‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 14 sur 40 · UE ME · texte numérisé non relu

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fut coulé, un second capturé et les autres ne durent leur salut qu’à la fuite.

Ne pouvant rien obtenir par la diplomatie et par la violence les Portugais eurent recours à un moyen qui déjà, de ce temps-là, chotait rarement se des Chinois. C’est de la corruption que nous voulons parler : plaie redoutable qui gan-

grenait déjà l’Empire et qui devait le conduire à sa perte. Les

Portugais achetèrent donc les Mandarins cantonnais, et avec leur complicité ils se mirent à pratiquer la contrebande sur une vaste échelle : l’île de Sancian en devint le principal entrepôt.

Par la suite,et toujours avec l'appui des autorités locales intéressées aux bénéfices que réalisaient les Portugais, ceux-ci fondèrent deux factoreries à Liampo dans le Tché-Kiang et à Tcheng-Tchéou dans le Fou-Kien. Ces établissements paraissent dater de 1528, et,au début du moins, semblent ignorés du pouvoir central. Pourtant,un document de l’époque (1),rédigé par un censeur, met en garde l'Empereur contre l’envahissement progressif des Portugais, mais la Cour avait d’autres soucis. Ses forces s’usaient contre les Tartares qui ravageaient le Nord du pays et les Japonais qui, renouvelant les exploits des Normands, saccageaient les villes du littoral. Aussi les JAUNE jouissant d’une sécurité relative, s’enhardirent jusqu’à fortifier les points sur lesquels ils s’étaient établis en fraude. Quand ces travaux de défense furent terminés,les Portugais pensèrent pouvoir se passer du concours des autorités locales et leur supprimèrent toute participation dans leurs bénéfices. De plus, ils:se livrèrent vis-à-vis des indigènes à des exactions et à des abus sans scrupules qui devaient amener bientôt les Chinois à se révolter contre les « Barbares étran-

gers ». Cela eut lieu en 15/5 et en 1549 : les établissements

Portugais de Tché-Kiang et du Fou-Kien furent enlevés de force et incendiés ; leurs occupants massacrés et les marchandises entreposées détruites, ou pilléés. Ce désastre n’arrêta pas la contrebande qui se poursuivit d’une façon très active, mais elle était cependant gênée par suite de la difficulté éprouvée par les Portugais pour entreposer leurs marchandises après la destruction de leurs factoreries. Aussi les Portugais cherchèrent-ils de nouveau à acquérir une base terrestre pour leurs

(1) L. Wixcer, S. J. — Textes historiques, p. 2034.

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transactions. Hs y réussirent en 1557, date à laquelle nous les trouvons établis à la pointe de la presqu’île de Macao, à l’entrée de l’estuaire de Canton. Il est permis de penser que cet établissement se fit avec la connivence des autorités locales soudoyées ; le fait est qu’en peu d’années Macao connut une très grande prospérité. Mais, tout le commerce se faisait en fraude ; l’entrée de Canton était interdite aux Portugais,et,détail curieux, pour mieux se préserver du contact des étrangers, les Chinois avaient-construit un mur élevé, barrant l’isthme de Macao,percé seulement d’une porte unique, fermée la nuit et gardée le jour par un mandarin.

N'ayant pu empêcher les Portugais de s’établir sur leur territoire, les Chinois s’inclinèrent devant le fait accompli ; mais ils résolurent d’en tirer profit. En 1582 un arrangement survintentre le Gouvernement chinois et les Portugais par lequel ceux-ci se voyaient reconnaître le droit de s’établir à Macao moyennant une rétribution annuelle de 500 taëls (1). En même. temps deux douanes, l’une chinoise, l’autre portugaise étaient installées à Macao. Bien entendu, les commerçants portugais bénéficièrent d’exemptions de droits propres à favoriser leur trafic au détriment des autres commerçants européens. Nous verrons par la suite que les Hollandais surtout supportèrent malaisément cet état de choses et entrèrent souvent en conflit avec les Portugais,qui mettaient tout en œuvre pour conserver le quasi monopole de fait qui leur était dévolu pour le commerce de la Chine avec l'étranger.

Signalons que les Portugais prirent, dans la première moitié du xvn® siècle, une part active à la résistance opposée aux Mandchoux, par la dynastie régnante des Ming. En 1647 et en 1649 ils avaient fourni aux Chinois 300 soldats européens avec des officiers et de l’artillerie ; mais cette aide fut inutile. Nous savons, en effet, que les Mandchoux réussirent à se débarrasser des derniers représentants de l’ancienne dynastie et à conserver le trône jusqu’à la Révolution de r91r.Nous avons été amenés à ne pas passer sous silence cette intervention des Portugais dans les affaires intérieures du pays, parce qu’elle fut l’occasion d’une ambassade en Europe. En 1651, en effet, l’Impératrice douairière députa au pape /nnocent X le Jésuite Boym pour demander l’aide de l'Europe contre les Mandchoux.

(x) Le taël vaut actuellement environ 4 francs.

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Cette mission eut lieu à l’instigation des Portugais, mais elle demeura sans résultats.

Entre temps, les Portugais D obtenu l’autorisation de trafiquer à Canton ; maisils se la virent retirer en 1662.Quelques années plus tard, en 1670, une ambassade spéciale en- - voyée dans ce butà Pékin obtint, grâce aux habituels moyens de corruption, que le commerce avec Canton soit de nouveau autorisé.

En 1727 une nouvelle ambassade dirigée par Meneses fit confirmer à ses compatriotes les privilèges dont ils jouissaient à Macao. Mais tous les efforts des Portugais pour obtenir un traité de commerce en bonne et due forme demeurèrent stériles. [Il répugnait aux Chinois d'admettre les Européens, les Portugais, en particulier, traiter avec eux sur le pied d'égalité, et, d’autre part, il faut avouer que les exactions des Portugais vis-à-vis des populations avec lesquelles ils étaient en contact n'étaient pas pour prévenir en leur faveur les autorités du pays. Cet esprit de rapine et de cupidité, qui fut une des principales causes d’animosité des Chinois contreles Portugais, ne devait pas être sans leur causer des difficultés avec les autres étrangers, qui à leur tour, voulaient pénétrer en Chine pour s’y tailler leur part dans le commerce de ce pays. Nous verrons par la suite que les Hollandais et les Anglais, en particulier, qui eurent le plus à souffrir des manœuvres des Portugais de Macao, furent obligés d’en veniraux armes pour faire valoir leurs justes doléances.

. Quoi qu’il en soit, les autres nations européennes ne manquèrent pas de faire une concurrence redoutable au commerce portugais. L'importance de Macao avait beaucoup diminué au xIx® siècle, lorsque, en 1842, les Anglais firent proclamer port libre la baie de Hong-Kong. Pour empêcher que les transactions ne soient canalisées par les Anglais vers ce nouveau port ouvert au, commerce européen, les Portugais s’empressèrent de supprimer leurs douanes de Macao en 1846. Les douanes chinoises elles-mêmes furent supprimées en 18/49, malgré lopposition du gouvernement chinois. Ces mesures tardives ne devaient jamais rendre à Macao son ancienne prospérité, d’autant plus que les ports s'ouvraient plus nombreux au commerce sur tous les points de la côte. La suppression des douanes chinoises par l’autorité portugaise fut cause d’un con-

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flit qui ne fut définitivement résolu qu’en 1887. Signalons cependant qu’à partir de 1849 les Portugais cessèrent de verser au Trésor chinois la redevance annuelle qu'ils lui payaient depuis le xvr® siècle pour l'occupation de Macao. Les Chinois, d’autre part, se refusèrent à reconnaître les consuls portugais. Les choses demeurèrent en l’état jusqu’en 1887, époque à laquelle intervint un traité de commerce qui réglait ce différend.

Section I1. — Relations avec les Hollandais.

Les Hollandais, qui, depuis 1607, étaient établis à Java, s’installèrent au Japon en 1611 et à Batavia en 1619. Ils devaient être naturèllement amenés à chercher un point d'appui sur la côte chinoise entre Batavia et le Japon. Les difficultés rencontrées par les Portugais les dissuadèrent de tenter un établissement en Chine. Il faut ajouter, du reste, que par leurs manœuvres auprès des autorités chinoises, les Portugais firent tout ce qui était en leur pouvoir pour s’opposer à l'installation de ces nouveaux concurrents sur le territoire chinois. Aussi, autant pour se venger des Portugais que pour monopoliser en leur faveurles douanes de Macao qui lésaient leur commerce, les Hollandais attaquèrent en 1612 le port de Macao dans le but d’y substituer leur domination à celle portugaise. Cette tentative échoua. Les Hollandais s’établirent alors aux îles Pescadores et à Formose et ils furent ainsi maîtres de toutes les passes commandant les eaux chinoises. Tout le monde dut compter avec eux, et ils exercèrent pendant bien longtemps une véritable mainmise sur tout le commerce des nations européennes avec la Chine. Malgré ces avantages de fait, dont ils jouissaient par suite de leur établissement sur les principaux points dé la route maritime de Chine, les Hollandais cherchèrent à différentes reprises à obtenir.un traité de commerce leur assurant les mêmes privilèges qu'aux Portugais pour le trafic avec les indigènes. C’est ainsi qu’en 1653 un ambassadeur nommé S'chede vint négocier avec les mandarins de Canton, mais sans aboutir à des résultats appréciables. Deux an. nées plus tard, une nouvelle ambassade hollandaise, dirigée par Goyez et Keyser, fat envoyée à Pékin. Les ambassadeurs y furent reçus comme les envoyés d’un Etat tributaire, venus

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à la Cour, pour rendre hommage au « Fils du Ciel » et on leur accorda la permission d'apporter leur tribut une fois tous les huit ans. Notons en passant ce trait singulier-de la mentalité chinoise, dont elle ne s’est pas encore départie complètement à l'heure actuelle. Pour les Chinois, il n’y avait qu’une seule nation souveraine: la leur ; toutes les autres étaient considérées comme des vassales beuplées par des barbares inférieurs et incultes. Cette considération éclaire d’un jour plus

vif les relations que, jusqu’à une époque récente, les Chinois

eurent avec les Européens. Il ne pouvait être question pour le gouvernement céleste de traiter sur la base d’égalité avec les autres pays. Ceux-ci étaient de simples sujets auxquels on pouvait accorder des coucessions, des faveurs toujours révocables au gré du souverain du monde : l'Empereur de Chine.

Pour en revenir aux Hollandais, mentionnons un document intéressant de l’année 1717. C’estune lettre du général 7'chann- Nang à l'Empereur, dont nous avons déjà parlé précédemment (1). Voici le passage concernant les Hollandais : « Les « Hollandais sont les plus méchants et les plus intraitables de « tous les hommes. Semblables à des tigres et à des loups fé- « roces, ils jettent l’effroi partout. Dès qu'ils ont abordé à

« quelque terre, ils cherchent les movens des’en rendre maîtres. quelq ; »"

« Leurs vaisseaux sont à l’épreuve des tempêtes. Chacun porte « au moins cent canons. Personne ne peut leur résister. Il sera « trop tard pour remédier à ce mal si on ne s’y prend pas à « temps. Il me paraît nécessaire de leur faire livrer tous leurs « canons avant de leur permettre d'entrer dans un port, et de « garder ces instruments jusqu’à leur départ. Jusqu’à ce qu’ils « soient corrigés de leurs manières barbares et [na ce sera « le seul moyen de nous maintenir dans la paix (2).

Cette pièce curieuse, qui se passe de pitt uns nous. en dit long sur les « méthodes de commerce » employées par les Hollandais. La brutalité, les exactions à l’égard du peuple, la force contre les autorités, tels étaient les moyens employés par ceux-ci, dignes émules des Portugais, pour inspirer aux Chinois le désir de nouer des lation plus étroites avec les nations d'Occident. L’étude de cette période explique que les

(r) Voir page 37. :

(2) L. Wiecer, S. J. Textes historiques, page 2070.

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