RÉSUMÉ
Cette étude signale, en peu de mots, les principales difficultés auxquelles on doit s'attendre dans la construction d'un canal sur l'isthme de Panama. Ces difficultés sont: Les marécages et les sables mouvants à Mindi, section de l’Atlantique; le barrage à Gamboa, qui doit amener la rivière Chagres dans son nouveau lit ; les vastes travaux de percement à Culebra; le bassin à marée montante du Rio Grande, section du Pacifique. Le climat de l'isthme et quelques considérations générales.’
Ce qui précède est le titre et un sommaire de l'étude qui a été lue devant l'Association américaine pour l'avancement des sciences, section D, mécanique et génie. Voir le compte rendu de l'Association Américaine pour l'Avancement des Sciences, page 188, 35"° séance, tenue à Buffalo, États-Unis, en Août 1886.*
* Reproduit de 7%e Gazette, de Montréal (Canada), Juin 1887.
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Le canal de Panama, ainsi que l’a expliqué M. de Lesseps, a pour objet de rei::r l'océan Atlantique au Pacifique. Sa longueur sera de 75 kilomètres 623 mètres. Le tracé, après avoir quitté Cole, sur l'Atlantique, suit parallèlement la ligne du chemin de fer. Le canal et le chemin de fer, après avoir coupé les marais et les sables mouvants de la section Mindi, et le village indien de Gatun, à environ 12 kilomètres 800 mètres de Colon, traverseront la rivière Chagres. Avant d'atteindre Emperador, le canal coupe le chemin de fer plusieurs fois. À 3 kilomètres 218 mètres environ d'Emperador se trouve Culebra, ou le point culminant de la section. Le chemin de fer, à Culébra, est à 239 pieds 6 pouces audessus du niveau de l'océan Pacifique. A partir de Culebra, il atteindra, par une série de détours, la vallée du Rio Grande et l'océan Pacifique, et se terminera à Rio Grande, petit hameau indien à l'embouchure du fleuve de ce nom, sur la baie de Panama, à environ 2 kilomètres et demi de la ville moderne de Panama, bâtie en 1688.
Dans la vallée du Rio Grande le canal devra être percé au milieu des marécages et des petits cours d’eau, et avoir le fleuve du Rio Grande pour voisin immédiat. Sur un espace de plusieurs kilomètres à l’intérieur du pays se trouvent de nombreux petits bras de mer, qui se relie avec le fleuve. Ces bras à marée basse sont presque vides ; ils renferment de 10 à 12 pieds d’eau quand la mer est parvenue à sa plus grande hauteur. À Pedro Miguel, qui, sur le tracé du chemin de fer se trouve à environ 6 kilomètres et demi de Panama, l'un de ces bras, atteint le remblai de la voie ferré, ce dernier n'étant qu'à quelques pieds au-dessus du niveau du sol marécageux.
Des deux côtés de l’isthme, le canal devra s'étendre sur un parcours de plusieurs kilomètres au milieu de terrains
marécageux. Du côté où se trouve Colon, il rencontrera des
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marais, des sables mouvants, et des bancs très durs de formation coralioïdes. Du côté où est Panama, outre les
marécages, on trouve une chaîne de rochers d'origine volcanique.
Examinons maintenant quelqu'unes des difficultés que M. de Lesseps aura à surmonter si le canal de Panama doit être un jour un fait accompli.
Prenons Colon pour point de départ. Cette île est à 1,980 milles de la ville de New York, sur la baie de Limon. L'ile a environ 1 kilomètre et demi de longueur, et une largeur moyenne d’un demi kilomètre. Elle est de formation coralioïde. Sa surface est entrecoupée de lagunes et de marais où croissent les palétuviers. La ville de Colon, autrefois nommé Aspinwall, est le débarcadère pour le chemin de fer de Panama. L'ile est reliée à la terre ferme par le remblai de la voie ferrée.
L'entrée du canal, du côté de l'océan Atlantique, se trouve un peu au-delà de ce remblai. Un premier percement de 3 à 4 kilomètres de long a été fait, sur une profondeur d'environ 13 pieds, au milieu des marécages du voisinage. Mais les matières enlevées sont retombées dans le canal et ont dù, à plusieurs reprises, être excavées de nouveau. Les marais et bancs de sable mouvant s'étendent sur plusieurs kilomètres à l'intérieur du pays.
Lors de la construction du chemin de fer de Panama, l'ingénieur chef, feu le colonel Geo. M. Totten, a rencontré de sérieux obstacles au milieu de ces marais et de ces sables mouvants. On assure qu’en prenant les levés, son équipe n'a pu trouver fond à 180 pieds; mais comme il construisait un chemin de fer, on a su obvier à cette difficulté en jetant, ainsi qu'on l'avait fait à Chat-Moss, d'immenses quantités de bois et de terre, et en construisant la voie sur les matières enfouies. C’est aussi, parait-il, toute une entreprise que de
construire un canal dans les mêmes conditions. Quelques ingénieurs ont prétendu que les eaux du Chagres pourraient être utilisées pour chasser vers la mer ces vastes bancs de sables mouvants. Le système est excellent, s'il est possible. Mais aussi, s'il est possible, que deviendra donc le port de Colon, avec ses eaux profondes, à l'extrémité de la baie de Limon? Examinons maintenant ce gros problème de barrage de la rivière Chagres, près de Gamboa, problème qu'un célèbre ingénieur français, M. Levelley, a si justement qualifié le grand inconnu. Ce sera réellement nne colassale entreprise. Cette rivière reçoit les eaux d’une grande étendue de terres montagneuses à l’intérieur du pays vers le sud. Certes, l’endiguement de ses eaux ne sera pas une mince besogne. Les méfaits, pour ainsi dire périodiques de cette grande rivière tropicale, seront examinés tout à l'heure. Lorsque je quittai Panama en Avril de l'année 1886, le problème n'avait pas été résolu, ou, du moins, sa solution n'avait point été publiée. Du 28 Février 1881, au 12 :\vril 1886, d'innombrables plans avaient été levés par les meilleurs hommes de la Compagnie.
Mais tous ces levés de plans ne paraissent devoir fournir aucune consolation à la Compagnie, et le torrent, des tropiques continue à défier toutes les tentatives pour le maîtriser. Un ingénieur, après plusieurs mois passés à dresser des plans, me dit un jour : « Ce barrage du Chagres me fait l'effet d’une tâche impossible. En tant que Français, je ne devrais pas dire cela ; cependant, c'est la vérité.» Si on parvient a faire le barrage, la présence d’un immense volume d'eau à proximité du canal sera une source constante de dangers. Dans ses devis, M. de Lesseps estime à 100 millions de francs le coût probable du barrage à Gamboa.
Le barrage aura 47 pieds de haut, 330 pieds d'épaisseur, et plus de 800 mètres de longueur. Personne, si ce n’est celui qui a vécu sous les tropiques, ne saurait se faire une idée des