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trouveront à cet égard les renseignements les plus circonstanciés. La fièvre jaune y est endémique depuis plusieurs années ; elle y fut même épidémique en 1854, 1868, 1880, 1884, et dernièrement en Mai et en Juin 1886. Lorsque je quittai Panama en Avril 1886, déjà plusieurs cas s'étaient déclarés à Panama et à Colon. En Mars, il y avait eu quarante-trois décès à Panama, et quinze à Colon. Le Star et le Æerald, les deux organes de Panama, publièrent, dans la partie espagnole de leurs feuilles respectives, la mortalité qui sévit si lourdement chez les troupes de la garnison de Panama. Durant le premier trimestre de 1885, au moins un quart des soldats admis à l'hôpital succombèrent à la fièvre jaune, la dyssenterie, et autres maladies propres aux pays tropicaux. En Mai et Juin 1886, au plus fort de l'épidémie de fièvre jaune dans l'isthme, le taux de la mortalité donné par le Vew Fork Herald était de quarante par jour ; plus tard, ce mème journal reconnut que le chiffre de quarante était au-dessous de la vérité. Au mois d’Août, un navire l'Agnès Campbell, arrivait directement de Colon à Biloxi, dans le Missouri (États-Unis), avec la fièvre jaune à bord. Du 13 Septembre 1884 au 20 Janvier 1885, une épidémie de fièvre jaune se déclarait à Colon, dans les navires du port. [Il y eut au moins cent cinquante cas, et une mortalité de deux tiers des malades. En Juillet 1884, le Star et le Æerald publièrent le taux de la mortalité parmi ceux de tout grade employés aux travaux du canal; il se montait à 109 pour 1,000. La plus forte moisson prélevée par la mort fut en Novembre 1884, et quoique le chiffre soit extra-officiel, nous avons simplement à enregistrer les enterrements, qui s'élevèrent à 653 ouvriers, tant chefs qu'ouvriers. La magnificence des hôpitaux inaugurés par M. de Lesseps, à Panama et à Colon, atteste suffisamment sa connaissance du climat, qui, chez nous, est appelé « le tombeau de l'Européen ». Cette série d’hôpitaux, qui
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comprend quelques soixante-cinq édifices à Huerta-Galla, Panama, a coûté plus de 10 millions de francs.
La fièvre jaune emporte seulement les blancs ; mais la fièvre maligne tue également les gens de race blanche et de race noire, ces derniers à cause de l'intensité du poison qui s'infiltre dans leurs veines. Pour apprécier la virulence de cette maladie, je n'ai qu'à citer le cas de la malheureuse expédition de M. Dingler. Cette expédition comprenait en tout trente-trois personnes. Elle arriva à Colon le 29 octobre 1883. En moins de trois semaines le comte de Cuerno et M. Zimmerman étaient emportés par le fléau. Plus tard, ce fut M'° Dingler, puis M. Dingler jeune, et enfin M Dingler, la mère, qui succombèrent. Entre le jour où ils débarquèrent (le 29 octobre 1883) et le 22 janvier 1885, c'est-à-dire en moins de quinze mois, la fièvre jaune s'était abattue sur quatorze personnes ; une seule en échappa. La fièvre maligne attaque tout le monde, sans distinction de sexe ou de personne. Depuis l'enfant à la mamelle jusqu’au vigoureux ouvrier, chacun y est sujet. Ses atteintes sont si foudroyantes que souvent on est attaqué pendant qu'on travaille, la maladie se terminant le plus souvent fatalement dans les trente-six heures. En Juillet 1884, un nouveau cimetière fut ouvert à Panama. Le jour de l'inauguration on donna une fête ; les troupes y défilèrent, la musique militaire se fit entendre, et les sommités gouvernementales y prononcèrent des discours. C'était superbe. Entre ce jour de joyeuse inauguration et le 12 Avril 1886, quand je quittai l'isthme, le cimetière avait été comblé, et un nouveau cimetière, ouvert sans musique cette fois, était déjà à moitié rempli. La dernière fosse portait le numéro 3,889. De simples croix noires, où étaient inscrites l’année et un chiffre d'ordre indiquaient seules les étroites demeures de 3,889 êtres humains. Ce cimetière reçoit, en même temps que les morts provenant du canal, tous les catholiques romains décédés sur le versant de Panama.
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Outre les corps ainsi sommairement enfouis dans la glaise du cimetière, il y a la classe riche, la classe aisée, qui fournit encore quelques centaines de cadavres aux bovedas ou caveaux. Sans compter les terrains affectés aux Chinois et autres Étrangers, et les Israëlites qui, là aussi, apportent leur contingent au cimetière juif. Le
Prix du Canal en vies humaines,
jusqu'au mois d'avril dernier,. a été quelque chose d'effroyable, Envoyer à l'isthme quelqu'un qui n'est pas encore acclimaté, c'est le consigner par avance à la mort.
Enfin, examinons un peu la question de l’isthme au point de vue des phénomènes séismiques. L'histoire des tremblements de terre remonte à plusieurs siècles. En 1858 l’isthme fut secoué de manière à endommager les murs les plus solides de la ville de Panama. Le grand tremblement de terre de Septembre 1882, mérite une mention spéciale, Le 7 Septembre 1882, disons-nous, à 3 heures et demie du matin, tout J’isthme éprouva une violente secousse. Dans Ja ville de Panama, la Cathédrale fut sérieusement endommagée, et une partie de sa façade projetée sur la plaza. Une partie de la Cabildo ou hôtel de ville tomba également sur la plaza ; ses colonnes de pierre et une portion du toit furent réduits en ruines. D'autres monuments ont été renversés. Tous les édifices dans la ville éprouvèrent des dégâts. A Toboga, une ile du golfe de Panama, à 14 kilomètres et demi de Panama, on signale l'éboulement d'une portion de la falaise. A Cruces, qui se trouve à moitié chemin entre Panama et Colon, près du chemin de fer, une église en pierre a été littéralement réduite en morceaux ; photographiée aussitôt après la catastrophe par M. Demers, qui est au service de la Compagnie du canal, elle offre une masse de ruines. Sur plusieurs kilomètres de longueur, le chemin de fer de Panama a été bouleversé,
la voie formant ici un creux, là un monticule, de sorte qu'entre Baïla-Mona et Colon, on a dû refaire la ligne avant de pouvoir s’en servir. À Barbacoas, le pont du chemin de fer, qui est en fonte et qui a 608 pieds de long, a dévié de son emplacement. La ville de Colon, et l'ile entière, ont eu beaucoup à souffrir. Une forte crevasse s'est produite d'un bout à l’autre de l'île, dans la direction de la rue principale de la ville. De grandes piles de bois de construction ont été renversées, plusieurs personnes ont été précipitées à terre, etc. On a trouvé plus tard qu'une crevasse s'était produite le long du Chagres sur une distance de plus de 3 kilomètres ; elle variait en largeur de quelques pouces à plusieurs pieds ; le fond du gouffre se perdait dans les ténèbres. Des secousses, d'un caractère toutefois moins violent, se firent sentir pendant plusieurs jours ; et on constata pendant plus d'une année de petits chocs à des intervalles plus ou moins rapprochés. Jen ai moi-même enregistré un grand nombre. Humboldt, au cours de ses voyages, fait allusion aux effets produits par les tremblements de terre en Colombie. Une personne qui fait autorité en la matière assure qu’un tremblement de terre, il y a environ un siècle, a tué 40,000 personnes entre Santa Fé et Panama. Après le tremblement de terre à Panama, en 1882, les hommes de science en Angleterre ont aussitôt discuté les effets probables d'un tel cataclysme sur le canal, s’il était construit ; ils ont été unanimes à conclure que les bords ou parois du canal projeté ne manqueraient pas d'être sérieusement endommagés.
Coût des travaux.
Cina années et demie se sont écoulées depuis l’arrivée à Colon du premier groupe de personnes envoyé par M. de Lesseps en vue de la canalisation de l’isthme. La commission composée d'ingénieurs, en 1880, assura que les frais de l’entreprise s’élèveraient à 840 millions de francs, et qu'il y