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Estimation Générale de la Dépense.
1°—Excavations (y compris les gares), (a) Excavations au-dessus de l'eau.
Francs, Terre, 27,350.000 m. c. à 2fr.soc....... 68.760.009 Rochers de moyenne dureté, 82:,000 m. c.
D LR RL UP Rae x LD EU 5.775.000 Rocs durs, 27,734,000 m.c.à12fr...,,.,. 132.808,000 Excavation de rochers, où la pompe est
nécessaire 6,409,000 m. c, à 18 fr.,.....,... 115,302,000
(ô) Draguage et excavations sous l'eau.
Boue et sol d'alluvion, 12,00:,000 m. c. à AE LL PEN TT OS TP ET ETC 30. <00,.C00
Sol dur qu'on peut draguer, 300,000 m, c.
DR LE Er NC ét AT r 3.600.000 Excavations de rochers sous l'eau, 377,000
C2 POP DEC ÉD TE DO CT 13.195.000 2°—Barrage de Gamboa, longueur 1,600
mètres, hauteur maximum 40 mètres...,... 100.000,900 3*—Conduits pour l'écoulement régulier
du Chagres, et pour les rivières Obispo et
Dust CREER NES ES NET 75.000,000
4° Ecluse du côté du Pacifique......,.., 12.000.000 5° Brise lames dans la baie de Limon.... 10.000.000
707.000 ,000 6° Pour parer à l'imprévu 10 p. #.,..... 76.000.000
Total. Fr.:. 844000, 000
La commission, avons-nous dit, prenait pour base de ses
calculs les chiffres du congrès de Paris, et fixait à 843 millions de francs le coût total de la construction.
Puis la commission se mit en route pour New-York, à bord du Colon, commandé par le capitaine Griffin, de la Compagnie des paquebots-poste du Pacifique. Chemin faisant, M. de Lesseps, tout en confessant qu'il n’était pas ingénieur, crut devoir réduire à 600 millions les 843 millions de francs ci-dessus. [1 fixa à 300 millions le montant de son premier emprunt, et assura que le canal pouvait être construit avec 609 millions de francs.
Le tracé du canal s'étend entre la ville de Colon et la ville de Panama sur la côte du Pacifique. Après avoir quitté Colon, le canal suit de près la ligne de chemin de fer de Panama, passe à travers les marais et les sables mouvants du district de Mindi jusqu'à Gatun sur le Chagres ; il se dirige ensuite vers Emperador, et atteint Culébra ie point culminant de la chaine et la ligne d'intersection entre le versant de l'Atlantique et celui du Pacifique ; puis il descend la vallée du Rio Grande jusqu'à la baie de Panama. A partir d'un endroit non loin de Paraiso sur le versant ou se trouve Panama, le canal s'il est achevé, passera à travers plus de 9 kilomètres et demi de pays marécageux.
Dans les marais qui se trouvent sur les deux versants de l'isthme existe une végétation des plus luxuriantes, qui provient d'une grande chaleur sans cesse alliée à une grande hu. -'dité. Il en résulte une pousse rapide des plantes et un déperissement correspondant. En dehors de ces deux appoints dans la production des fièvres endémiques, on y voit ua mélange continuel de l’eau salée avec l’eau fraîche; cette dernière venant de l'intérieur chargée des germes putrides de la végétation en état de décomposition. Bref, tous les meilleurs facteurs connus pour engendrer les fièvres malignes intenses s’y trouvent réunis.
Voici brièvement détaillés les plans que M. de Lesseps se propose de réaliser : un canal à air libre et à niveau, lequel, dit-il, s’'étendra d'un Océan à l'autre, à une profondeur uniforme de 27 pieds 6 pouces au-dessous du niveau des deux Océans. Sa longueur sera de 73 kilomètres et demi environ. La largeur au fond sera de 72 pieds, et il aura 90 pieds à la ligne d’eau, en raison de la grande différence de hauteur dans la marée de chaque Océan, le flux et le reflux à Colon n'étant que de 16 pouces, tandis que sur le versant où se trouve Panama, la mer s'élève et s'abaisse de 18 à 22 pieds; un grand bassin à niveau devra en conséquence être construit sur le versant Pacifique. Ce bassin sera pratiqué dans les marais de la vallée du Rio Grande, qui s'étendent à l’intérieur des terres vers Paraiso.
Qu'il me soit ici permis d'ajouter quelques mots à propos des marais. Dans cette somme de 600 millions, M. de Lesseps, si je ne me trompe, n'a fait aucune provision pour ce bassin à niveau. Celui dont le plan est aujourd’hui dressé par M. Jules Dingler, des Ponts et Chaussées de France, et le directeur-général des travaux de Panama, est d'un modèle superbe : il aura plus de 1,200 mètres carrés. Un ingénieur qui s'est occupé du bassin, pour avoir fait en partie, la levée des plans nécessaire à sa construction, m'a assuré que ce seul travail coûterait au moins 150 millions de francs en plus; une somiue déjà assez ronde! IT y a six mois à peine que la Compagnie du Canal dressait ses derniers plans de la localité. M. de Lesseps et sa Commission technique, dans leur examen superficiel, n'y avait vu qu’un marais. Oui, un marais. Aussi, jugez Ge l'étonnement de la Compagnie, qui, après avoir passé crois ans et demi sur
l'isthme, apprend tout à coup qr'au-dessous de la surface
paisiblement maligne de ce marécage pestifère, à une profondeur variant de 12 à 16 pieds, se trouve un vaste banc
de rochers volcaniques. Ce sont des ingénieurs américains qui en firent la découverte et le plan détaillé.
Vient ensuite le percement à Culébra, à lui seul une grosse entreprise. Les calculs pour obtenir l'angle des parois de ce profond percement furent de 1 degré par mètre, mais une telle chüte serait impossible dans un pays où les pluies sont diluviennes, et où le Chagres, à sa partie supérieure, peut s'élever de 60 pieds entre ses berges, après une journée de fortes averses. Pour avoir la stabilité nécessaire, les parois du percement devront accuser un angle de 1 sur 4. Que signifie cette expression, I sur 4? Figurez-vous unc colline qui est à 339 pieds 6 pouces au-dessus du niveau de la mer; ajoutez à cela 27 pieds 6 pouces pour atteindre le fond du canal, ce qui donne une profondeur totale de 367 pieds au percement, avec une largeur au fond de 72 pieds, ou de 90 pieds à la ligne d'eau. Supputez ensuite de bas en haut quelle doit être la quantité de terre à enlever entre deux lignes ayant un angle de 1 degré sur 4 mètres et vous aurez une idée de ce que doit être un percement dont la surface s'étend sur une
largeur d'environ 1,200 mètres.
Dans le devis de M. de Lesseps, on avait choisi le niveau du chemin de fer, c'est-à-dire celui à 239 pieds 6 pouces. On s'est aperçu qu'à cette hauteur la courbe serait trop forte; on a dù choisir le meilleur niveau plus élevé, qui est à 100 pieds plus haut, et c'est sur ce dernier qu'on travaille en ce moment. Cette modification, dit-on, ajoutera au moins 20 millions de mètres cubes de terre à enlever, en sus du travail prévu par les devis ; elle entraînera a une dépense qu'on peut évaluer à 200 millions, peut-être même 2:50 millions de francs. Un officier de la marine des États-Unis a estimé que ce vaste percement seul exigera 10 années avant d'être achevé.
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Nous passons ensuite à un autre problème non moins vaste que celui-ci : le barrage du Chagres à Gamboa. C'est, en effet, une entreprise colossale que celle d’endiguer les eaux d’une rivière sous les tropiques, d’assécher de grandes régions de vallées dans un pays de montagnes. On avait évalué ce travail à 100 millions de francs dans les premiers devis. Jusqu'au 25 Avril dernier, époque à laquelle je quittai Panama, aucun plan n'avait été publié relativement à la solution de ce difficile problème. Chaque relevé nouveau faisait surgir des difficultés inconnues. Les dimensions du barrage projeté, telles que les donne le rapport fourni par le
capitaine Bedford Pim, de la marine britannique, sont comme suit :
Longueur à la base . . . . . 1,010 pieds.
» au sommet su es 61 à RTION. à
Épaisseur . , . 230 »
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Lorsqu'on sait qu'il n'y a aucune base solide de rochers sur laquelle asseoir les assises d'un barrage aussi gigantesque, on reste confondu devant l'audace d'un semblable projet. À supposer même que le barrage puisse jamais se construire, il faudra encore creuser un nouveau lit à la rivière, jusqu'à un point un peu au nord de Colon où les eaux pourront déboucher dans la mer, c'est-à-dire sur un espace d'environ 16 kilomètres. Un éminent ingénieur du canal m'avoua à ce propos : « Le barrage du Chagres me semble une tâche impossible ; en ma qualité de Français, je ne devrais point faire cet aveu; c’est pourtant la vérité. »
Tous les cinq ou six ans, de formidables inondations remplissent la vallée du Chagres et de l’'Obispo supérieur, À 19 kilomètres se trouve Emperador, de l'autre côté de la ligne d'intersection, dans la direction de Colon. Le chemin de fer suit la vallée du Chagres et de l’Obispo, et le canal suit
parallèlement le parcours du chemin de fer. O:1 rencontre des collines d’une hauteur considérable sur le versant où se trouve Colon, et les eaux s'amoncèlent de la belle manière dans les combes qui existent entre ces collines. Pendant la dernière forte inondation, en automne 1879, on rencontrait en plus d’un endroit de 12 à 18 pieds d'eau sur la voie ferrée. Au plus fort de cette crue, M. Pedro Sosa, un ingénieur de la Colombie, prit un bwrgo ou canot au Mont Tiger, qui se trouve à quelques 14 kilomètres de Colon, et se mit en route directement pour Emperador, où il arriva après avo r parcouru plus de 41 kilomètres de navigation sur l'emplacement même du canal projeté. L'inondation dura quatre jours, balayant tout sur son passage, les maisons, le matériel du chemin de fer, etc. Ceci donnera une idée de la violence tropicale des inondations en cette localité. Ce qui deviendrait un canal à niveau, ou même tout autre genre de canal, dans de pareilles conditions, je vous le laisse à deviner. Il n’y a pas lieu d’insister.
Ici encore un ingénieur américain se produit. Depuis près de trois ans la Compagnie du canal avait ses légions d'ingénieurs qui travaillaient sur les lieux et qui ne savaient rien encore des inondations. M. Robert K. Wright jeune, de la marine des États-Unis, fit un rapport sur ces innondations et fournit à la Compagnie d'utiles et de précieux renseignements à ce sujet. Ce seul fait prouve d’une manière irrécusable à quel point la Compagnie française était insuffisamment renseignée lorsqu'elle se hâta d'aborder Ja construction d’un canal sous ces latitudes.
Ayant ainsi jeté un coup d'œil peut-être trop rapide sur le bassin à haute marée, le gigantesque percement du Culébra, le barrage de cette indisciplinable rivière, le «Chagres, dont on peut dire que si la Compagnie n'a pas «raison d'elle, elle aura sûrement raison de la Compagnie —