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notera les deux grands obélisques dont l’un est encore debout au milieu des ruines de Karnak. Les inscriptions nous apprennent que la reine avait élevé ces deux obélisques en souvenir de son père Thoutmès I. Les légendes horizontales gravées sur le bas des quatre faces de l'obélisque resté en place font connaître quelques particularités dignes d’être rapportées. On y voit, par exemple, que la partie supérieure des obélisques devait être recouverte d’un pyramidion formé de l’or enlevé aux ennemis. En un autre passage, l'inscription nous apprend que l’érection du monument tout entier, depuis son extraction de la montagne d’'Asouan, n'avait duré que sept mois. On juge par ces détails, des efforts qu’il a fallu faire pour transporter et mettre debout une masse qui à 30 mètres de hauteur et qui pèse 374,000 kilogrammes. Le temple de Deir-el-Bahari à Thèbes est un monument dû à la magnificence d’'Hatasou. Les exploits guerriers de la reine sont l'objet des représentations gravées sur les murs de cet édifice. Là, de grands bas-reliefs, sculptés avec une hardiesse et une largeur de ciseau qui étonnent (1), nous font assister à tous les incidents d’une campagne entreprise par la reine contre le pays de Pount, région qui occupe la partie méridionale de la Péninsule Arabique. Les mutilations à jamais regrettables qu'a subies le monument ne nous permettent malheureusement pas de découvrir en quels combats s’illustra la valeur égyptienne. Nous savons cependant par les représentations gravées sur les murs de deux chambres récemment découvertes que la victoire couronna les efforts de la reine, Ces représentations nous montrent en effet le général égyptien recevant le chef ennemi, qui se présente cn suppliant. Celui-ci a la peau d’un brun foncé ; ses cheveux son longs et tombent en mèches tressées sur ses épaules. Il est sans armes. Derrière lui s’avancent sa femme et sa fille. Toutes deux, chose singulière, présentent des traits repoussants que l'artiste
(1) Les principaux d'entre eux sont reproduits sur le mur extérieur de la salle du Temple. (Voy. la Description du Parc.)
égyptien à rendus avec une incroyable habileté. Leurs chairs pendantes, leurs jambes gonflées, les excroissances difformes qui se remarquent en certaines parties du corps, semblent accuser quelque horrible maladie. Aïlleurs, les bas-reliefs nous font voir les vaincus embarquant sur les vaisseaux de la flotte égyptienne le butin pris après la bataille. Ici ce sont des girafes, des singes, des léopards, des armes, des lingots de cuivre, des anneaux d’or ; là ce sont des arbres entiers, probablement d’une espèce rare, . dont les racines sont enfermées dans de grandes caisses pleines de terre. Les vaisseaux eux-mêmes méritent notre attention. Ils sont grands, solidement bâtis, et manœuvrent indifféremment à la rame ou à la voile. Un équipage nombreux couvre le pont. Grâce au soin que l'artiste égyptien a pris d'indiquer la disposition des mâts, des voiles et jusqu'aux nœuds des cordes compliquées qui relient ensemble les divers parties du bâtiment, on a une idée complète de ce qu'était, il y a 4,000 ans, un navire de la marine égyptienne, Dans une autre chambre du même temple, nous assistons à des scènes d’un intérêt aussi grand. Les régiments égyptiens s’avancent au pas gymnastique et rentrent en triomphe à Thèbes. Chaque soldat a une palme dans la main gauche ; de la droite, il tient la pique ou la hache. Des trompettes sont en avant, et sonnent des fanfares. Des officiers portent sur l’épaule l’étendard surmonté du nom de la régente victorieuse. En résumé, Hatasou fut la digne sœur des Thoutmès, et n'occupe pas une des moindres places dans la série des souverains illustres qui, sous la XVIH® dynastie, ont laissé leurs pas si profondément marqués sur le sol égyptien. Nous savons déjà que pendant 17 ans elle s’attribua la puissance royale. Mais l’avénement de son frère Thoutmès III ne fut pas encore pour elle un motif de retraite. Comme sous Thoutmès II, elle prit de nouveau sa part dans les affaires publiques. Elle mourut enfin, laissant celui dont elle avait usurpé le pouvoir maître définitif de l'Égypte.
De tous les Pharaons qui ont successivement guidé l'Égypte vers l’accomplissement de ses destinées, il n’en est vraisembla-
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blement pas un qui mérite plus que Thoutmès II le titre de grand. Sous son règne, l'Égypte est à l’apogée de sa puissance. A l'intérieur, une prévoyante organisation des forces du pays assure partout l’ordre et le progrès. À Ouady-Maghara, à Héliopolis (Matarieh, aux environs du Caire), à Memphis, à Thèbes, à Ombos, à Éléphantine, en Nubie s'élèvent des édifices nombreux et magnifiques. A l'extérieur, l'Égypte devient par ses victoires l'arbitre du monde. Ses conquêtes dans le Soudan sont encore agrandies, et nous possédons une liste nombreuse des vice-rois qui, au nom de Thoutmès, exercent sur cette province éloignée l'autorité souveraine. Pendant ce temps, des flottes égyptiennes s'emparent de l'ile de Chypre, et, après des combats sans cesse renouvelés pendant 18 ans, Thoutmès soumet à ses armes toute l'Asie occideritale. Sous ce règne glorieux, l'Égypte, selon l’expression poétique du temps, pose ses frontières où il lui plait, et son empire s'étend sur l’Abyssinie actuelle, le Soudan, la Nubie, l'Égypte proprement dile, la Syrie, la Mésopotamie, l'Irak- Arabi, le Kurdistan et l'Arménie. Après un règne de 47 ans qu'il compte de la mort de son frère Thoutmès IT, Thoutmès III mourut, laissant à son petit-fils Aménophis II l'Égypte plus forte, plus influente, plus redoutée qu’elle ne l'avait jamais été.
Aménophis I qui régna 10 ans, Thoutmès IV qui régna 31 ans, lui succèdent. Toute la politique de ces princes fut de conserver et de maintenir les conquêtes de leur glorieux prédécesseur. 1 faut dire à leur louange qu'ils y réussirent.
L’époque des grandes luttes renaît avec Aménophis IT. On peut lire encore aujourd’hui, sur les architraves du temple de Louqsor, les éloges que ce prince se décerne à lui-même : « Il est l'Horus, » le taureau puissant, celui qui domine par le glaive et détruit » tous les barbares; il est le roi de la Haute et de la Basse- » Égypte, le maître absolu, le fils du soleil. Il frappe les chefs » de toutes les contrées. Aucun pays ne lient devant sa face. Il » marche et il rassemble la victoire, comme Horus, fils d'fsis, » comme le soleil dans le ciel. Il renverse leurs forteresses elles-
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» mêmes. Il obtient pour l'Égypte les tributs de toutes les nations » par sa vaillance, lui, le seigneur des deux mondes, le fils du » soleil. » L'histoire dira que ces louanges ne sont pas exagérées. Aménophis IT fut en effet un roi aussi redouté dans la cuerre que sage dans la paix. Sous son règne, l'Égypte ne perdil rien du prestige de ses armes, et une légende gravée sur quelques gros scarabées dont le musée de Boulaq possède un exemplaire, uous apprend que, de son temps, l'empire s’étendait de la Mésopotamie au pays de Karo, en Abyssinie. — En même temps qu'Aménophis II! consolidait ainsi l'œuvre des rois qui l'avaient précédé sur le trône, il couvrait les rives du Nil de monuments remarquables par leur grandeur et la perfection des sculptures dont ils sont ornés. Au Soudan, le temple de Gebel- Barkal est l'œuvre d’Aménophis IH, et, près de la troisième cataracte, Soleb montre un autre temple qui est dû également à ce prince. À Asouan, à Éléphantine, à Gebel-Silsileh, à El-Kub, à Tourah (près du Caire), au Sérapeum de Memphis, à Serboutel-Kadim (presqu'ile du Sinaï), se rencontrent des souvenirs de ce roi. C’est lui aussi qui ajouta des constructions considérables au temple de Karnak et qui fit bâtir toute la partie du temple de Louqgsor ensevelie sous les maisons du village qui porte ce nom. Enfin Aménophis IH aurait édifié, sur la rive gauche du Nil et en face de Louqsor, un autre édifice religieux qui a dà être un des plus considérables de l'Égypte. Détruit de fond en comble par des causes inconnues, il n’en reste aujourd’hui que les deux immenses colosses qui en précèdent l'entrée el. que les Arabes appellent Sénamat. Jusqu'à l'an 27 avant J.-C., ces colosses, images du roi Aménophis lui-même, ne fixèrent pas plus que d'autres l'attention publique. Mais à cette époque, un tremblement de terre‘ayant fait tomber la partie supérieure de lun d’entre eux, on s’aperçut bientôt que la base restée en place, quand elle avait été mouillée par la rosée du matin, rendait au lever du soleil un son prolongé. Les Grecs et les Romains voyageaient alors beaucoup en Égypte. Il n’en fallut pas plus pour
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exciter l'admiration de ces étrangers, et bientôt la statue d’Aménophis devint pour eux l’image du roi Memnon qui saluait au lever du soleil sa mère divine, l’Aurore. C'est à cette poétique légende que se rapportent les innombrables inscriptions grecques et latines que l’on voit aujourd’hui gravées sur les jambes du colosse.
Aménopbis II fut remplacé sur le trône par son fils Aménophis IV. Celui-ci suivit l'exemple de ses prédécesseurs, et les basreliefs sculptés dans les tombeaux de Tell-el-Amarna (prov. de Minveh) nous le font voir, debout sur son char et suivi de ses sept filles qui combattent avec lui, foulant aux pieds de ses chevaux les Asiatiques vaincus. Malheureusement, Aménophis [IV ne recut pas de la nature une sagesse égale à son courage. Un fanatisme aveugle le guida trop souvent, et le premier peut-être depuis le commencement de la monarchie égyptienne, il osa porter sur la religion la main d’un réformateur. Ammon, le dieu suprême de Thèbes, fut proscrit, et Aménophis substitua au culte de ce dieu si longtemps respecté celui d’Aten (le disque rayonnant), qu'on n’a peut-être pas comparé sans raison à l’Adonai des relisions sémiliques. Lui-même changea son nom, qui, traduit littéralement, signifie la paix d'Ammon, et prit sur les monuments celui de Khou-en-Aten (la splendeur du disque). Les effets de cette atteinte portée aux dogmes furent désastreux pour l'Égypte. Les temples où le nom du dieu proscrit se rencontre furent muülés, et par la construction d’une ville (Tell-el-Amarna) qui fut la nouvelle capitale de l'Égypte, Thèbes perdit une partie de son ancienne splendeur. Il paraîtrait que la mére de Khou-en-Aten, longtemps vivante dans l'esprit de son fils comme nous le montrent les hypogées de Tell-el-Amarna, ne fut pas étrangère à ce brusque changement dans l'opinion religieuse de l'Égypte. Gr, cette reine n’était pas égvptienne : à Thèbes (vallée d’Abouflamed), elle a les chairs peintes en rose comme les femmes des races septentrionales; sur le scarabée dont nous avons parlé, elle est citée comme issue d’un père et d'une mère qui, non-seu-