LES TEXTES LITTERAIRES I
II* siècle av. J.-C, et la confusion est entière à Tépoque impériale. — De même pour les formes grammaticales. La substitution de a à c ou = dans les aoristes se rencontre en Egypte sur des papyrus déjà au ii'' siècle av. J.-C. : xo Y£vx[j.£vov, [j-er^XOa'. (117 av. J.-G., avec un -q aussi fautif); à Herculanum, on lit une fois v.aT}S)xc. Les formes de ce genre se répandaient donc déjà vers le début de l'ère chrétienne ; ce n'est qu'à dater du i" siècle ap. J.-C. que ces formes deviennent courantes dans les papyrus, et on les rencontre aussi dans le Nouveau Testament : sloa, -^XOa. Or, une inscription de Magnésie de i38 av. J.-C. fournit un exemple sporadique : eTceôaXavTo, et £Y£vair/)v se trouve assez souvent sur des inscriptions de régions diverses, notamment en Egypte, à l'époque impériale.
Grâce aux papyrus et aux inscriptions, on a donc des témoignages datés d'une manière assez précise pour les besoins des linguistes, localisés et dont l'authenticité ne fait pas de doute : c'est le parler même d'un scribe, d'un rédacteur peu lettré, d'un graveur qui échappe involontairement.
Ces données permettent de tirer parti des textes littéraires. Les textes littéraires ont pour le linguiste deux défauts. D'abord la tradition y est très forte : quand on écrit un ouvrage dans nne langue littéraire une fois fixée, on se conforme à des modèles existants, et l'on réussit ainsi à éviter les « fautes » du langage courant mieux qu'on ne le fait en parlant ou en écrivant des choses familières. D'autre part, la transmission manuscrite, faite par des scribes professionnels, tend à effacer les particularités contraires à la norme traditionnelle; et, de plus, elle risque de conformer les textes à un usage postérieur à celui des premiers auteurs, en y introduisant des « fautes » nouvelles, dues non aux auteurs, mais aux copistes ou, ce qui est plus grave, à des éditeurs ou correcteurs postérieurs. En somme les œuvres littéraires ont un double inconvénient : d'abord elles ne réfléchissent pas dès le début la langue du temps où elles sont écrites, et en second lieu les faits qu'on serait tenté d'y utiliser sont suspects de s'être introduits après l'époque des auteurs. Mais on n'en peut faire abstraction, parce qu'elles constituent de beaucoup la plus grosse part des témoignages qu'on possède et parce que la variété des faits linguistiques qu'on y peut observer est grande. Une langue dont on n'a que des textes épigraphiques ou des fragments de rencontre est toujours mal connue ; les seules langues qui permettent une étude complète sont celles dont on possède des textes littéraires étendus. Outre les enseignements qu'ils donnent par eux-mêmes, les témoignages des papyrus et des inscriptions sont précieux en ce qu'ils permettent de déterminer quels sont parmi les textes littéraires ceux dont la langue se rapproche le plus de la langue courante et ce qui, dans les textes même les plus traditionnels, est dû à l'influence du parler courant des auteurs.