part à ce que tous les parlers représentent un même grec commun ; mais elle tient aussi à ce que les parlers n'ont pas cessé d'agir les uns sur les autres. Il n'y a pas de moment connu où Ton trouve un parler grec qui puisse passer pour absolument autonome.