LA LANGUE HOMÉRIQUE
béotien. L'infinitif en-;j.£vx'. n'est connu que par lelesbien et par la langue homérique. — Dans le type en -oo, on trouve à la fois çipsjjisv et çépsw ; or, si le lesbien a oép-qv et le thessalien, dans la Tliessaliotis, ©sps-.v, k béotien et le thessalien, dans la Pelasgiotis, ont <p£p£;j.sv ; l'emploi de -[j.r, dans le type de flexion verbale en -w est une particularité qui ne se ren contre que dans des parlers éoliens. Si les formes homériques comme (/")£'.7:qx£va'. à côté de {F)z'.T.i[xv), et naturellement aussi de (f)v.'î:v.v, ne se retrouvent nulle part dans des parlers locaux connus, c'est que le lesbien, qui seul connaît -'^vm, a ici la forme en -v. Quelquefois le texte flotte entre (F)if.%zv) et (F)v.r,i[j.v/, par exemple H 887 :
(/^)£i7:£'iv, y.ï y,i 7:tp 'j;j.;;/. çO.îv y.oc'. '(^Fy^ol y£VC'.to
oij le Venetus A a £'.7:£Tv, mais où beaucoup d'autres manuscrits ont zl7:i\xv) : quand, comme ici, la métrique autorise les deux formes, c'est généralement £Ît:£î:v qu'ofi're l'accord des manuscrits, ainsi P 655 et 692 et I 102 ; peut-être le texte le plus ancien avait-il (^F)z'.-i[).vi dans les cas de ce genre ; mais on ne saurait rien affirmer ; car le texte homérique renferme des formes de dialectes divers et de dates diverses.
Certaines traces d'éolisme sont isolées, mais d'autant plus frappantes. A l'actif, l'éolien a substitué le suffixe -zv-.- du participe présent au suffixe spécial du participe parfait. Cette particularité ne transparaît nulle part chez Homère sauf dans y,tY.XTi-(0'neç que l'Iliade présente quatre fois, el peut-être dans 'avacizmv et dans -cTpiyivTa? ; et encore Aristarque a-t-il éliminé presque toutes ces formes : il a même préféré v.v/.'/,r,yu)zz:; dans l'une de ses éditions ; c'est y.£7.Ar,Ycôç qu'on trouve partout ailleurs, et les manuscrits de l'Odyssée ç, 3o ont •/.£7.ay]Y(o:£ç ou, plus ordinairement, 7.£x>v-/;Yi-£ç, qui est métriquement inadmissible. La finale -w'i£;, qui figure souvent chez Homère, surtout après voyelle (type |j.£[j.xwt£ç), et qui lui est propre, a des chances d'être partout un compromis entre le -OT£ç ionien qu'on devait mettre à la place de l'ancien -ov-e- éolien, et les exigences de la métrique. Là oii il y a -rsôvr/o-cç, ':£0v/)on2, teOv/jwt'., TsÔVYjwTaç, etc., on est tenté de croire que la leçon du premier auteur, ou du moins des auteurs qui lui ont servi de modèles à cet égard, a été TTcôvâcvTcç, T£Gvâov-:a, T£0vâ5VT'., T£Ovâov-:aç, etc. (restitués ici avec l'a ancien au lieu de V-q ionien) ; ceci n'empêche pas du reste -ziOrCti-z: d'exister, par exemple P 435 (avec une variante incorrecte x£Ov£'.ojxgç), ou même T£6v£à)ti (valant __w) t 33i. Pour le verbe très archaïque (F)oX^x, à thème terminé par une consonne, il est remarquable qu'il n'y ait aucune trace de forme en -wt-, et que toute la flexion homérique soit du type (/')£toiToç, (F)z'.oot:z:, etc. Près du parfait, très archaïque aussi, côicw (c'està-dire ozoQox) ou Qzio'.x, il n'y a également que o£'.o'.6xa, ozio'.ozz:, etc.
Au datif pluriel des noms autres que ceux en -0- et en -•/;-, les poètes
ÉOLISME HOMÉRIQUE 125
omériques disposent à la fois de formes en -a», et de formes en -ejcru La ésinence -euai est une nouveauté qui domine à date historique dans tout ; domaine éolien et qui tient une grande place dans le groupe du Nordluest et dans le groupe corinthien du dorien, comme on l'a vu, p. 72 ! t suiv. ; seule une inscription de la Thessaliotis a encore un exemple de ancien datif pluriel en -gi commun à tous les Hellènes, ypz[j.xzv/, avec un I éphelcystique surprenant, car par ailleurs ce -v est, à date ancienne, ropre à l'ionien-attique. On trouve donc chez Homère à la fois :r6S£7C7iet :--(, Tîcd (la forme r.bozoat. étant sensiblement la moins fréquente), £ip£cr7'., -/eipei'. et ysoTi (ce dernier de beaucoup plus fréquent), Tçimzgci et pMai (ici Tp(o£7cri est le plus fréquent), avcpecrcrt et œ/opâai (l'absence de jvaix£C7c:t, à côté de yuvatçi dont les exemples sont nombreux, tient à incommodité métrique de la forme), y.ù^nac'. et y.u^'', TuàvTsjai et %àGi, f/isaj'., TïoXsjs'. et ttoaéj'., V£çsc77t et vé^eaji (du thème veçc7-, donc avec mple désinence -zi : c'est de ces thèmes en -37- qu'est sortie la nouvelle ésinence -eca'., que ces mêmes thèmes ont parfois reçue à leur tour) ; etc. i l'on ne trouve que 7:zKiy.e<7Gi et que y.uixaat, c'est que xcAiy.sa-t avec ses ois brèves intérieures et /.ûp.ârejfft, avec sa brève entre deux longues, 'entraient pas dans l'hexamètre. Les récitants avaient le sentiment des iux formes, et l'emploi de -zggi a pu servir à faire disparaître un hiatus Drès l'amuissement du /"dans I, 78
i le texte originel devait être :
t:oXÉ7'.v oÏ (/")avit(j(j£tç,
où Aristarque lisait du reste r^o'/dav/ yàp. L'emploi de la désinence -eaai lez Homère ne peut être que d'origine éolienne ; l'emploi de -71 peut re en partie un archaïsme antérieur à l'extension de la nouvelle forme 771 sur le domaine éolien, en partie un ionisme. L'emploi simultané de 77'. et de -71 ne se rencontre dans aucun texte rédigé en un parler local
caractérise éminemment la langue littéraire homérique.
Les aoristes en -aa- du type y.aA£77a sont aussi éoliens : on lit y.akeccTW7av sur une inscription éolienne d'Asie, 70Dv/.aA£77avT£; sur une in- :ription béotienne. Le texte homérique présente à la fois y.aAs77aç et 'Xi^xq suivant les exigences du rythme.
Des deux particules /.^(v) et à'v, appartenant l'une aux parlers occidenux et éohens, l'autre à l'ionien-attique, c'est y£(v) qui figure presque cclusivement chez Homère. Seules, des parties relativement récentes des Dèmes homériques semblent offrir àv, et parfois avec une incohérence 3nt le vers Q /iSy présente un bon exemple :
aol o'av âyw •xo^tcoç /.a( y.s y.AuTCV "Apy^Ç îy.ot[rrjV ;
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là même on a lieu de se demander si av n'a pas été introduit après coup, car le commencement du vers offre des variantes où av ne figure pas ; et un peu plus loin, là oii les manuscrits s'accordent presque tous à avoir av, Q ^39
ob'A av Ti'ç TO'., ■:îO[;-71cv cvoff7ap.£Vi;, [j.a'/saaiTO
des papyrus et au moins un manuscrit ont
c'j y,£V Ti; TO'....
qui est également possible, et que les Ioniens devaient tendre à éliminer : tandis que ■/.£(v) est chez Homère la forme ordinaire, le texte traditionnel a presque partout ojy. av, évidemment parce que ojx av est toujours substituable prosodiquement à oj xev.
Les formes des prépositions varient sensiblement d'un dialecte à l'autre. L'ionien-attique et le lesbien ont r.poç, le groupe occidental, le béotien et le thessalien ont tcoti, le crétois a 7:cp-i (forme de xpcxi, avec métathèse) ; et, Homère a à la fois r.po:, Trpoii et ttoti. Dans la formule qu'on lit par exemple A 201
vcai' [J.vf çcov/^cjaç (/")£7uex xTcpisvTa 7:po7r,uBa,
le fait que r.p- de Trpccrr^ Jca ne fait pas position est une licence conforme aux principes de la prosodie homérique ; mais on obtient un vers plus normal en lisant -koxxùox, qui doit être la leçon ancienne. Et, si l'on a toujours r.pc(ji(fq, jamais Tirpiaçaxo, alors que cfxxs est plus courant que çïj ou Isrj, c'est que 7:(p)iTbaTû ne pouvait entrer dans le vers ; on a ici la preuve que le poète employait ordinairement izpo-i ou xoxt, et non r.po;.
L'ionien-attique ne connaît à peu près que Trapa, -/.axa, àva ; mais les autres dialectes ont souvent des formes sans -a final izxp, xax, àv, ou même ne possèdent que ces formes monosyllabiques. Là où elles sont métriquement possibles, les formes dissyllabiques izxpx, y.axa, àva dominent de beaucoup chez Homère ; mais on rencontre aussi les formes Trap, y.xx, àv qui doivent encore appartenir au fonds éolien ; ce sont ces formes qui sont de règle quand le mot suivant commence par une syllabe brève ou par deux syllabes et que, par conséquent, l'emploi de r.xpx, xaxa, àva entraînerait la suite, impossible, de trois ou de quatre brèves. On trouve donc :
S 2 4 ysûaxo xày. xsçaA^ç
Z 201 r,zo'. 0 xà- -Éctov xo 'AXr^tov oloq àXaxo.
•^ 280 [j.£(^ovâ x' cla'.Sistv xat -îziaao^x, -/..ao-oï xapYjxoç.
Les formes monosyllabiques se rencontrent du reste quelquefois aussi devant une syllabe longue suivante, mais seulement d'une manière sporadique :
A 172 ol 5' £Xi y.à'iJ. [j.éffffûv tteBiov cpoSéovxo ^itq "(/")(oç.