‹ Aperçu d'une histoire de la langue grecqueChapitre 57 sur 102 · LA LYRIQUE ÉOLIENNE · texte numérisé non relu

LA LYRIQUE ÉOLIENNE

brèves, choquantes pour le sentiment rythmique-grec), mais hoiq. Sappho ne fait donc que se conformer à une alternance usuelle dans le parler de ses concitoyens quand elle écrit, suivant le besoin du rythme,

çaîvcTaî [j-c. y.r^voç tToç Osotaiv

mais ailleurs "jas; "Apsw.. Une forme de datif pluriel zdast n'est pas conforme au dialecte ; mais c'est dans un hexamètre de Sappho qu'on la rencontre ; dans ses vers lyriques Sappho emploie la forme locale Tuiosa^t.

La poétesse béotienne Corinne, contemporaine de Pindare, qui a composé aussi des poésies en des mètres de chansons populaires, écrit le béotien courant, comme Sappho le lesbien courant. Dans un fragment conservé par des manuscrits byzantins, on lisait la forme, métriquement inadmissible, Il'.voap'.c'.o ; depuis que la découverte de fragments plus étendus sur des papyrus a permis de se faire une idée précise de la langue de Corinne, on a vu qu'il fallait corriger et lire :

Mo'jpTto' twvya,

ov. j3avà çojc'

ï6x ritvoàps'. t:ct' è'piv.

Corinne ne s'expose pas à pareil reproche ; elle n'entre pas en concurrence avec son puissant contemporain, Pindare. Elle écrit d'une manière simple de petits récits simples. Ce n'est que pour faire honneur aux dieux qu'elle écrit y.-^y.<j\o[)ATxo Kpévoj ; le génitif en -àc est conforme au dialecte ; seul le composé peut passer pour poétique, non la forme grammaticale. Au lieu d'employer le composé -itcv-coijiowv, comme Homère, elle coupe et écrit Tcsvxoj... [xéâwv- Voici du reste le passage avec les restitutions qui semblent à peu près sûres (mais en respectant les accents marqués sur le papyrus, et sans en ajouter) :

xav $î X(^o[a)v Tpiç ;j.]cV zy.

A£u[ç] 7uaT£'.[p ':iavTa)]v ^ao-iXeuç.

TpXq o£ t:cvt[o3 y*H'-J t'-sSwv n[oTtoawv, Tai]v 8c oojTv *ï>u6oç 7^ô/.T[p]a xpaTOuv'.,

-rav §' lav MrJaç] ayaOoç T^f^q Epij^xç • oij[t]oj yap Epwç Y.i] KouTTp'.; "K'.^exTf, t{o); £v 001^.0);; pavTxç •Âpo'jçâoâv Kojpâç èvvt' éXéo-O"^.

•On voit combien la langue est d'un type ordinaire. Le texte de Corinne A. Meillet. io

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concorde avec ce que l'on sait du béotien par ailleurs ; autant que le& données permettent d'en juger, Corinne écrivait le parler béotien commun,, avec les licences d'usage en poésie, et particulièrement en poésie éolienne.

On peut donc conclure que les poètes ioniens et éoliens qui, du vu* au V* siècle, ont composé de petites poésies lyriques dans des mètres empruntés à la poésie populaire ont écrit l'ionien, le lesbien, le béotien des personnes cultivées de leur temps, sans emprunter leur langue à une localitédéterminée et en usant de la langue de toute une région : l'Ionie, la grande île de Lesbos, la confédération béotienne, mais sans employer de termesétrangers, sans recourir aux composés artificiels. Ceci n'a pas empêché. ces œuvres, qui appartiennent à des dialectes définis, de se répandre hors de leur pays d'origine.

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