‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 15 sur 40 · RATES · texte numérisé non relu

RATES

Chinois s’y soient montrés rebelles et que l’hostilité des masses contre les Européens ait persisté jusqu’à nos jours.

Le commerce des Hollandais connut au xviu* siècle une grande prospérité, mais 1l ne devait pas tarder à être concurrencé avec vigueur parle commerce anglais. Il ne fut l’occasion d’aucun faitimportant pouvant retenir notre attention jusqu’en 1863, date à laquelle la Hollande obtint enfin un traité de commerce avec la Chine. Nous en réservons l’étude pour un chapitre suivant,

Section III. — Relations avec les Anglais.

En 160/, Jacques [°r, roi d'Angleterre, accorda à sir Edward Michelborne « la permission de faire le commerce au Cathay, Chine, Japon, Corée et Cambodge ». Cet acte marque la première date du commerce de l'Angleterre avec la Chine. Dans le courant du xvrre siècle plusieurs Compagnies se formèrent pour exploiter le trafic de l’Extrême-Orient. Elles acquirent bientôt une grande prospérité, et malgré les difficultés soulevées par les autorités chinoises et les Portugais, le pavillon anglais ne devait pas tarder à flotter en maître incontesté dans les mers de Chine. Dès 1637, une flottille commandée par le capitaine Weddel explora la rivière de Canton, malgré lopposition des Portugais de Macao. Ceux-ci, ainsi que nous l'avons vu dans Îes pages précédentes, incitaient les autorités chinoises à empêcher les Européens de s’établir ou de pénétrer plus avant dans le territoire chinois. D'ailleurs, les actes de piraterie auxquels se livraient les vaisseaux européens dans les eaux chinoises et jusque dans le port de Canton édifiaient les Chinois sur la manière dont les Européens entendaient le | commerce.

Pourtant, petit à petit, les Compagnies anglaises réussirent à obtenir des mesures locales qui leur permettaient de trafiquer avec les indigènes. Cela n’alla pas sans peine et la liste est longue des incidents quisurvinrent entre les Anglais d’une part et les Chinois et les Portugais d’autre part, au sujet des prétentions des Compagnies anglaises à développer leur commerce en Chine. Notons, en 1644, l’arrivée à Macao du navire anglais inde, auquelles Portugais firent arbitrairementpayer des droits énormes dans le but de décourager les tentatives de concurrence des Compagnies anglaises. Accordons aussi

— kg —

une mention aux efforts infructueux faits par celles-ci, pendant tout le xvrr* siècle pour établir des factoreries aux Chousan, à Tai- Wan, à Canton, etc...

Le xvrri siècle est rempli aussi par la persistance de ces efforts qui demeurèrent sans résuliats et par une série d’incidents dont nous citerons les principaux, pour mieux montrer l’état d'esprit des Chinois de l’époque à l’égard des Européens, des Anglais en particulier.

En 1742, un vaisseau anglais commandé par le commodore Anson mouilla dans le port de Canton pour réparer des ‘avaries qui l’empêchaient de continuer sa route. Ce ne fut qu’après des pourparlers laborieux et l'emploi d'arguments monétaires que l’on permit au commodore Anson de demeurer dans le port, juste pendant le temps nécessaire pour réparer son navire. En 1762, l'ambassadeur #/int fut jeté en prison, où il -resta pendant trois années, pour avoir osé essayer d’aller à Pékin présenter à la Cour les doléances de ses nationaux. En 1773, un Anglais du nom de Scott fut pendu pour un prétexte futile ; — en 1774, la même peine était infligée à un marin anglais pour avoir causé involontairement la mort d’un Chinois.

La situation devenait intolérable. L’Angleterre,tout occupée par les questions coloniales et les rivalités européennes,ne pouvait se résoudre à déclarer la guerre à la Chine. Cependant pour amener uneamélioration dans le traitement réservé à ses nationaux, Georges IfJ se décida à envoyer en 1792 une ambassade à Pékin. Elle fut confiée à Lord Macartney, qui était chargé de demander l’autorisation de commercer aux îles Chousan, à Ning-Po et à Tien-tsin, la faculté d'établir un entrepôt à Pékin et enfin la réduction des droits de transit entre Macao et Canton, à défaut de leur suppression. Lord Macariney passa une année en Chine sans avoir pu obtenir la moindre satisfaction. Malgré tout, le commerce anglais qui portait surtout sur l’opium se développait dans de grandes proportions. Il devenait de plus en plus nécessaire aux exportateurs d’avoir des entrepôts sur le sol chinois. La diplomatie ayant été impuissante à les leur abtenir, on décida une expédition armée. Elle eut lieu en 1802 contre Macao, mais les Portugais la repoussèrent. Renouvelée en 1808 par l’Amiral Drury, elle connut le même échec.

Ro Res

Mais Albion est tenace : c’est là sa moindre qualité. Elle ne tarda pas à revenir à la charge,mais cette fois avec des moyens plus politiques. En 1816 donc, une nouvelle ambassade, dirigée par Lord Amherst,arriva à Pékin pour renouveler les desiderata formulés par Lord Macartney. Mais la Chine était alors en pleine crise de xénophobie et de persécutions sanglantes contre les chrétiens ; aussi l’ambassadeur anglais fut congédié dès son arrivée à la capitale.

Entre temps les Anglais avaient fini par établir un entrepôt d’opium à Macao ; mais des incidents surgissaient chaque jour entre les mandarins locaux ei les représentants des compagnies anglaises au sajet du trafic de la « drogue ». Ils devaient finir par amener la guerre entre les deux pays. Ce fut la guerre dite « d’opium », de laquelle nous dirons quelques mots.

Il faut savoir quel’opium fut importé de l’Inde par les Anglais sur le sol chinois dans le courant du xvn° siècle comme médicament. Mais les Chinois apprirent bientôt à le famer et son commerce acquit une extension considérable. En 1820, les Anglais en introduisaient en Chine plus de quarante mille caisses par an. Cecommerce faisait sortir du pays une grande quantité d'argent et c’est cela surtout que les autorités chinoises déploraient plutôt que l’immoralité de l’usage du stupéfiant. Aussi, dès le début du xixe siècle, les édits, les circulaires, les proclamations se firent sans cesse plus nombreuses et plus impérieuses pour faire renoncer les Chinois à leur triste habitude. Maisce viceétait favorisé par les marchands «hongs», fermiers du trafic avec les Européens, auxquels il rapportait beaucoup d'argent. Les mandarins cantonnais, malgré leur apparente hostilité, se faisaient payer leur complicité par les « hongs » et ne mettaient pas d'obstacles au commerce de lopium.

Les Anglais, de leur côté, ne faisaient rien pour y mettre un terme à cause des profits, qu'ils réalisaient. Tout le monde paraissait donc d’accord surl’opportunité du trafic de l’opium. Cependant, les excès des mandarins et la cupidité des marchands « hongs » devaient amener, à son sujet, un conflit armé entre les deux pays.

Nous avons vu qu’à la fin du xvinr* siècle les Anglais avaient réussi à établir un entrepôt à Macao ; mais pour s’exonérer

= Dire

des droits élevés que prélevaient les douanes portugaises et chinoises pour le transit entre Macao et Canton, les commerçants anglais établirent des entrepôts flottants d’opium sur des navires appelés Aeceiving Ships slationnés à demeure dans les baies de l’estuaire de Canton. Le marchand anglais établi

à Canton ou à Macao délivrait un bon au archaud «hong », qui faisait prendre livraison au Æeceiving-S'hip de la quantité d’opium qui y était portée.

Les marchands « hongs » formaient une corporation jouissant du monopole du commerce avec étrangers ; aussi les Anglais devaient-ils subir leurs conditions'avec d’autant plus de

raisons qu’ils se livraient à un commerce illicite. Les manda-

rins locaux ne manquaient jamais, d’autre part, de manifester aux commerçants britanniques la plus grande animosité, soit par des saisies arbitraires, soit par des mesures vexatoires concernant leur amour propre et leur dignité Des fonctionnaires anglais envoyés à Canton, dès 1834, pour essayer d'établir un pe vivendi plus supportable, et malgré la promesse de supprimer la contrebande de l’opium par Te nationaux, ne purent arriver à aucun arrangement. Dès lors les choses s’envenimèrent. Les mandarins chinois ayant confisqué, en 1839, pour 5o millions de francs d’opium, le vendirent à des contrebandiers au lieu de le détruire comme ils en avaient convenu avec le représentant dugouvernementanglais. La guerre était inévitable. Elle fut déclarée par l'Angleterre à la fin de l’année 1839 pour « obtenir réparation des i injures reçues et des garanties sérieuses pour l’avenir », ainsi que l’exposait Lord John Russell au Parlement de Londres.

Les hostilités commencées le 7 janvier 1841 furent une suite de succès pour les troupes britanniques : Hong-Kong, Tinghai, Ning-Po, Tseu-Hi,Amoy, etc..., furent successivement enlevées aux Chinois.Le 9 août la flotte britannique était concentrée devant Nankin etse préparait à attaquer la ville. C’est alorsque parurent deux négociateurs /-Li-Pou et Ki-Ying se disant envoyés par le Gouvernement chinois pour traiter des conditions de paix. Après quelques jours de négociations un traité fut signé à Nankin le 29 août 1842. Les Anglais obtenaient entière satisfaction sur tous les points. L'Ile de Hong-Kong leur était cédée en toute propriété ; une indemnité de 21 millions de dollars leur était promise pour frais de guerre et

er gars

pour prix de l’opium indûment saisi en 1839. La corporation des « marchands hongs » cessait d'exister et enfincinq ports : Canton, Amoy, Niug-Po, Fou tchéou et Chang-Haï étaient ouverts au commerce européen.

Comme on le voit, le traité de Nankin marque une étape capitale dans la voie de pénétration européenne en Chine.

Les Anglais se hâtèrent de déclarer « port libre » leur nouvelle colonie de Hong-Kong. Le commerce de Macao et de Canton en fut durement atteints.Nous savons que cette mesure amena les Portugais à supprimer les douanes de Macao. De plus les Anglais se préoccupèrent d'organiser activement leurs établissements consulaires dans les cinq ports ouverts, à Chang-Haï, en particulier. |

Nousverrons par ia suite que le traité de Nankin fut en butte à l'opposition du gouvernement chinois et qu’une nouvelle expédition, de concert avec la France, devait être nécessaire en 1858 pour en obtenir le respect et l'observation loyale.

Section IV. — Relations avécles Français.

La France ne s’occupa que très tard de nouer des relations commerciales avecla Chine. Il existait bien une Compagniedes Indes depuis le xvi° siècle, mais son activité était limitée au commerce avec l’Inde et les Moluques. Le 25 septembre 1660 fut crééepar lettres patentes dé Louis X1V une Compagnie de Chine qui fusionna bientôt, en 1664, avec la Compagnie des Indes. Celle-ci, du reste, ne fit pas des efforts sérieux pour développer soncommerceen Chine et elle céda son privilège à une Société Jourdan, de la Coulange et G,qui établit les premières factoreries françaises à Canton en 1698. Enfin, une troisième Compagnie fut créée en 1714 ; maïs le commerce français en Chine n’acquit quelque extension qu’à partir de 1719, époque à laquelle les trois Compagnies de commerce asiatique furent réunies en une seule.

Signalons qu’en 1699 Louis XIV envoya une mission à Canton pour conclure un accord commercial. Elle obtint la liberté pour les commerçants français de trafiquer et de s’établir dans cette ville, mais elle ne put obtenir l’autorisation d'y établir un consulat. Ceci n’eut lieu qu’en 1776, et encore ce consulat devait-il disparaître pendant la période révolution-

ANR

naire. Il ne fut définitivement rétabli que par le Gouvernement de Charles X, en 1829. En somme, pendant une période d’une trentaine d’années, le gouvernement français se désintéressa presque complètement des intérêts de ses nationaux dans l’Empire chinois ; — leur protection fut assurée par les Missions catholiques, par-celle de Pékin surtout, qui malgré l’'apathie au Gouvernement français, intervinrent souvent d’une manière efficace pour sauvegarder les intérêts des commerçants de leur pays.

Après letraité anglais de Nankin de 1842, le premier ministre Guizot, inquiet de l’influenice que prenait l'Angleterre en Extrême-Orient, résolut d’envoyer en Chine une mission diplomatique pour obtenir des avantages similaires Elle fut confiée à M. de Lagrené, qui signa un traité, le 24 octobre 1844, à Whampoa, avec le plénipotentiair echinois Æ1- Ying, l’un des négociateurs du traité de Nankin. I étaitstipulé que les Français pourraient, dans les cinq ports ouverts, bâtir ou établir, pour leur usage : maisons, magasins, églises, hôpitaux, hospices, écoles, cimetières, sur les emplacements qui seraient choisis de concert entre l’autorité chinoise et le consul. Il était spécifié de plus que les Français pourraient circuler librement autour des ports ouverts et que les mandarins veilleraient à ce qu'ils re soient pas maltraités dans leurs personnes ou dans leurs biens par les indigènes. Enfin, il était convenu qu’à l’avenir les tribunaux français seraient seuls compétents pour juger les Français ayant commis des crimes ou des délits sur le territoire chinois.

Mais, ainsi que cela eut lieu pour le traité anglais, les Chinois ne purent se résoudre à appliquer loyalement le traité français. Quelques années plus tard l’emploi de la force devait être nécessaire pour les y contraindre. Ce fut l’objet de l’expédition de 1858, à laquelle participa aussi Angleterre et que nous étudierons dans un chapitre suivant.

Section V. — Relations avec les Russes.

Quoique les relations de la Russie avec la Chine soient plus anciennes que la plupart de celles que nous venons de passer en revue, nous les avons réservées pour un paragraphe postérieur, parce qu’elles ont un caractère différent. En premier, lieu, elles se différencient des autres, parce que la pénétration

Page 1