CARACTERES LINGUISTIQUES DE LA ZO'.VY
niques, et il l'était à beaucoup d'égards plus que le slave et le baltique delà même époque. L'exemple est intéressant : il montre que l'action conservatrice de la littérature, tout en troublant à beaucoup d'égards l'évolution de la langue courante, ne l'a ni arrêtée, ni même beaucoup ralentie.
Si la grammaire du grec ancien s'est bien conservée dans ses traits essentiels durant toute la période antique et s'il en subsiste beaucoup de restes encore actuellement, cela vient de ce que la fin de mot n'a pas subi d'altérations profondes. Dans la plupart des langues indo-européennes, les périodes avancées du développement comportent une ruine presque complète de la voyelle de la syllabe finale des mots : latin iintim devient en français un, et un ancien germanique *awaz devient en allemand ein. Le grec n'a eu à aucun moment un accent d'intensité fort qui ait facilité de pareilles amputations de finales, et par suite, les caractéristiques grammaticales qui se trouvaient dans les fins de mots n'ont jamais disparu. Il est résulté de là qu'une flexion verbale ^Iztm, [ÎÀé'Trsiç, ^asttsi, ou un subjonctif va ÇtkéTM, va (âXézr;?, va ^Xér.r, subsistent en grec moderne; un aoriste è'Ypa^a, lypatl/s s'est exactement maintenu. De même, dans la flexion nominale, on a jusqu'à présent ofAcr, oîXcj, oiXo (continuation de ç''Xcv), ot)v£ et au pluriel çîac, oiXcuç ', au féminin [jApx « jour », i^Épaç, au neutre |uÀc, ^j)vC'j, pluriel çûAa. Par suite, la grammaire du grec ancien s'est progressivement simplifiée, sans avoir besoin de se rénover de fond en comble, comme celle du latin vulgaire dans le passage du latin au français.
Mais cette conservation des finales, qui a été de si grande conséquence, n'est pas due à une influence de la langue écrite ; elle tient à la prononciation de la langue qui ne comportait pas de diminution grave des voyelles finales. Les finales ont en grec, comme partout, une certaine débilité : le -v final s'est amui, et l'on dit HûXc, et non ^jXcv ; l'accent grec moderne n'entraîne pas allongement de la voyelle en fin de mot comme à l'intérieur. Mais cette débilité, n'étant pas aidée par un accent placé constamment soit sur l'initiale soit sur une autre syUabe non finale, n'a pas abouti à la destruction des finales. C'est grâce à cette circonstance que les Grecs n'ont jamais eu le sentiment de passer de la période du grec ancien à une période moderne ; les Français, qui avaient perdu toutes les finales latines, ont dû au contraire s'apercevoir à un certain moment que, entre le latin écrit et le français, un pas décisif avait été franchi et qu'il s'agissait désormais de deux langues différentes. Le grec a eu un développement grammatical continu ; on n'y voit pas, à l'époque historique, de « révolution ».