IV. — Élimoation des anomalies des verbes
Tel qu'il apparaît chez Homère, et encore en attique, le verbe grec conserve une large part des complications extrêmes qui caractérisaient le verbe indo-européen. Mais, comme des conjugaisons régulières de verbes dérivés se sont constituées dès avant les premiers textes, ces complications ne représentaient plus les types qui avaient été normaux en indo-européen ; ce n'étaient plus que des anomalies, destinées par là même à disparaître.
L'ionien du vi^-v® siècle avait déjà réalisé plus d'une de ces simplifications et de ces éliminations nécessaires qui ont eu lieu en attique deux siècles plus tard ; il est souvent impossible de dire si telle forme de la /.oi-vv] est due à un emprunt à l'ionien ou à l'évolution naturelle des formes attiques. Il est même oiseux de poser la question, non seulement parce qu'elle n'admet en général pas de solution, mais aussi parce que, au cas où en effet telle forme a été prise à l'ionien, c'est l'anomalie de la forme attique qui a été au fond la condition déterminante du maintien de cette forme dans les pays de dialecte ionien et de son extension ailleurs.
L'opposition d'un singulier actif iOvjy.a, -^y.a, ioojxa et d'un pluriel £6£[j.£v, elixsv, £CoiJ.£v ou d'un moyen £6£;j/r;v, £Î'iJ,-f)v, èo6iJ/r]v, paraît avoir été commune au grec entier à date ancienne ; c'est l'usage homérique et c'est l'usage attique à l'époque classique ; de vieilles inscriptions doriennes connaissent encore des 3''^ personnes du pluriel eôsv, eâov. Mais de bonne heure, l'anomalie tend à se réduire. H y a déjà chez Homère des pluriels refaits sur le singulier, comme lOrf/.av. En ionien, on rencontre encore av£0£7av à Ceos et à Milet ; mais la forme ordinaire du pluriel est déjà du type £6v^7.a[X£v, £6r,-/,av, et le moyen est du type àôv^xaTo ; c'est ce qu'offre le texte d'Hérodote, et c'est à l'influence ionienne qu'est due sans doute la présence de EOvjxav sur une inscription archaïque d'Athènes au vi* siècle, alors que l'attique avait à'Ociav ou plutôt, en l'espèce, le duel £6£-cy]v, car il s'agit de deux personnes ; c'est aussi à l'influence ionienne que sont dues des formes comme 7:ap-?î/,xv, às^y.xv chez les tragiques et chez Thucydide. Sur les inscriptions attiques, le contraste entre lÔYjy.x et £6£[j.£v est régulier jusqu'en 385 av. J.-C. ; de 385 à 3oo, le pluriel è'ôvjy.av apparaît ; de 3oo à 3o av. J.-C, on n'a plus que £6Y)7.av. Les anciens auteurs proprement attiques emploient ïfiz\j.vt, etc. ; mais chez Ménandre, on ne lit plus que à<p-(^xxTtv, è^eâwxaxe, ïfir,-/.7.v. Un mouvement analogue avait eu lieu dans
2l6 CARACTÈRES LINGUISTIQUES DE LA XOIVT^
les autres dialectes : on ne connaît que eôr^xav sur les inscriptions lesbiennes et thessaliennes, et edqxocv domine sur les inscriptions doriennes. Ausfîi toute la langue courante à partir du m* siècle ne connaît-elle plus que le type à6rjxa[j-£V, eôr^xav ; c'est celui qu'on trouve sur les papyrus d'époque ptolémaïque, sur les inscriptions de Magnésie, dans l'Ancien et le Nouveau Testaments. Néanmoins, la tradition littéraire maintient des traces de l'ancienne forme attique : les papyrus d'Herculanum ont encore eocffav à côté de eSwxaiJ-ev, Strabon flotte entre eôsaav, è'So~av et eÔYjxav, è'owy.av, et même Tévangéliste Luc a encore ■rrapéSoaav dans un préambule un peu littéraire, I, 2. Les Atticistes ont à la fois la forme de xotv/^, £oa)xa[X£v, et la forme que leurs manuels leur donnaient avec raison pour attique, è'âoixev. — Tout ceci n'empêchait pas une forte anomalie de subsister : le type en -xa n'a prévalu qu'à l'indicatif, et pour toutes les autres formes, on gardait la forme sans -xa ; ce type en -xa était du reste lui-même particulier à è'Ô'/jxa, ^xx, £So)xa. Aussi une nouvelle forme, franchement régulière, intervient à l'époque impériale : ïÔYjaa, àf^ua, eSwua. Toutefois, malgré l'intervention de cette nouveauté analogique, l'anomalie s'est maintenue ; les Pères de l'Eglise emploient encore £cwxa[A£v, etc., et le grec moderne a tout à la fois à'oojxa, àavjxx (àoY;xa) et è'owaa, àoJTQcra ; là même où acpyjxa se maintient, le subjonctif est plutôt âç-i^ato ; le lesbien actuel (qui n'a rien de commun avec le vieux dialecte lesbien) a afika et âfsa ; l'épirote a âfka, mais à l'impératif 4/5/.
Le parfait sans redoublement à sens de présent foX^a « je sais » avait conservé en grec ancien une flexion archaïque: Fc'2o(, /"oTaôa, /"otSe, ' >F(oix£v, /"{aT£, /"{aavTi, Fia-io-t. Cette flexion est maintenue chez Homère. L'attique la présente à peine atténuée à l'époque classique, où cependant ÏŒfxsv, à la i""* personne du pluriel, est dû à l'analogie des- deux autres formes du pluriel et de la forme du duel. Mais déjà l'ionien fléchissait , oioa, oioKç, clSs, or5a[;,£v, etc., à l'époque d'Hérodote. A Athènes, la 2* personne oT(j8a, était étrange; d'abord on ne l'a pas éliminée; on en a marqué le caractère propre de 2* personne par l'addition de -ç, et l'on trouve cTffÔaç dans la comédie moyenne et chez Ménandre. Ce n'est là qu'un stade transitoire, et cette forme bizarre n'a pas survécu. La xotvv^ ne connaît plus que la flexion normale olâa, oTSaç, oi3a[j.£v, etc. En Sicile le problème a été résolu autrement et sur la 3* personne du pluriel i'tjavTi il a été fait toute une flexion hà]}.i, qui paraît avoir eu quelque succès même dans la xcivv^.
L'imparfait du A'erbe sqxt offre des altérations analogues. La forme ^aôa de 2* personne du singulier, qui est celle de l'attique, offrait le même inconvénient que c!j6a ; on y a aussi ajouté pendant un temps le -; final, d'oii ^aôaç qu'on lit chez Ménandre. Mais cette innovation n'a pas prévalu, et, plus simplement, on a recouru à la forme non attique ■^; ; toutefois rfihci. est