‹ Aperçu d'une histoire de la langue grecqueChapitre 91 sur 102 · ÉLIMINATION DE TRAITS ATTIQUES · texte numérisé non relu

ÉLIMINATION DE TRAITS ATTIQUES

avait conservé Gctéov, -/âXy.soç, etc., tandis que l'attique contractait en oaxsîjv, /aXxoûç, etc. Tant que le modèle attique s'impose, on écrit les formes contractées ; les inscriptions officielles de Pergame ne connaissent que '/p'jc70'jv, et c'est aussi ypjjouv qui se lit à Magnésie. Mais les formes ioniennes qui avaient l'avantage d'être conformes au type ordinaire ont subsisté dans l'usage courant. L'Ancien Testament fléchit caxoOv, octcOu, oaxa, ocTscov, baxéoiç, monti-ant ainsi un mélange de deux tendances. Un datif yp'jaem se lit dès le ii" siècle av. J.-G. sur une inscription de Magnésie, et, à l'époque impériale, y^poaex apparaît à Pergame. Le Nouveau Testament a oaxéa.

Même dans les neutres en -oc, des formes ioniennes non contractées ont persisté au génitif pluriel, parce qu'elles semblaient plus claires. Un papyrus égyptien offre ^^^stêscov de j^XâSoç. Dans l'Ancien et le Nouveau Testaments, on trouve opswv, ^^siléwv ; mais on n'a que àxwv parce que kiéiùv offrait une suite de deux s, et jy.euwv parce que cxôuewv a une accumulation incommode de voyelles.

L'attique avait yiTti'iv, 7'jTpa, paTpayoç, et l'ionien xiOojv, 7,u6pa, (SdcOpaxoç. Or, xiOwv, v.jepa (avec l'atticisation générale de -yj en -â après p dans les noms de ce type), ,3a0paxoç se répandent dans la xoivii^, et le grec moderne a [3a6paxaç à côté de iSaxpayoç. Les formes attiques xopY), ^svoç, [xovoç ont prévalu ; si la /.oirri écrite a admis pour le nom du « seuil » la forme ionienne ojocç, c'est que la forme attique cBi; est rare et que l'ionien o'jooç « seuil » se distinguait bien de b'Bbq « chemin » ; la distinction était utile surtout dans les régions otj l'esprit rude initial ne se prononçait pas. La y.ov)Q a des mots ioniens comme yeipwva^, oBprq plutôt que les mots attiques équivalents yzipo-éyrqq, xpoi'^ ; et comme ces mots ioniens avaient été admis par les tragiques pour donner de la noblesse à leur style, il résulte delà, ainsi qu'on l'a vu, que le vocabulaire des tragiques présente avec celui de la xow/^ des concordances au premier abord assez surprenantes. Le maintien partiel du vocabulaire ionien n'a rien que de naturel : il est plus aisé d'emprunter à un dialecte tenu pour le meilleur un certain nombre de principes, comme l'emploi de -yj après p et i dans certains types de noms, que de prendre tout le vocabulaire attique, et les mots locaux ont subsisté en grand nombre.

On conçoit que l'attique n'ait pas joué de rôle dans la désignation de la « reine ». Au mot attique ^xaîXzix, qui avait l'inconvénient de désigner à la fois la « reine » et la « royauté », la langue officielle a préféré le terme ionien, non ambigu, ^jolcCKiigo. . C'est celui qui prévaut dans toute la xGtvY) et qu'Athènes a fini par accepter : on l'y rencontre depuis 807 av. J.-G. L'importance sociale du nom de la « reine » a fait que le suffixe -(,j!7x s'est répandu pour la formation de féminins de noms d'agents, et [ipiGsx fait concurrence à Hptix pour désigner la « prêtresse » dans la

232 BASES DIALECTALES DE LA XO'.VY^

xoivi^. La formation a subsisté en grec moderne, et la « voisine » se dit Y£it6v',7ax, en regard de -(dzo'/xc « voisin ». Elle a même dépassé les frontières du grec. Le latin des chrétiens l'a adoptée, et il y a eu des mots comme ahbatissa « abbesse » : on entrevoit ici Tinfluence de la y.c.vv^. Le modèle de ^xd'KiGGx fournit aujourd'hui encore des noms d'agents féminins, assez artificiels il est vrai, au français et à l'italien ; c'est l'une des marques de la persistance de l'influence de la y.civrj hellénistique.

La formation ionienne en -aç, -5B:ç, qui fournissait des noms propres abrégés tels que Z-/;vaç, au lieu de Z-ç^îswpoç, et même des noms communs abrégés, tels que ,3a; au lieu de ^jy.zikz6c, s'est beaucoup répandue. Il s'agit ici d'un procédé courant dans les langues de civilisation : on abrège volontiers vélocipède en vélo, automobile en auto et tramway en tram. La flexion ionienne en -Sç, -aooç a pris aussi une grande place dans la y.o'.vi^, sans doute surtout sur le domaine ionien d'abord, car les papyrus égyptiens présentent plutôt une flexion 'Hp5ç, 'Hpx-cç, 'Hpx-:',. Le grec moderne a des restes de ce -aç, -aooç ; car un mot comme •libiy.y.c « boulanger», s'il fait au génitif singulier d/oj[;,5, fait au nominatif pluriel 'J;o)[/5ocç.

L'atticisation du grec n'a donc pas été telle qu'il n'ait subsisté dans la •/.car, beaucoup d'éléments ioniens, dans la forme des mots et dans le vocabulaire.

Quant aux autres dialectes, leur part dans la constitution de la y.oiv^ paraît négligeable. Sur chacun des points où il y avait un parler local bien défini, l'atticisation a dû prendre un aspect particulier. Il y a eu sans doute des « accents » spéciaux à Lesbos, à la Béotie, à la Crète. Des termes particuliers ont dû subsister en grand nombre dans la y.o'.vr^ des habitants des pays où il y avait un dialecte non ionien-attique. Mais, pour la plupart, ces particularités locales n'ont pas été imitées. Variables d'une localité à l'autre, elles n'ont pas ou n'onrguère dépassé les limites de la petite région où elles se produisaient. La y.or,v(^ générale ne doit rien d'essentiel ni aux parlers éoliens, devenus très différents les uns des autres au IV*' siècle, ni même aux parlers doriens.

Si quelques termes doriens ont pénétré dans la y.oivi^, c'est grâce à des circonstances spéciales. On a vu que le terme militaire Xo^^âyôç par exemple avait déjà été emprunté par Fattique. Xénophon emploie •KaiBiV/.oç en citant un propos d'Agésilas, donc sans doute comme un laconisme; le mot a pénétré aisément dans la y.c.vv^, parce que l'attique en avait le féminin xaiSicry.-^. Uu dorisme comme à'vav-:'. « en face de » a paru plus vraiment adverbial que l'attique èvav-iov ; l'existence de èvavTÎov « en face de », d'une part, et de àvT( « au lieu de », de l'autre, rendait facile l'extension de à'vavTi. 11 n'y a du reste pas beaucoup de faits de ce genre, et l'importance n'en est pas grande.

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