LES EXPÉDITIONS DE CHINE DE 1858 ET
Il n'entre pas dans notre dessein de faire ici Phistorique détaillé des deux expéditions franco-anglaises de 1858 et de 1860. Nous renvoyons pour cela aux deux volumes que l’éminent sinologue M. //enrt Cordier a publiés sur la quesüon (1) et qui donnent sur ces épisodes les détails les plus minutieux. Nous dirons cependant quelques mots des causes qui les motivèrent, mais notre attention sera plus particulière ment retenue par les résultats qui en furent la conséquence.
Nous diviserons ce chapitre en deux titres correspondant à chacune des deux expéditions.
Trrre Ier, L’Expédition de Chine de 1358.
Nous avons vu, au cours du précédent chapitre, que les Anglais et les Français avaient obtenu les uns en 1842, les autres en 1844 des traités propres à favoriser leur expansion en Chine. Ils avaient obtenu, en particulier, l’ouverture de cinq ports importants au commerce européen, la faculté pour les Européens de s'établir dans ces ports et enfin l'assurance que les autorités chinoises ne feraient rien pour mettre obstacle au développement de leur commerce. Ces concessions constituaient une large brèche au traditionnalisme de la Chine dont l’esprit conservateur était opposé à tout progrès des Occidentaux. Mais ceux-ci n’étaient pas disposés à s’en contenter; les Chinois, d’autre part, les estimaient excessives ; aussi de nouveaux conflits étaient à prévoir.
Les Européens, représentés en l'occurrence par les Anglais
(1) Henri Conprer, — L'éxnédilinn de Chine de 1857-1858, histoire diplomatique. L'expédition de Chine de 1860, histoire diplomatique.
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et les Français, rêvaient d'obtenir accès dans les ports du nord et à la capitale ; de plus, poussés à la fois par leurs intérêts et l’humiliation que leur infligeait le Gouvernement chinois en refusant d’entrer en relations diplomatiques avec eux, ils ambitionnaient de traiter désormais directement avec ce Gouvernement lui-même et non avec un vice-roi, provincial ou de quelconques plénipotentiaires, comme cela avait eu lieu jusque là. La solidarité d'intérêts de la France et de l’Angleterre, qui n’avait cessé de se développer et avait reçu une confirmation éclatante ‘en Europe aû moment de la guerre de Crimée,donnait à penser qu’une action commune de ces deux pays contre la Chine ne tarderait pas à se produire. Il s’agissait de trouver un prétexte pour intervenir. La Chine ne devait pas manquer de le fournir. Les Chinois, en effet, vivant repliés sur eux-mêmes n’avaient aucune connaissance du monde extérieur et des progrès réalisés par les Européens. Nous savons qu’ils les considéraient comme des peuples tributaires, des êtres de rang inférieur qu'ils méprisaient plus qu'ils ne redoutaient. a avantages qu’ils avaient été obligés de leur accorder étaient estimés par les Chinois comme extorqués par la violence par des vassaux rebelles et il’ paraissait juste de les en priver toutes les fois que les circonstances le permettaient. Or aucun abîme séparant les peuples n’est plus profond, plus difficile à franchir que celui résultant des préjugés de race. Les Célestes n’ont rien fait avant une époque récente — et encore la chose est très discutable — pour se débarrasser de ceux qu’ils nourrissaient à l’égard des Européens. Cest cette mentalité toute particulière qui permet de saisir la physionomie des événements qui se sont déroulés en Chine au sujet des Européens, à l’époque que nous étudions, et plus tard jusqu’à la période contemporaine.
La conception rudimentaire que les Chinois se faisaient des obligations découlant des traités est explicable par la haute idée qu’ils avaient d’eux-mêmes et le mépris dans lequel ils tenaient les Européens. A ces causes, que nous pourrions qualifier d’ethniques, il nous faut ajouter un facteur purement psychologique tenant à ce que la notion du « sacré » fait totalement défaut dans l’âme du Chinois. Il est avéré, toute son histoire est [à pour le prouver, que le Chinois, même dans les arrangements particuliers, n’a aucun respect pour la