‹ Aperçu d'une histoire de la langue grecqueChapitre 58 sur 102 · IV. — La lyrique chorale · texte numérisé non relu

IV. — La lyrique chorale

Il y a une lyrique ionienne, une lyrique lesbienne, même une lyrique béotienne ; il n'y a pas de lyrique dorienne. Car la langue de la lyrique chorale ne saurait passer pour proprement dorienne.

Venus tard dans une Grèce déjà occupée par d'autres Hellènes, exploitant en conquérants brutaux des populations agricoles soumises par la force et maintenues par la crainte, les Doriens n'ont été la plupart du temps ni des artistes, ni des philosophes, ni des écrivains originaux. Là oii l'on croyait voir un art dorien, les dernières fouilles ont partout montré l'influence ionienne.

En littérature, rien ne vient des Doriens. Pour l'épopée, on peut supposer une lointaine origine achéenne, et les origines éoliennes, la rédaction ionienne y sont évidentes. On vient de voir toute une série de types lyriques dus à des Ioniens et à des Éoliens ; il n'y a pas de lyrique reposant sur une poésie populaire dorienne. Quant à la lyrique chorale, qui passe pour dorienne, si elle a souvent été faite pour des Doriens, elle n'est pas l'œuvre de Doriens. Stésichore était peut-être d'Himère ; Ibycus était de Rhegium, ville ionienne, dorisée par la suite ; Simonide était de Céos, et son neveu Bacchylide (mort vers /15o av. J.-C.)était aussi un Ionien; Pindare (mort vers /i/»6) était un Béotien. Dans tout cela, pas un poète dont le dorien ait été la langue maternelle. Les anciens avaient déjà remarqué ce fait, et un Byzantin a transmis cette observation : •/; [jivr;'. Il'.vcapîj y.xi 'l6û/,ou xa't 2'.[j.ovîccu y.al Bay.^^'jXîooj <^ ZiôCKtv.izq ^ t^xvzCkmc, œitXiv. C'.à tÔ \J.r^ zXojp'.cTç zbiy.'. t?) oùizi tcjç "sr/^tâç, yçif,'7^x'. oï ;j,ivov ty] C'.aAÉçs'.. •

La seule langue littéraire proprement dorienne qui se soit constituée est celle de Syracuse ; mais cette création est l'œuvre d'une colonie lointaine ;ila

LA LiniQUE CHORALE I^y

fallu pour la réaliser une grande place de commerce à population mêlée, où la vie dorienne et la politique dorienne se sont si peu maintenues que Syracuse a été l'une des cités où les « tyrans w.ont eu le plus de succès. On ne voit pas que les colonies doriennes de Grande Grèce ou de Sicile, où la vie intellectuelle a été intense, aient exercé sur la lyrique chorale une action particulière.

Ce qui domine la structure de la grande lyrique, dite dorienne, et ce qui a déterminé le caractère de sa langue, c'est que les œuvres qu'elle comprend ne sont pas faites, comme celles de la lyrique ionienne ou lesbienne, pour être chantées par des personnes isolées, dans des fêtes privées et en manière de divertissement, mais qu'elles sont destinées à de grands groupes de citoyens ou à la cité entière, qu'elles sont composées pour être exécutées par des chœurs dans des réunions de caractère religieux. C'est de cérémonies religieuses qu'est sortie la lyrique chorale. Il n'est donc pas fortuit qu'elle se soit développée surtout chez les Doriens et sur une base dorienne : nulle part la vie publique ne tenait plus de place que chez les Doriens ni n'absorbait aussi complètement la vie du citoyen. Alors que la civilisation avait développé chez les Éoliens d'Asie et chez les Ioniens une vie individuelle assez pareille à celle des modernes, le citoyen dorien vivait en groupes, d'une vie qui était celle de la cité plus que la sienne propre. La poésie qui lui est destinée est une poésie faite pour des groupes. Manquant d'artistes, les Doriens ont fait donner par des étrangers une technique littéraire et musicale à des genres nationaux qu'ils possédaient et qui apparaissaient trop rudes et barbares. Ainsi s'est développée la lyrique chorale, sur un vieux fonds de chants choraux doriens de caractère religieux, dont le type général, qui était rituel, a dû être exactement conservé, et auxquels des étrangers ont été chargés de donner l'allure littéraire et artistique qu'exigeaient les progrès généraux de la civilisation hellénique.

Ces vieux chants choraux des Doriens, dont rien n'est connu, ne devaient pas concorder avec le parler des cités doriennes. Les langues religieuses différent en principe du parler ordinaire, on l'a vu. Parfois même elles sont inintelligibles. Les Doriens n'ont donc pas dû songera demander aux poètes qu'ils employaient d'utiliser des parlers locaux doriens que ceux-ci possédaient du reste imparfaitement et dont l'emploi dans le culte aurait été déplacé. Ils se sont contentés d'un aspect général dorien ; les poèmes chantés convenaient d'autant mieux à de grandes cérémonies religieuses qu'ils se distinguaient plus du parler de tous les jours.

Faite pour des Doriens, la langue de la lyrique chorale littéraire exclut ce qui dénoncerait trop manifestement le grand dialecte de civilisation, l'ionien. La principale caractéristique de l'ionien, l'r,, équivalant à un à ancien des autres dialectes, est donc évitée en principe. On écrit à'^ap ou

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'àiJÀpà, et non r,[f.ip-fi comme Tionien (ou Y/écâ comme Tattique). Même un mot dont l'origine ionienne se traduit dans la forme comme 7.j5£pvr,-y;ç, avec son suffixe ionien-attique des noms d'agents, est « dorisé », à demi, en y.uêîpvrj-â;. Ces y. étant communs à tous les parlers non ioniens-attiques ne caractérisent pas la langue comme dorienne, mais seulement comme non ionienne.

L'infinitif ionien-attique en -va-, est également évité ; on a d'ordinaire le type en -[j.v>, qui est dorien, mais non pas propre au dorien, soit (fi[j.vi, [j,tYvi.;j.sv, etc. Mais l'infinitif apparaît parfois sous la forme éolienne, telle qu'elle est chez Homère, et l'on a la graphie Ï[x[j.vi, et même £;j.;;.£vai, ce dernier chez Pindare et chez Simonide, à côté de slij.cv. — Pour le type en -0), l'infinitif en -eiv domine, mais on a aussi des infinitifs en -ev tels que (pipsv, dont quelques-uns sont garantis par le mètre chez Bacchylide. De plus Pindare emploie des infinitifs en -c;;.cv, d'un type homérique éolien, comme y.op'juji'^.tv, et ceci ne doit pas être attribué à son origine béotienne ; car Simonide a de même E'jp£;j.£v.

Le génitif pluriel des thèmes en -à est en -5v à la manière des parlers occidentaux et du lesbien ; la forme homérique, béotienne et thessalienne en -âwv est évitée, tout comme les formes ionienne -iojv et attique -(T)v. L'absence de la forme béotienne -âwv chez Pindare, en dépit du modèle homérique, montre la puissance de la tradition dans la langue de la grande lyrique chorale.

En revanche, le datif pluriel en -zg7:, inconnu à la plupart des parlers doriens, est employé fréquemment, sans doute parce que cette forme était celle de la lyrique éolienne et l'une des formes homériques, et sans doute aussi parce qu'elle existait dans le grec occidental du Nord et dans le groupe actif et civilisé des colonies de Corinthe, à Corcyre, à Syracuse. Pindare emploie donc r.oiyai, t.zgI et izioz—i ; Bacchylide a yip'.7m et "/ap!xeaai ', Simonide a y£pvi5cjc-'., xpuiv-ETS'. ; Alcman a le mot poétique xAv-jiveiai à côté d'un mot d'usage courant sous la forme dorienne yiepy.-

Les traits qui caractérisent les parlers occidentaux, et en particulier le dorien, sont ou employés sans constance ou non employés. L'aoriste en -;x des verbes en -law et en -Zo) est constant dans presque tous les parlers doriens ; or, il est rare chez Bacchylide, peu ordinaire chez Pindare, où l'on trouve cependant une forme comme a'.';j.a;£. Pindare et Bacchylide s'accordent à écrire toîrajôs, c-âxcrcjc, (|)xt77£, etc. — Quant au futur en -^éw (-a(o, -jîw), qui est la particularité la plus constante et la plus spécifique des parlers occidentaux, il manque purement et simplement. Ainsi, dans la Pythique IXde'Pindare on lit izaz-ai àg, f)i,(jziq 5/5, oéçe-at 56, owp-^ja£tat 57, T£^£-ai 59, diiei 61, ffiâ^oiTi et ôy^aovTat 63, Mc,ei:y.i 7/i, 7.i)i\).x-0[J.x'. 89 ; ailleurs on lit àcry.7^3a) ou £7r'.|j.£Î;ojv. Bacchylide a de même tz'jIsxx'.. — Si la langue de la lyrique chorale n'est pas ionienne, elle n'est donc

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pas non plus dorienne, et, sauf l'emploi sporadique de l'aoriste en -^a, on n'y trouve rien qui mérite le nom de dorien, pour peu qu'on attribue à ce nom un sens défini.

A part quelques îles de la mer Egée, le F est encore noté régulièrement au commencement des mots dans tout le domaine dorien au moment où écrivent les lyriques. Or, jamais les lyriques ne se servent de F pour faire position, et l'on ne trouverait pas chez Pindare l'équivalent du vers de Corinne :

Alcman a peut-être tenu compte du F assez régulièrement. Mais Pindare se borne à mettre quelques hiatus devant les mots qui en admettaient dans la langue épique ; il a 'K-K'.âXix àva^ ('EçiaX-u 'i'vy.; dans l'Ambrosianus, malgré le mètre), aôcoy. zl-Kûnq, mais aussi \j:e~cc omov/J àvàxTwv Oswv ou -rtv' eIzsTv. Quant à Bacchylide, même les hiatus de ce genre y sont rares, peut-être inexistants.

Le fait qui établit de la manière la plus décisive le caractère composite et artificiel de la langue de la lyrique chorale est l'emploi simultané de av et de ■/.£(v). Les parlers doriens ne connaissent que y,£(v), et àv ne peut avoir été pris qu'à l'ionien et à la langue homérique ; et encore celle-ci n'a-t-elle àv que dans une mesure restreinte. Pindare emploie àv et Y^.^(y) ; chez Bacchylide x£(v) est même rare. Simonide emploie àv et •/,c(v) simultanément dans un même morceau : toùç ■/.£ Osc't çtXscovTi, mais oq av -^ xa/.;;. Il n'y a rien de pareil dans aucune inscription dorienne ancienne.

Pour le pronom de 2^ personne, on trouve œj (et non le dorien tj), fféo ou l'homérique (jifjîv (et non les doriens léo, teo;), cd (et non -zci) ; la forme enclitique -zzi est dorienne, mais elle est aussi chez Homère ; la seule forme sûrement dorienne de la lyrique chorale est l'accusatif Ttv qui se lit souvent chez Pindare et une fois chez Bacchylide ; mais on trouve aussi Gi, qui n'est pas dorien.

La lyrique chorale, dont tous les grands poètes sont originaires de cités non doriennes, n'est pas non plus d'invention dorienne : les modèles sont venus d'Asie, on l'a vu p. 10 1. Terpandre est né à Antissa, dans l'île de Lesbos ; le marbre de Paros dit de lui : àcp' c5 Tspîcxvopo; 0 Aipoîvcw;

è Aéacicq xohq -/i[j.z'jq ~ouq y.iQxp(.<}ov/.ol)q *r;7£ •/.al r};v £[X7:poa-0£v [j.iuc-t/,"/]v

\i.z-chvr,ciVK Les deux poètes et musiciens les plus anciens cités dans le texte suivant de Proclus, où est esquissée l'histoire du nome, sont aussi des EoHens, l'un, Terpandre, des débuis de l'époque historique, du vu" siècle, l'autre Phrynis déjà d'époque classique; le plus tardif seul, Timothée est un Ionien : Scxîï oà Tépxavcpc; [).h Tipôko; -£A£'.c7)C7ai xov v5i;.ov •jjpww \j.i-pi>) ypTiijy.iJ.tvoq, ï-Keax 'Api'wv 0 Mrfi'j[x^odoq ohr, oKiyo: auvauç^ff^.l

l5o LANGUES DES POÈTES LYRIQUES

aÙTOç /.al -z'-Ti-r^ç z,al y.iOapwîèç '•(t't5[xz'/o;. ^prr.q cà 5 Mu-:iVr]vaioc èxaivoto- [^/^cTcV ajTÔv... Ti;j-iO£;:ç oà ucTspov e'.? r/;v vjv aÙTSv -fiyixyz Tdc^'.v. Or, Terpandre aurait été appelé à Sparte ; il passe pour avoir été le premier vainqueur des Karnea (vers 676-678 av. J.-C), et Âristote dit de lui : èy.a- 'Aojvt; y.xl 'jjTspov zlq ty;v èy.etvcj ^:l[).r^^^ 7:p«"ov [j.àv àTCOv^voi aÙTOU, eiià T3 t'.ç à'XAi; TCapS'/^ Asaô'.cç, ^!0' ouTwç oî Xcrot ij.s-ui AéjSiov (oBov. Toute la technique de la grande lyrique semble donc être venue des Eoliens.

Il y a peut-être même des éolismes dans la lyrique chorale. Le texte d'Alcman porte, pour le nom de la muse, Mojcra, peut-être parce qu'il a été laconisé ; mais on lit chezPindare MoTja ; le texte de Bacchylide a 9 fois Mo\)(jx, une fois McTo-a. Au féminin du participe présent, on ne lit jamais chez les lyriques çspovTa à la manière d'Argos ou de Gortyne, œspœaa (ç£p(.3/;a) à la manière de Sparte ; mais le type oipc.iy^, qui est lesbien, se trouve chez Alcman, chez Simonide, chez Pindare, chez Bacchylide. On lit même à la 3^ personne du pluriel le type ziipy.ui chez Ibycus et quelquefois chez Pindare, en regard de oépov-t qui est la forme ordinaire ; Bacchylide, moins dorien encore, n'a çépovxt que d'une manière sporadique, et çfps'jcri est sa forme ordinaire. Sans doute, dans tous ces cas, la métrique n'enseigne rien ; mais il est invraisemblable que des formes aussi singulières que çspc'.Ta ou <^ico'.v. ne reposent pas sur une tradition authentique. On est amené à se demander si ce ne seraient pas des restes des modèles lesbiens de la lyrique chorale de type dorien, à moins qu'il n'y ait là quelque fait dorien dialectal sur lequel on n'avait d'ailleurs aucune donnée. — Les formes de Pindare comme çasvvô; prouvent moins, parce qu'elles peuvent être empruntées à la langue — ou plutôt à l'orthographe — épique.

On ne peut déterminer si c'est aux vieux modèles lyriques éoliens ou à la langue épique que la lyrique chorale doit le génitif en -o'.o des thèmes en -0-, qui se lit plus de quarante fois chez Pindare et i3 fois chez Bacchylide. Bacchylide n'emploie guère ces formes que dans les épithètes de caractère homérique, comme ^-x^u^dr/oïc Ax-oj;, ou dans des passages de ton tout à fait relevé. D'une manière générale, les éolismes de la langue épique ont sans doute aidé à conserver ceux de la lyrique ; mais il serait téméraire d'affirmer que des formes comme le génitif en -o-.o soient prises à la langue de l'épopée, aussi longtemps qu'on n'aura aucun moyen de déterminer quelle a pu être l'influence de la vieille lyrique éolienne sur la lyrique chorale « dorienne ».

Rien donc de plus composite que la langue de la lyrique chorale.

Le vocabulaire est particulièrement artificiel. Le mot propre est autant que possible évité ; on va jusqu'à fabriquer des formes pour éviter le terme courant. Ainsi le mot y.f,p est sûrement ancien ; son -q représente un ancien è dont il subsiste des représentants en sanskrit, en vieux prussien et en

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arménien ; or, sur le modèle de la correspondance attique -^o =: homérique (f)ixp, on a fabriqué une forme -/.sap, qui n'a jamais dû avoir d'existence dans aucune langue parlée, mais qu'emploient des auteurs comme Pindare, Bacchylide et les tragiques d'Athènes.

L'abondance des composés est extrême. Pindare commence en ces termes la IX* Pythique :

êôiXo) yjxXy.xGTZ'.^x riuôtovixav

TsAsa^xpaTY] y^xpixeGG'. Y^ywvsTv cX8tov avopa âiw^îx-

TTOv (JT£çava)[;.a Kjpavaç ' xàv 6 yociziziç àvei^oaçapâycûv kv.

Ilx}do'j xoXtîwv tuûTc Aaxoioaç apizxi , è'veixé t£ ^puacw

xapSévcv àYpoTÉpav âî-

9pw, TÔOt vtv TuoXuij.r^Xou xal TToXuxapTCOTaxaç

6^y.£ BÉazotvav yBo'fôq pt^av aTreipo-j xpuav eù-

•(^paxov OaXXciaav oaeïv.

uTcéSexTo o' àpY'jpoTreC' 'AajpoSiTa Aa}aov ^eTvov 9co5[j.âTa)V hyétùv IçaTïTcijiva yspl y.ojça.

Cette fréquence des composés tient sans doute à l'influence de la langue religieuse : ce sont avant tout les noms de dieux, de héros et de ce qui leur touche qui sont ainsi environnés d'épithètes composées. Et c'est aussi un procédé de la langue religieuse que celui qui consiste à désigner les êtres et les choses par des périphrases ou des termes substitués, comme AxToi^xçOU AaX'.ov ^ôTvov.

Dans une langue qui n'est proprement celle d'aucune localité ni d'aucune époque déterminée, il est malaisé de dire ce que l'on pourrait qualifier de yXwTTa'. : le vocabulaire est un mélange de termes panhelléniques, de termes doriens généraux, de vieux mots qui n'avaient sans doute cours qu'en poésie. Mais le départ entre ces éléments ne peut se faire avec sûreté. Soit par exemple un morceau du péan V de Pindare :

l-q'.z Aa)a' "AtcoXXov" Aaxéoç £v9a \).e xxX^eq eù;x£V£T S£^aaO£ ^i6(<) 0£paTrcvTa

•ÛSA£T£pOV X£Xa$£VVa

CUV [j'.sXiyap'jt xat- «vcç xyxy.Xioq o\x<sx.

l52 LANGUES DES POETES LYRIQUES

Il est possible que le mot qj.çi, apparenté à gotique saggs « chant », siggwan « chanter » (allemand sang, singen), soit un vieux terme de la langue religieuse : la forme est correcte, mais le verbe correspondant, conservé en germanique, n'existe plus nulle part en grec. Il est visible aussi que xeXa^evvô; est une épithète homérique ; on notera seulement que, dans le texte traditionnel des poèmes homériques, elle est écrite à la manière ionienne xeXaoeivôçj simple différence orthographique, puisque le texte homérique originel ne notant pas les consonnes géminées et ne distinguant pas £ long de z bref, avait y.sXa^svo;. Le mot GepaTîoiv a aussi une couleur épique et sans doute religieuse.

Le meilleur moyen de se faire une idée de la langue de la lyrique chorale est peut-être encore de lire la parodie qu'en a faite Aristophane, dans les Oiseaux, v. 904 et suiv. Tout s'y trouve, les composés longs et solennels : vsçeXoxcxy.uYuv, ]j.zXiyXMG!jii)^ ; les ordres de mots forcés, comme xeaTç sv ujj.vwv àoioaTç, les omissions de l'article :

«/.Xï'^ç 0' iox aTToXàç aveu }(itwvoç,

les citations homériques, avec des mots peu usuels et des formes grammaticales préhistoriques :

' Moudàwv GspaTCwv 0Tpr,pbç xaxà TGV 'O[r/]pov,

les formations non at tiques : y.vt'c-ïcp (l'attique dit : xtictt^ç), les mots non ioniens-attiques : TréTCaxai au lieu de xsxr^xai, les formes dialectales étrangères à l'ionien-attique : l'infinitif o6ij,cV, le datif pluriel vop.âôsca'., l'adjectif possessif TÎoç, les formes non contractées : àcioaïç, èTrswv. C'étaient autant d'étrangetés cherchées et voulues, qui s'écartaient à dessein de l'usage courant — le poète lyrique mendiant mis en scène par Aristophane demande à son interlocuteur s'il a compris — , mais dont la plupart se ramenaient à la langue ordinaire par quelques transpositions simples et que tout homme un peu cultivé faisait aisément : l'auditoire du poète a tout compris.

Mais, à l'époque d'Aristophane, on ne se rendait plus compte des origines religieuses des particularités de langue de la lyrique chorale ; on n'y voyait plus que des procédés techniques, trop usés pour faire grande impression, et qui, dénués de leur raison d'être religieuse et usés par des répétitions multiples, ne pouvaient que sembler puérils. Même le renouveau qu'elle avait reçu de la tragédie était épuisé ; le chœur n'est plus dans la tragédie d'Euripide, humaine et pleine de rhétorique, qu'un élément accessoire, qu'on pourrait souvent enlever sans dommage essentiel. Et un jour est venu oij, seuls, les raffinements musicaux d'un Timothée ont prêté à la grande lyrique un intérêt.

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