GÉNÉRALITÉS SUR LES LANGUES LITTÉRAIRES
voir, à travers les faits qu'elles présentent, les traits indistincts de parlers populaires qui ne sont pas attestés ou qui le sont mal.
Les langues littéraires entrent dans la catégorie des langues spéciales et en représentent le type sans doute le plus important à l'époque historique.
Le parler se définit tout d'abord par la localité oii il est employé. Sauf le cas — du reste fréquent — où une langue commune se répand sur un territoire étendu et supprime l'usage des anciens parlers locaux, il existe autant de manières différentes de parler qu'il y a de localités habitées distinctes: chaque petit groupe local tend à avoir son parler propre. Et, même dans le cas où une langue commune vient de se répandre, on constate que cette langue est parlée de manière un peu différente dans chaque locaUté, au moins par ceux des habitants qui sont fixés étroitement dans la localité, qui n'ont pas de nombreuses relations au dehors et qui ne se sentent pas tenus de parler la langue commune dans toute sa pureté. Les Grecs en sont arrivés ainsi à avoir au vi" siècle av. J.-C. à peu près, autant de parlers que de cités autonomes.
Mais la notion de parler local est loin d'épuiser toutes les particularités que le linguiste doit envisager. Abstraction faite des particularités individuelles — qui peuvent avoir parfois leur importance, — il faut tenir compte de tous les parlers de groupements particuliers : chaque profession spécialisée a sa langue, ou, si l'on veut, son argot ; chacune des occupa- ; lions qui groupent pour un temps une part des habitants de la localité détermine aussi des particularités linguistiques : il y a chez les peuples de' civifisation inférieure des manières de parler propres à la chasse, à la pêche, à certaines récoltes, celle du camphre par exemple (voir Lasch, Mitteilnngen der anthropologischen Gesellschaft in Wïen, vol. XXXVIÏ [1907] et A. van Gennep, Revue, des études ethnographiques et sociologiques^ juin-juillet 1908). Chez les modernes, tout le monde a eu par exemple occasion d'observer l'argot des écoles spéciales ou de la caserne ou la langue des sports. La langue religieuse est presque toujours distincte de la langue courante, et, s'il arrive qu'elle se confonde pour un temps avec la langue courante, elle ne tarde pas à s'en distinguer : le latin a été à Rome la langue des chrétiens parce que c'était la langue de tout le monde, et il est demeuré la langue de l'Église catholique romaine, alors qu'il n'est plus la langue parlée de personne ; le Coran a été écrit dans l'arabe courant du temps; mais l'arabe littéral, demeuré la langue religieuse dé tous les Musulmans, n'est plus aujourd'hui parlé par aucun sujet. Sauf les grandes langues à la fois littéraires et religieuses, les langues spéciales