I. L'ÉLÉGIE
Ecrite dans un mètre qui est en partie celui même de l'épopée et qui, pour le reste, n'en est qu'une autre forme, l'élégie a une langue aussi très proche de la langue épique. Le fond en est ionien ; mais il y a partout des sortes de placages de la langue épique qui donnent aux textes un aspect particulier, évidemment recherché des poètes.
Archiloque, dont les iambes sont en un ionien presque pur, écrit un distique élégiaque comme le suivant :
el[j). o' àyà) Ospa-wv [j.èv 'Evjxaîc'.o àvax-oç xal Mo'jj£(j)v è'pa-ov Swpov èTC'.orxatAevoç,
oii l'on a le calque de fins de vers telles que 'EXévois (/")ava7.Tcç N 768 et qui i-eproduit sans doute purement et simplement quelque fin de vers épique. Ailleurs le même poète écrit, avec une forme toute homérique, mais en négligeant l'effet du F, dont il n'avait assurément aucun souvenir :
ôcopa.
Il semble même que l'emploi des formes homériques serve à produire des effets ; ainsi, dans le passage suivant, le mot essentiel est l'homérique xaXX'.TîOv, sans augment, avec la forme -axi de -/.a-îa et l'assimilation de à A, due à quelque chose de tout à fait étranger au dialecte ionien :
'AckÎs'. [j.h> Saîwv iiq àyàXXsxat, t^v r.ocpx Gây.va>
ï-nzç à;j.w[ji.Y)TCV xJcXaitîov oùx. âOéAwv ■ aÙTo; 0 ' è^i^'jyov ôavaTCJ zéXoq ' à^zlq ixci'vr]
ippÉTto ■ è;x3Tiç ■/,T-(^70[J.a'. oj ■/.ay.'lu).
Dès qu'il écrit dans le mètre de l'épopée, Archiloque plaque des formules homériques comme
LANGUE DE l'ÉLÉGIE iSq
ou
àXzç £v TCsXâysjc'.v.
Le génitif en -c.z, Finfinitif en -;j,£v ou en -[xevx'., les mots composés font partie de la langue de Félégie ; malgré son ton bourgeois, Mimnerme en insère des exemples dans son ionien tout simple, et c'est un moyen d'insister sur des mots importants :
K^psç oè TzaptzxTfy.xG'. \).iXxvm, r) [AcV ïyo'JGOi, xÉXo; -yTipxoq àpyctkéox) ,
et plus loin
aùf'v.x xeOvâasva'. ^éX'io'» -q ^ioToq.
ou
aXkoq vc^zo'f ïyv. Ôui^-cçOôpcv.
Et, quand le ton devient épique, les formes le sont aussi :
A'fi^Tao TioÀ'.v, Tc6i T wxcoç HeXi'oto.
Selon lui-même connaît un datif pluriel en -sjcc, au moins avec un mot loble :
o-q\).oq o' wo' av apiff-a tjv y)Y£1J,6v£(7;7'.v stccito.
Le ton est d'ailleurs plus ou moins épique suivant le sujet ; ainsi dans les leux distiques initiaux du morceau cité ici, oii il est question de dieux, il .' a des mots homériques et des composés ; les deux distiques suivants, |ui sont de pure politique, sont en langue courante, et sauf l'y; ionien •près p et i et le mot àçpaot-rjTt, qui vise un effet, sauf à^yea non contracté :t le génitif ijoptoç, un Athénien n'y trouvait sans doute rien que de famiier :
'H;x£T^p-^ cà tSl'.c, y,x'a. [;.àv Aïoç outcox' cXsTTa'.
'j.ii3.-> y,'j\ [Aa-/,âpo)v Oîwv opÉvaç àOavi-ïwv ' TO'//) ^{y.p ix£YâO'j[j.o? £':ri(7xc-cç c6p'.;xoT:â-pïj
riaXXà; 'AOr;vx'//] yv.p7.q u~£pO£V è'x-^' X'j-y. ?c oÔcips'.v [XEvaXr/; tc6}.'.v àçpaâiyjîcv
àîTol [jG'jÀovTai ypr^iJ-ac. 7:£i85[J.£vci, o-(]|ji.3u 0 r,Y£r^,iv(ov aot'/.c^ vooç, ol^iv ctoT[j.ov
uSp'.o? £x ;ji.£YaXïj? aXY£a TroAAa zaôîTv.
Simonide, qui était un poète international et qui a fait de la lyrique liorale, a écrit ses élégies dans une langue très artificielle. Ses épitaphes, lestinées en partie à des Doriens, sont mêlées de dorien ; ainsi dans la
l4o LANGUES DES POETES LYRIQUES
suivante où le nom de Thomme pour qui l'épitaphe était faite est fléchi i la dorienne :
[jLàvTtoç ôq t6t£ XYjpaç è':T£p)jO[xévaç Gaça elâwç oùx £tA-^ HTïàpTY;; f,Ye[J.6va; xpoAiXîïv.