LA LANGGE DE LA COMÉDIE
peu près contemporain d'Aristophane, et plutôt un peu plus ancien.
Le parler syracusain dont se sert la comédie sicilienne paraît avoir eu, comme on doit l'attendre du parler d^une grande ville de civilisation à population mêlée, une évolution rapide. Les inscriptions doriennes de Sicile sont malheureusement rares et peu instructives, et l'on ne connaît guère le parler de Syracuse que par des œuvres littéraires, médiocrement transmises, comme les fragments d'Épicharme, profondément altérées dans la forme, comme les traités d'Archimède, tardives et brèves, comme les idylles de Théocrite en syracusain. Mais on a sur des faits grammaticaux quelques données qui semblent certaines. Les vieux génitifs doriens de pronoms personnels qj.io, tio sont remplacés par des formes analo- ' giques : k[j.iz:, zio:. La 3^ personne du pluriel (F)i!:avTt de FcXix a donne naissance à une flexion de (F)'.::t^.'., glosé par izbTx-j.y.'.. La 3* personne di pluriel du type s£'./.vJov-!. a fait remplacer le type de oî{-/.vjij,i par ce'.-/.vôoj Epicharme a oî-avue, c[j,vu£, et Archimède osty.vûeiv. Plusieurs formes dt parfait ont passé à la flexion des verbes en -o) ; on a ysyaôc'. et Treçjy.er chez Epicharme, àXioSîpwx^t chez Sophron, -z~'j.x/.v. et même un infiniti TUc-ovGiij.ev chez Archimède. Et il a été créé un parfait zs-^j'/a sur Trâj/u à la place de 7:iz:vBa. La 3® personne du pluriel bm du verbe « être » £ servi pour la 3" personne du singulier, sans doute par suite d'une confusior qu'explique la règle -:à cwa -zpiyv..
Le datif pluriel en -east des thèmes consonantiques n'est pas chez le: auteurs siciliens une licence ou un éolisme ; il provient de la langue cou rante. On lit p-'vsss'. chez Epicharme, -:pr/^j.atiÇiv-:£7a'. chez Sophron ; cett( désinence -ti-i se trouve souvent dans la prose scientifique d'Archimède et, dans l'idylle où il s'est plu à faire dialoguer deux femmes syracusaine: en leur parler local, Théocrite n'aurait pas écrit :
cwp'Ijâsv o'IçcS'i ooy.M toTç AwpteecŒt
si pareille forme n'avait pas été courante à Syracuse. On a vu en effet qu le datif pluriel en -£-71, qui est éolien, est aussi l'une des caractéristiques di groupe occidental du Nord et qu'il se rencontre de plus dans le parle dorien le plus voisin de ce groupe, celui de Gorinthe ; on l'a observé dan les diverses colonies de Gorinthe : à Corcyre, à Epidamnos (en lUyrie), Akrai (en Sicile), et c'est ainsi qu'on trouve -£7a'. naturellement à Syra cuse. Jusque dans le détail Epicharme semble être resté fidèle à l'usag courant : à côté de p(v£7!7'., il a zaj'. ; or, il semble bien que, dans des par 1ers occidentaux oij -zam domine par ailleurs, la vieille forme r.xr. a sub sisté : et, à Helaisa en Sicile, à une date postérieure, quand la forme 6' -o'.q avait remplacé -£77-., on trouve, à côté de datifs pluriels en -ctç di type de '.£po[j.va;j.ovi'.ç, le datif pluriel t.xgi., encore au i" siècle av. J.-G.
COMEDIE SICILIENNE l'y!
La langue d'Epicharme diffère profondément de l'attique, ainsi dans ce fragment 9 (Kaibel) :
wffTCcpal 7icv/]pa'i [xxvv.zç aï 0' Lc::ovc[j.ovTX'. ' yxnXv.x; [j.wpiç a;j- XcVt6y/.'.ov àpyûptiv, ak/.y.'. et Xirpav, Ta\ 3' ièv •rjiJ.'.Ai'-rpisv
Il faut d'ailleurs tenir compte de ce que les fragments conservés, en partie cités pour les mots étranges qu'ils contiennent, font apparaître le vocabulaire comme plus différent du vocabulaire attique que ne ferait
.< Tensemble du texte.
I Rien n'est plus naturel que cette langue ; ainsi le portrait fameux du parasite (fr. 35 Kaibel) :
ffUVOÎiTTvéwV TOÎ AWVTt, 'Ax'/dGXi SsT [J.6V0V,
xat Tw yx [j:q Xwvxt, y.ojBàv oeX xaAsTv. T'^vel 0£ yx^'.Teq 1 el\j.i xai Tuctéoi ■noXùv
y{k(s)TX, '/,X'. TOV îatlWVT' klZXl'filii'
•Ax'l Y.X Tt? àvTtOV <^ -'. ^ Xfi Tr,V(|) ).ÉY£IV,
XY^TCctTa TCoXXà xaïaçaYWV, tïoXX' qj.zuov
«::£'.[;/. ' Xû^vov 0' C'J}( c TZxXq •fj.oi (7'j[Aa'£p£i, epTuw 0' oAtaôpaLWV -:£ /,al y.atà a/,d'o? ipri[).oq...
Il y a des composés ; mais ils ont un caractère parodique et servent à 'expression comique : la comédie est un genre poétique, et elle utilise à les fins comiques le procédé que la lyrique chorale et la tragédie emploient )Our donner de la noblesse à leur langue :
r. 61 -^x oj7G)s-/]ç ^o\6n:\q ypxXxi x' èpi6ax(O0£tç.
r. 67 [j.tyxKoyx7[j.o'/xq T£ ynx^nxq y.-Q'/.'zpx'KzkoyiX'j'cpouq ovou;.
r- 102 TTOT'.yÔ pi;XOV TO Ti[J,3£)^0; "^^
ÛT:oix£)vavspjw5£;.
Ce n'est pas seulement pour l'histoire de la littérature que la perte de i comédie sicilienne est à regretter ; les misérables débris qui en sont onservés montrent combien les œuvres d'Epicharme seraient instructives lour le linguiste. Il y a eu à Syracuse, et sans doute d'une manière géérale en Sicile, une langue commune dont les fragments d'Epicharme et e Sophron, les survivances doriennes des textes très altérés des ouvrages cientifiques d'Archimède et les idylles doriennes de Théocrite laissent