‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 16 sur 40 · BACS · texte numérisé non relu

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russe en Chine se fit par la voie terrestre, et en second lieu elles eurent autant pour but de développer le commerce moscovite en Chine que de réaliser, au détriment de ce pays, des agrandissements territoriaux au profit de l’Empire des Tsars.

L'expansion russe vers l'Orient commença sous le règne d’Ivan IV le Terrible, qui, par la conquête de Kazan en 1552 et d’Astrakhan en 1554, prépara la domination du tsar sur les contrées avoisinant la mer Caspienne. Les cosaques du Don, fuyant devant les Russes, passèrent en Sibérie et conquirent ce pays jusqu’à l’Obi sur les Tartares, tributaires de la Cour de Pékin. Mais, incapables de se maintenir dans les pays conquis, ils appelèrent les Russes à leur secours qui achevèrent à leur profit la conquête de la Sibérie. En 1587ils fondèrent Tobolsk et en 1632 ils créérent lakoustsk, mettant ainsi la dernière main à leur établissement définitif dans ces régions. On peut dire qu’en 1636, époque à laquelle les Russes firentleur première apparition sur les rives de l’Amour, ils étaient maîtres de toutela Sibérie jusqu’à lamer d’Okhotsk. Rêvant d'étendre leurs conquêtes vers le Sud, les Russes construisirent de 1648 à 1651 plusieurs forts sur les bords de l'Amour. Albasinefut fondée à la même époquesurlarive nord dufleuve. Les habitants d’Albasine se livraient à des incursions fréquentes sur les territoires situés de l’autre côté de l'Amour et troublaierit la paix de ces régions. Pour éviter que les relations entre la Russie et la Chine ne souffrissent de cet état de ; choses, le tsar Alexis Mikhaelowitz envoya une ambassade à Pékin en 1653 pour régler les incidents survenus depuis quelques années à la frontière des deux pays. Mais les Russes d’Albasine n’en continuèrent pas moins à traverser le fleuve et à se livrer à des actes de brigandage sur le territoire chinois. D’autre part la présence des Russes dans ces parages génait l’arrivage à la Cour des tributs des peuplades qui les habitaient; aussi l’irritation était-elle grande à Pékin. Pour l’apaiser le Tsar Alexis y envoya une seconde ambassade. Elle était dirigée par Micolas Spatar Milescu, qui put se convaincre de visu que les Chinois n'étaient pas décidés à laisser les Russes persister dans leurs agissements à ja frontière. Aussi Milescu s’efforçca-t-il à son retour à Albasine de mettre en garde ses compatriotes contre les dangers qu’ils faisaient courir à la paix entre les deux pays en se livrant à

des explorations et au pillage sur l'Amour et les territoires qui le bordaient. Ces conseils ne furent pas écoutés. La Chine se trouva donc amenée à déclarer la guerre à la Russie. Les hostilités commencées en 1684 furent terminées par le traité de Nertchinsk, signé le 27 août 1689 dans la ville de même nom,qui Availiété fondée par les Russes en 1658. Avant de parler du traité, signalons qu’au cours des hostilités la ville d'Al basine avait été enlevée et rasée parles Chinois, en 1685 ; les Russes qui y avaient été capturés, une centaine environ avec leur pope, furent transportés à Pékin, où, conservant leurs mœurs et leur religion, ils se développèrent et formèrent une communauté qui subsiste encore

Le traité de Nertchinsk est le prémier qui ait été signé par la Chine avec une puissance européenne. La date en est à retenir,parce qu’elle marque une des grandes étapes del’expansion russe en Extrême-Orient. Les Russes restituaient aux Chinois les territoires silués au nord de l'Amour et compris entre ce fleuve et la chaîne de montagnes qui va du lac Baïkal à la mer d’Okhotsk, mais ils obtenaient une délimitation officielle des frontières et enfin, avantage inestimable, la liberté de circuler et de faire le commerce en Chine pour tous leurs nationaux munis d’un passeport en règle.

En 1692 une ambassade dirigée par l'Allemand Æ£verard Isbrand arrivait à Pékin avec une brillante escorte et de riches présents pour demander l’autorisation de fonder un couvent russe à la Capitale. Cette autorisation fut refusée et l'A mbassadeur dut remporter la lettre du tsar qu'il était chargé de remettre à l’empereur, parce que le nom de Pterre le Grand y précédait celui de Aang-Hir.

Notons quedepuis cette époque, unecaravane de marchands russes arrivait presque chaque année pour faire le commerce à Pékin.

L’'insuccès de la mission d’/sbrand n’avait donc pas porté atteinte aux relations amicales entre les deux pays. Ce qui nous le prouve encore, c’est qu’en 1712 une ambassade chinoise envoyée par Âang-Hi aux Tartares Tourgoutes sur les bords de la Mer Caspienne traversa à deux reprises le territoire russe et reçut le meilleur accueil de la part du Gouverneur de Sibérie. |

Mais l'inconduite des marchands russes qui venaient à la

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Capitale ne tarda pas à indisposer le Gouvernement chinois, qui, vers 1716, leur interdit l’accès de la ville ; une nouvelle ambassade sous la direction de Léon Ismaïlov fut depêchée à Pékin (1720) pour faire revenir les autorités chinoises sur cette décision si préjudiciable aux intérêts russes. /smaïlov, habile diplomate et brillant officier, obtint de nouveau la libre cireulation des caravanes russes vers Pékin. Un Suédois de sa suite, Lange, qui avait fait déjà de nombreux voyages à la capitale, reçut la permission d’y demeurer comme consul de Russie après le départ de l'Ambassadeur. Mais, en 1722, il dut quitter la ville, sans doute à cause de nouveaux désordres créés par les marchands russes. Ceux-ci, en effet,excitaient au plus haut point par leur sans gêne et leur brutalité la colère des Chinois. Peu s’en fallut que la guerre n’éclatât de nouveau, et seule la mort de PEmpereur Xang-Hi put l’éviter.

En 1725,une ambassade dirigée par le comte Vladislavitch se mit en route pour Pékin avec la mission officielle d'annoncer à l'Empereur de Chine l’accession au Trône de Russie de Catherine T°, mais en réalité pour obtenir de nouveaux avantages territoriaux et commerciaux. Quoique le comte Vladislavich ne put aller jusqu’à Pékin, il conclut à Kiachta,le 21 octobre 1727, un traité qui accordait à la Russie une rectification de frontière avantageuse et établissait la liberté de circulation pour les caravanes. Signalons, à propos de ce traité, que, quoique à cette époque les persécutions contre les chrétiens fussent très violentes, les Russes obtinrent (art. 5.) l'autorisation de bâtir une église à Pékin. Ceci s'explique par ce fait que dans le texte chinois du traité les Russes se qualifiaient de boudhistes el appelaient leur église une pagode. Ce détail suggestif, peu important par lui-même, contribue cependant à nous révéler le fond de la manière de procéder des Russes dans leur marche envahissante sur le territoire chinois. Ils avaient saisi de bonne heure la psychologie de la mentalité chinoise et ils mettaient à profit les leçons de l'expérience. En 1656, l'ambassadeur envoyé à Pékin par Alexis Ie n'avait pu rien obtenir, parce qu’il avait refusé de se prosterner en signe de vassalité devant le trône de l'Empereur. Désormais, les Russes comprirent que le plus sûr moyen d’obtenir des résultats efficaces était de flatter la manie des Chinois, qui se considéraient comme les suzerains du monde entier. Aussi,

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dans toutes les lettres envoyées par le Tsar à l'Empereur de Chine, sauf pourtant dans celle dont était porteur /sbrand en 1692, le nom du monarque chinois précédait toujours celui du Tsar ; de plus les présents offerts au Fils du Ciel par leSouverain russe étaient présentés comme der espectueuxtributsofferts en signe d'hommage par une nation vassale ; enfin, les ambasdoute se soumettaient, par ordre, à toules les cérémonies humiliantes et à toutes les prostrations qu’on exigeait d'eux. Pour mieux faire ressortir le caractère de lattitude vraiment politique adoptée par la Russie, notons aussi la mission confiéeà Vladislavitch, qui devait annoncer à l'Empereur de Chine la mort de Pierre le Grand et l’avènement de sa veuve, absolument comme si la Russie, vassale de la Chine, était tenue de faire connaître à celle ci Lee changements de règne.

Le iraité de Kiachta a été la base des relations entre la Chine et la Russie pendant tout le xvine siècle et la première moitié du xixe. Il a permis aux Russes de s'établir d’une manière prépondérante dans la région de l'Amour et de développer d’une façon continue leur commerce dans les Fo ces du nord dela Chine et à la Capitale.

Après 1727, des malentendus, des incidents surgirent encore maintes fois entre les deux pays ; la guerre fut même sur le point d’éclater à plusieurs reprises; mais toujours, l’appréciation exacte de la psychologie chinoise sut inspireraux Russes les moyens de résoudre les différends à l’amiable.

Depuis cette date, les ambassades russes se succédèrent assez nombreuses à Pékin. Citons les principales : celles de Kropotiv (1768), de Golovkine (1805) et dé Timkovski(1820), qui contribuèrent à maintenir intacts les privilèges accordés aux Russes et à aplanir les difficultés surgies entre les deux pays. Mentionnons aussi l’arrivée à Canton, en 1805, de l'Amiral russe Arusenstern, qui essaya vainement de Gonelure un accord commercial avec les autorités locales.

Le 16 mai 1858 enfin, après un siècle et demi de constants efforts et d’habile diplomatie, la Russie se voyait céder en toute propriété la rive gauche de l'Amour. Ce fut l’objet du traité d’Aigoün, que les Russes surent obtenir en mettant à profit la période critique que traversait, à ce moment, le Gouvernement chinois.

Ce traité fut suivi un moïs après par un traité de commerce

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signé à Tien-Sin le 13 juin 1858. Nous en réservons l'étude pour le chapitre suivant.

Section VI. — Relations diverses.

La plupart des nations occidentales suivirent de bonne heure l'exemple de celles dont nous venons d’examiner Îles relations, mais leur influence fut d'une importance secondaire. Il faut en excepter cependant les Etats-Unis d'Amérique, qui, dès le xvrri siècle, suivirent d’une manière attentive les progrès réalisés par les autres puissances dans leur pénétration en Chine. Leur commerce dans ce pays se développa très rapidement et fit bientôt une concurrence redoutable à celui des nations européennes. Deux dates à retenir en ce qui concerne les relations américaines avec la Chine : 1784, époque de la création du premier consulat des Etats-Unis à Canton et le 3 juillet r844 qui marque le couronnement des efforts américains par l'obtention d’un traité de commerce rédigé sur le modèle du traité anglais de Nankin.

Depuis, les intérêts américains en Chine ont été sans cesse en se développant et le souci de leur protection devait amener le gouvernement des Etats-Unis à suivre aveé plus de vigilance encore les progrès accomplis par les autres pays. En 1858, après la première expédition franco-anglaise, le traité de Wanghia de 1844 fat remplacé par celui de Tien-Sin, qui admettait les Etats-Unis au bénéfice des avantages conquis par la France et l'Angleterre, les armes à la main. Nous en dirons quelques mots dans le chapitre suivant.

Peu de choses à dire sur les relations de la Chine avec les autres Puissances européennes. Mentionnons cependant que les Danois et les Espagnols commerçaient à Canton dès 1630. Au xvrn® siècle nous trouvons une Compagnie prussienne, la Compagnie d’Emden, dont les affaires connurent quelque prospérité.

Mais ce n’est que dans la seconde moitié du xrx° siècle que ces diverses nations conclurent des traités de commerce assurant à leurs nationaux les garanties indispensables pour leur permettre de développer leur trafic.

Le rôle joué par la suite par le Japon dans les affaires de Chine nous, oblige à dire quelques mots de ses relations avec

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ce pays antérieurement à 1858. Elles sont très complexes et leur historique détaillé dépasserait Le cadre de cet essai. Notons cependant que les premiers contacts de nation à nation eurent lieu dès le vrr° siècle de notre ère. En 63r, en effet, les historiens chinois signalent une ambassade japonaise venue à la Cour pour nouer des relations amicales. Ce qui est à retenir, c'est que les Mongols qui avaient asservi toute PAsie ne purent avoir raison du on qui se refusa toujours à reconnaître la prétendue suzeraineté de la Chine et à lui payer tribut. A parür du xrn° siècle, les Japonais profitant de laguerre civile qui régnait en Chine à l’état endémique firent de nombreuses incursions sur le territoire chinois, pillant les villes et massacrant ou enlevant leurs habitants. En 1592, première guerre avec la Chine au’sujet de la Corée. Les Japonais, battus par les Chinois, durent regagner leurs îles. IL devaiten être autrement quatre siècles plus tard.

En somme, Îes deux pays ne vécurent jamais en trop bonne intelligence; des divergentes d’intérêts les séparèrent de bonne heure, dont A n'allait cesser de s’accroître et de persister jusqu” à nos jours.

Nous en avons ainsi terminé avec celte revue des relations internationales de la Chine antérieurement à 1858. Quoique rapidement menée elle nous a permis de mettre en lumière les efforts déployés par Îles Européens pour pénétrer dans le pays et l’opposition apportée par les Chinois à la réalisation de leurs projets. De plus, nous en retiendrons le caractère singulier que le Gouvernement chinois se faisait des autres peuples, tous considérés comme tributaires de rang inférieur. C’est un facteur dominant de toute la politique chinoise qui devait faire ressentir au Gouvernement chinois comme une vivé humihation les concessions que sa faiblesse le mettait en demeure d’accorder aux Européens, à l’encontre desquels la haine et les griefs ne devaient cesser de s’accumuler et de s’accroître. On en trouve de nombreux exemples dans les explosions de la colère populaire contre les chrétiens et les Euro- Done Les pages qui vont suivre montreront que cet état d’esprit n’a pas été atténué par le temps et que la rancune est encore vivace dans l’âme des Chinois contre les ,« barbares d'Occident », qui ont semé dans la Chine ancestrale les ferments de révolte contre les doctrines sacrées qui, depuis des siècles, présidaient à ses destinées.

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