IIO DE LA TRADITION DES TEXTES
incertains. Le meilleur de tous est la métrique : un examen attentif des faits de métrique avertit souvent de l'impossibilité de certaines leçons ; c'est la métrique qui a rendu les meilleurs services dans la critique de détail des poèmes homériques. La linguistique détermine les possibilités et permet d'utiliser les indications fournies par la métrique ; mais on ne doit pas en abuser ; car les textes littéraires sont artificiels, et leur langue n'a pas même le degré — du reste variable — de cohérence qu'on peut attendre dans une langue courante. Enfin on a les inscriptions ; mais les inscriptions contemporaines des plus anciens textes sont rares ; elles ne se rapportent pas toujours aux pays d'origine des textes littéraires. Et les textes ne sont pas dans des langues locales : les inscriptions béotiennes n'enseignent rien sur la langue de Pindare, qui n'a rien de béotien. D'ailleurs, là même où les textes littéraires et les inscriptions appartiennent au même dialecte, il n'y a encore pas coïncidence : il suiïit qu'une inscription soit métrique pour que sa langue ne concorde pas exactement avec celle des inscriptions en prose, et il est bien connu que, si l'on peut tirer parti de certaines formes des inscriptions métriques de caractère local, on ne peut jamais les tenir pour des représentants exacts du parler de la cité ovi ils ont été écrits, et qu'on doit les utiliser avec beaucoup de précaution. On n'a donc aucune donnée sûre pour faire la critique linguistique des anciens textes littéraires.
Les quelques faits qu'on possède concordent pour établir que la langue des œuvres de la littérature attique est transmise correctement en gros. La métrique concorde avec l'orthographe ; les textes fournis par les plus anciens papyrus renfermant des textes littéraires attiques sont d'accord avec ceux qui viennent de la tradition byzantine ; et la langue des inscriptions est en somme la même que celle des prosateurs du v* siècle av. J.-C. ; le texte de Platon est correctement transmis dans l'ensemble.
Pour les auteurs plus anciens, on ne peut être aussi affirmatif. Les ionismes dont sont pleins les fragments conservés du poète ionien Bacchylide qui a composé ses poèmes dans le « dorien » conventionnel de la lyrique chorale ne peuvent qu'inspirer confiance dans la valeur de la tradition. Le nome des Perses du musicien Timothée montre à quel degré d'arbitraire sont allés les poètes lyriques; l'œuvre est du iv* siècle; elle est conservée dans un papyrus du ni® siècle, postérieur d'un assez pefit nombre d'années à la composition du poème ; or, le texte fourmille de contradictions linguistiques : le génitif des thèmes en -à- y est tantôt en -âç, comme dans v^oa- ou '^■Kxpzxq, tantôt en -y];, comme dans -tcvô-/;;, x6;r^ç, oiç,-qç, alors que le datif singulier est toujours en -âi et le génitif pluriel toujours en -âv ; on y lit lléprqç et û£J7:ôty]; à côté du mot purement poétique aiiy.poi.yo:yyi'.xâ:, et de vYja'.oi-câ;, qui a un â dans sa finale^ mais qui offre I'y] ionien-attique de v^acç au lieu de l'a ancien de vaaoç.
DE LA TRADITION DES TEXTES Ht
L'a dorien figure dans àjjipa, [Ji^T/jp, ci'oapoç, izXxyôc, mais non dans a/,Y;vâç ou dans (jTr^^âfj.evoç, et l'on a -(^yxyî, et non ôi-fx-^z, '/Mcr^Tr,ç, et non Xo)6a-:i?, etc.
Toutefois l'incertitude de la tradition n'atteint pas le vocabulaire, qui est la caractéristique la plus essentielle des langues littéraires ; même en ce qui concerne la graphie et la grammaire, on peut se fier à tout ce qui est garanti par la métrique ; et d'ailleurs les détails mêmes qui viennent d'être indiqués attestent que les incohérences qui pourraient choquer dans les textes traditionnels ont des chances de remonter pour une large part aux auteurs plutôt qu'aux éditeurs antiques. Une étude de la langue des 1 anciens auteurs grecs exige des précautions et comporte des incertitudes ; elle n'est pas rendue impossible par l'état des textes que livre la tradition.