LA PROSE FAMILIÈRE
langue ordinaire d'Athènes et qu'il a plus subi l'influence de parlers où le duel avait déjà disparu, comme en ionien. Certains détails sont frappants. Voici par exemple comment Xénophon se comporte vis-à-vis du groupe de Gspa-- : le vieux mot %ipx<li qui est encore employé par les tragiques d'Athènes, sans doute en qualité d'archaïsme, de Y^w-xa, a fourni les dérivés 6cpâ-wv, Ospâzaiva, et surtout le verbe Ôspaxeùu) ; et suivant une tendance commune à toutes les langues indo-européennes, c'est du verbe 6£px-£Jw qu'on tire le dérivé qui remplace l'ancien Oipa-l;, trop simple, de flexion trop peu normale, et même 6£px-wv, dont la flexion est à peu près normale, mais dont la formation n'était plus transparente ; on a obtenu ainsi le dérivé ionien-attique ôcpa^suri^ç, qu'on lit par exemple chez Platon et chez Xénophon lui-même ; mais Xénophon recourt une fois dans la Cyropédie à un dérivé qui n'est ni ionien ni attique, BspaTuejt/^p. Ainsi par son vocabulaire comme par sa vie, Xénophon appartient à l'époque hellénistique ; il annonce la v.oirr,.
Chez les orateurs et chez les écrivains de style oratoire, il s'est développé un style périodique savant. Mais les éléments grammaticaux de la période sont empruntés à la grammaire normale de l'attique, et la langue littéraire est restée, durant toute la période classique de la littérature athénienne, en contact avec le développement de la langue courante : la façon dont Démosthène emploie le nombre duel est précisément ce qui annonce la disparition prochaine de ce nombre en attique. Ce n'est que plus tard — et hors d'Athènes — que la prose attique ou atticisante est devenue artificielle.
Qu'il s'agisse de la langue tendue des orateurs ou de la langue plus familière de Platon, c'est toujours du parler des classes supérieures d'Athènes et des hommes cultivés, du parler officiel et pour ainsi dire idéal de la cité, que les textes littéraires conservés donnent une idée. Comme ces textes sont nombreux et variés, qu'ils sont du reste accompagnés d'une foule de documents épigraphiques, on peut dire que le parler attique des y''-vi*' siècles est bien connu. C'est le seul parler grec dont on ait une connaissance, sinon complète, du moins assez large pour que le linguiste se représente entièrement ce qu'il était. Sur les autres parlers on n'a que des aperçus, relativement abondants et précis pour l'ionien, partiels pour le reste.
A côté des classes supérieures, à côté de l'aristocratie et de la bourgeoisie cultivée qui formaient un groupe peu nombreux, il y a eu à Athènes comme dans toutes les grandes villes d'affaires une population d'esclaves, d'affranchis, de citoyens étrangers, de barbares, et aussi de citoyens pauvres et peu instruits ou de ruraux, dont la langue a dû différer plus oa moins de la norme idéale attestée par les inscriptions, par les orateurs et par Platon. On en entrevoit quelques particularités par de brèves inscrip-
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tions que des potiers ont gravées sur des vases et par des tabulae defixionîs. Ces textes relativement populaires présentent des mots non attiques, comme par exemple au présent Si'oy);j.i au lieu de l'attique Séo). Mais les données qu'on possède laissent seulement soupçonner l'existence de manières populaires de parler, qui ont dû d'ailleurs être diverses suivant l'origine des gens ; elles ne donnent pas le moyen de les décrire. Le seul attique dont on ait une connaissance précise est l'attique normal, celui dont les inscriptions officielles et les œuvres d'écrivains comme Platon, d'orateurs comme Lysias et Démosthène, de poètes comiques comme Aristophane permettent de donner une description sensiblement complète.
A l'époque des orateurs attiques, de Platon et des philosophes du groupe socratique, cette prose attique est la seule qui s'écrive en Grèce, ou du moins c'est la seule dont il subsiste des traces. Elle domine la culture de tous les Grecs et sert partout de modèle ; c'est la langue de la conversation internationale et de la culture générale. Même dans l'histoire, où Fionien a longtemps dominé, l'attique s'impose : Xénophon, Théopompe, Ephore écrivent leurs histoires en attique, et non plus en ionien. La prose attique, devenue le moyen d'expression de la pensée grecque et assouplie de manière à être le meilleur instrument de la civilisation grecque, a pris la place de la prose ionienne.