‹ Aperçu d'une histoire de la langue grecqueChapitre 92 sur 102 · ÉLÉMENTS DORIENS · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DORIENS

Malgré l'atticisation, il a pu subsister sur l'ancien domaine dorien des particularités qui n'allaient pas contre les principes généraux de la %oiv^ atticisante. Les Grecs de parler dorien ont eu évidemment peine à abandonner, dans les verbes en -^w, leur aoriste très caractéristique en -^a, pour l'aoriste en -(ja, beaucoup moins net, de l'ionien-attique. Ils ont dû continuer à dire souvent £Ôi'y.a;a, iyj!)pt.^x, etc. ; ces formes n'avaient rien de choquant puisque èçûXa^a, Icrsa^a étaient corrects et universellement employés. Il n'est donc pas surprenant que, près de paatâÇo), on trouve i^iaxx^oc. Mais ceci est rare dans les textes écrits en xoiv^, et par exemple les papyrus d'époque ptolémaïque en sont indemnes ; le caractère ionien-attique domine dans toutes les régions où l'on a écrit en '/.oirq. En revanche, dans les parties de la Grèce où se parlaient autrefois des parlers de type occidental, c'est-à-dire dans une notable partie du domaine où l'on a continué jusqu'à présent de parler le grec, l'aoriste en -^a a dû .se maintenir dans l'usage courant ; car le grec moderne connaît beaucoup le type èêaataça, à côté du type èOâiAaaa, et il arrive que les mêmes verbes aient l'une et l'autre formes, ainsi à^éxa^a et è^ixacra. Cette persistance s'explique, puisqu'elle était autorisée par l'analogie d'aoristes comme aXXft^a, à'pTraÇa, ecrcpa^a, etc., qui remontent à l'ionien-attique.

Les faits linguistiques concordent donc avec les données historiques pour établir que la xoivr^ repose essentiellement sur l'ionien-attique, et en particulier sur l'attique. Mais la -/.otvv] n'est pas de l'attique évolué. Elle s'est constituée par des actions et réactions complexes. L'attique a fourni pendant un temps un modèle ; mais ce modèle n'a été reproduit qu'en partie ; et très vite on a cessé de regarder vers Athènes pour y chercher le type normal du bon parler. La xoiv-iî résulte d'une transformation des parlers locaux, et surtout de l'ionien, sous l'influence de l'attique ; et, dans le résultat obtenu, il faut tenir compte de la réaction de l'ensemble de ces parlers autant que de l'action du modèle. Il faut tenir compte aussi de ce que la xotv*^ est, pour une large part, du grec parlé par des étrangers, et par suite normalisé autant que possible et qui tend à perdre et ses nuances délicates, et les difficultés de sa flexion, et les subtilités de sa syntaxe ; les archaïsmes et les délicatesses de l'attique n'avaient pas de place dans la langue des aff"aires de gens dont beaucoup n'étaient même pas des Hellènes.

Il faut enfin et surtout ne pas oublier que quelques-uns des principaux changements qui s'observent dans la -/.owy] sont dus à de grandes tendances, les unes communes à toutes les langues indo-européennes, les autres propres au grec, et que, par rapport à ces grandes tendances qui dominent tout le développement de la langue, les petits détails propres à l'attique ne sont en somme que de menus accidents.

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