‹ Aperçu d'une histoire de la langue grecqueChapitre 32 sur 102 · VALEUR DU TÉMOIGMAGE DES LANGUES LITTERAIRES · texte numérisé non relu

VALEUR DU TÉMOIGMAGE DES LANGUES LITTERAIRES

nombre de cas, un choix arbitraire entre des données qui auraient mérité une égale attention. Les langues littéraires ne trompent pas : nul n'ignore qu'elles ne recouvrent pas l'usage ordinaire de la langue parlée. Mais elles représentent un usage fixé par les intéressés ; l'observateur sait ce qu'il doit décrire et étudier ; il est en présence d'une norme, dont il a été pris conscience et qui a été maintenue volontairement.

Sans doute il existe, dans toute localité ou dans tout groupe de localités qui a conscience de son autonomie, le sentiment d'un idéal linguistique auquel on doit se conformer ; et il y a une réprobation contre ceux qui en parlant s'écartent sensiblement de la norme idéale du lieu. Mais les sujets parlants n'ont pas conscience de tous les détails de cette norme, et l'observateur étranger ne sait où la saisir, tandis que l'observateur indigène peut tenir pour essentiels des particularités de son parler personnel ou des fantômes de son imagination. Pour certains détails par où ils se distinguent de leurs voisins, ou qui ont une valeur expressive particulière, les sujets ont une sensibilité vive, tandis que, à côté, de fortes divergences passent inapei-çues. Dès l'instant qu'une langue est fixée dans des monuments littéraires conservés par la mémoire de tout un groupe de lettrés ou, mieux encore, par l'écriture, le linguiste a un objet fixé sur lequel "arrêter son attention, et cet objet n'est pas arbitrairement choisi : il est celui que les membres du groupe étudié ont établi d'une manière consciente et voulue.

D'ailleurs le rôle des langues littéraires dans l'évolution des langues n'est pas négligeable. Sans doute les langues littéraires ne permettent pas d'observer les innovations spontanées ; elles n'en présentent que les conséquences fixées, parfois un long temps après le moment où ont eu lieu les changements. Mais c'est souvent sur la forme qui apparaît fixée dans les langues littéraires, ou du moins sur une forme modifiée par les langues littéraires, que reposent les évolutions linguistiques ultérieures. Ce n'est pas seulement parce qu'on ne le connaît guère sous d'autres formes que le lalin classique doit être considéré par les romanistes ; c'est aussi parce qu'il a été la langue enseignée à l'école, celle qu'on s'efforçait de reproduire, sans y toujours réussir ; et des traits de la langue vulgaire, comme la conservation de -s finale ou de la diphtongue au, sont dus sans doute à l'influence de la langue des lettrés. Le développement de l'arabe n'aurait pas été ce qu'il a été en fait si l'arabe n'était d'abord et avant tout la langue du Coran et de toute la grande littérature qui s'y rattache. Une langue qui a une force d'expansion est nécessairement l'idiome d'un groupe d'hommes actifs, ayant le sentiment de leur force, et qui traduisent cette conscience de leur valeur dans une littérature plus ou moins développée. Cette littérature est elle-même un moyen d'action. De tout cela le grec fournit les exemples les plus illustres. On ne saurait donc négliger les langues littéraires ou s'en servir comme d'un simple moyen pour entre-

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