LES TEXTES LITTERAIRES
L'accusatif en -a a tendu à être remplacé par -av en grec courant. Certains manuscrits de l'Ancien Testament, surtout l'Alexandrinus, ont des formes de ce genre; ainsi Nombres XV, 27, l'Alexandrinus a al^av [xi'av èvtauaîav, tandis que le Vaticanus et l'Ambrosianus ont alya ; ceci ne prouve que pour le copiste ; car on ne signale avant l'ère chrétienne que deux exemples de ce genre sur des papyrus égyptiens ; on n'en connaît qu'un à Herculanum, dans un juron, vyj Ai'av, donc dans une forme vulgaire, et qui n'autorise aucune conclusion pour la langue écrite même la moins littéraire ; une inscription de Magnésie du 11^ siècle av. J.-C. a vuvaTzav, et une inscription de Pergame, d'époque impériale, Ôuya-cspav ; partout la forme est très rare avant l'Empire. Même les exemples du Nouveau Testament sont tous mal attestés. Il n'y a donc aucune raison de croire que les traducteurs de l'Ancien Testament ni même les auteurs du Nouveau aient écrit (sinon prononcé, ce qui est autre chose) une forme aussi vulgaire que l'accusatif en -av au lieu de -a.
Toutefois les manuscrits demeurent encore sur bien des points fidèles à la graphie des premiers auteurs. La répartition de o'jov.q et g'jBv.ç est instructive à cet égard. On sait que, à Athènes, c'jcî(; est la forme des inscriptions jusqu'en 878 av. J.-C. ; en 878 apparaît oùôeîç, et c'est la seule forme de 3oo à 60 av. J.-C. ; puis, sous l'Empire, oùosiç redevient dominant et finit par être la seule forme. C'est ojceîç qui a seul subsisté dans la négation du grec moderne cev. L'ancien juxtaposé oùSeiç était devenu un mot un ; l'accent ne concordait même pas avec celui de v.q ; la forme avait perdu toute valeur expressive. Pour exprimer avec force l'idée de « pas un » on a été conduit à dire cjBà elç en faisant sentir les deux termes isolément ; Aristophane en fournit un exemple dans une de ses dernières œuvres, Plut. 187 :
c'jo' Tt cT; 6jG£t£v àvôpcoTTrtov è'xt où pouv av, oh'/^t. d/a'.(7x5v, ojy., àXX' oùSà Iv.
Le procédé a ici sa force expressive, et il était sans doute dans sa nouveauté quand Aristophane l'a utilisé. Comme il arrive toujours, cette force expressive s'est vite atténuée ; ainsi chez Ménandre (842-291 av. J.-C.) on lit: Epitrep. 99
v^y.u) oà y,al vuv oùv. £[xauxou a' cùSà ïv
î'S'.sv xr^yxim. — « xoivoç 'Ep[XYj; » — [.;,Y]3à Iv
supt-j)^ CTTcu irpôtTccrTi (jo)[ji,' à§acû[j,evov.
Dès lors oijûà et sTç, p/rps et sTç tendent à se souder ; mais le h initial de v.z, assourdit le g et en fait une aspirée — dès le vi^ siècle, on trouve écrit '06' 'Ep[j.-^ç au lieu de ôo' 'Epi^^ç, — d'où oùeei'ç, ixYjGei'ç, remplaçant