CHAPITRE V DE LA TRADITION DES TEXTES
Les papyrus littéraires qui ont été découverts et publiés ont montré que les textes anciens n'ont subi depuis le début de l'ère chrétienne, ou plutôt depuis l'époque des grands philologues d'Alexandrie, depuis le m*-!!" siècle av. J.-C, aucune altération fondamentale et que seules des fautes de détail s'y sont introduites. Dans la mesure où les écrivains anciens sont conservés, on les lit aujourd'hui — sauf naturellement beaucoup de menus changements — à peu près dans l'état où l'on pouvait les lire vers le ii" siècle av. J.-G.
Quant à ce qui s'est passé auparavant, on n'en saurait rien dire de certain. Une chose est sûre: tous les anciens ouvrages conservés le sont à travers les éditions qu'en ont données les philologues de l'époque hellénistique. Un exemple frappant du fait est le texte de la poétesse béotienne Corinne, contemporaine de Pindare : tous les fragments subsistants, qu'on les ait trouvés dans des manuscrits byzantins ou sur les débris de papyrus découverts en Egypte il y a quelques années, sont dans l'orthographe béotienne du m* siècle av. J.-C, c'est-à-dire représentent une graphie postérieure de plus de deux siècles à l'auteur original. Il ne faut pas être dupe des barbouillages dialectaux que les philologues hellénistiques ont répandus sur les textes ; par exemple on lit Trapjsvoi-; pour izxpQivo'.q chez Alcman, parce que à l'époque classique le 6 se prononçait a à Sparte : mais l'inscription laconienne de Damônôn, bien que très postérieure à Alcman, emploie régulièrement le 6 : avsôsxâ, etc. En ce qui concerne l'orthographe, la graphie et les formes grammaticales, ce que fournit la tradition, c'est ce qu'ont admis les philologues hellénistiques ; mais on ne peut contrôler ni la valeur des données qu'ils ont utilisées ni la manière dont ils s'en sont servis.
Les moyens de critique dont on dispose sont en effet entièrement