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LANGUES RELIGIEUSES

dont la conséquence a été le développement de la littérature sanskrite classique.

Les besoins du prosélytisme religieux ont donné lieu, à l'époque historique, à la création de toute une série de langues littéraires. Si l'on a constitué les alphabets gotique, arménien, slave, et si l'on a écrit des textes en gotique, en arménien, en slave, c'a été pour évangéliser plus commodément les Gots, les Arméniens, les Slaves, et partout les textes religieux ont précédé les textes profanes. C'est de même pour propager le christianisme qu'on a écrit l'irlandais, l'allemand, le vieil anglais, sans créer pour cela des alphabets vraiment spéciaux. Ces langues, et surtout celles de ces langues qui ont reçu, par la création d'un alphabet propre et par une traduction des textes sacrés et liturgiques, une fixation solide, ont servi à des populations parlant des dialectes divers et sont demeurées sans grands changements durant des temps assez longs. Du gotique on ne connaît pas d'autre forme que celle qu'a fixée l'évêque Wulfila, et, d'où qu'ils viennent, les manuscrits n'offrent qu'un même aspect du gotique. De l'arménien ancien, on ne connaît aussi qu'une forme qui n'a pas cessé de s'écrire durant tout le moyen âge. Les apôtres Cyrille et Méthode semblent avoir employé dans leurs traductions, destinées à des Slaves de Moravie, leur slave propre, celui de la région de Salonique ; ce slavon ecclésiastique est demeuré depuis, avec un minimum de changements, chez les Bulgares, les Serbes et les Russes ; aujourd'hui encore, le russe renferme une foule de mots et de formes venus de cette langue, et l'orthographe russe lui doit une particularité aussi étrange que celle qui consiste à écrire, au génitif masculin singulier des adjectifs, -ago ce que l'on prononce -ovo. — L'arabe littéral, c'est-à-dire la langue du Coran, est encore le seul qu'on écrive, ou du moins qu'on veuille écrire, en pays arabe, et ce qui passe de vulgarisme dans des écrits est dû, non à l'intention, mais à l'ignorance de ceux qui écrivent. La persistance des langues religieuses devenues langues littéraires est très forte et devient à la longue une gêne. Le latin a été durant le moyen âge la langue savante de toute l'Europe occidentale et, fournissant une manière fixe de s'exprimer qui n'était pas celle dont on se servait pour les choses d'expérience courante, a fini par s'interposer entre les savants et la conception directe de la réalité ; l'extension prise par l'emploi littéraire des langues nationales à partir du xii®- \ui* siècle, et plus encore à partir du xvi", a coïncidé avec le renouvellement de la pensée moderne.

Toutefois ces langues venues du prosélytisme religieux ont eu le mérite d'être des langues internationales, qui permettaient aux savants et aux lettrés de pays très divers de s'entendre sans difficulté. Quand une religion non nationale, comme le christianisme, le bouddhisme, l'islamisme, Fi s'est étendue, elle a contribué à fixer des langues sacrées qui ont été sur

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de vastes domaines des moyens de communication entre les prêtres et ensuite entre tous les lettrés. Une langue religieuse et littéraire est à la fois stable et internationalisée.

En dehors même du cas, le plus net de tous, des langues religieuses, devenues langues littéraires, il existe des langues littéraires fixées et communes à des localités diverses, et qui sont dues, au moins au début, à des corporations de lettrés.. Il y a eu en Irlande des filé, en Islande des thul, chez les Anglo-Saxons des scop. Dès qu'il y a quelque part une littérature, cette littérature tend à avoir sa langue, comprise sur un territoire étendu. La langue des chansons de gestes françaises du moyen âge n'est pas un parler local; c'est une langue épique commune. Le Beoiuulf n'est pas un texte en un dialecte anglo-saxon défini. On observe de même dans le^ serbe de Dalmatie des langues épiques spéciales.

Même les chansons, dites populaires, ne peuvent servir au linguiste detextes pour l'étude des parlers locaux. Toutes sont suspectes d'avoir été transposées d'un parler à l'autre, et dans ces transports, les adaptations qu'elles subissent sont le plus souvent incomplètes ; la métrique, ou Tair sur lequel se chante la chanson, s'oppose souvent à certaines adaptations.

On s'exagère parfois l'importance des grandes œuvres littéraires pour la fixation des langues. Sans doute une œuvre capitale, qui sert pendant de longs siècles de fondement à une culture littéraire, comme la Bible et sestraductions, exerfce sur le développement des langues une action considérable. Mais si des ouvrages, tels que la Divine comédie de Dante, les contesde Boccace, et les chansons de Pétrarque peuvent marquer le moment où une langue littéraire se fixe, et, par le fait qu'ils servent de modèles, lui donner un aspect en quelque sorte définitif, les auteurs qui les ont écrits n'ont en général été ni les premiers ni les seuls à écrire la langue dont ils se sont servis, et le succès de leurs œuvres n'a été possible que parce qu'elles étaient écrites dans une langue ayant déjà un rôle et une importance. Le toscan dont se sont servis Dante, Boccace et Pétrarque a eu très vite le caractère d'une langue commune pour la littérature eit italien vulgaire. On voit ici, par un exemple, comment une langue littéraire sert promptement de langue commune à des hommes dont les parlers ordinaires sont différents.

Les langues littéraires échappent à une partie au moins des changements qui atteignent les parlers courants, et par suite elles sont archaïsantes. Ainsi en lette, l'usage de séparer le préverbe du verbe n'existe plus dans le langage ordinaire ; mais la poésie dite populaire le conserve. Le français d'aujourd'hui a perdu l'usage du passé défini (prétérit simple) à

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