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de l’outrage fait à nos nationaux, une expédition fut décidée. pour obtenir réparation de ces massacres. Elle fut confiée à l'Amiral Rose et échoua complètement. Les navires français durent rejoindre leurs bases sans avoir obtenu d’autre résultat que la destruction de Kang-Hoa.
L’échec de cette expédition devait se répercuter fâcheuse-
ment sur. l’attitude du Gouvernement chinois à l'égard de la
France, dont les ministres ne jouirent plus que d’une autorité limitée à la Cour de Pékin. Les incidents nombreux qui précédèrent le massacre de Tien-Tsin révèlent le peu d’empressement apporté par le Gouvernement chinois à éviter les àcoups dans les relations qu’il entretenait avec notre pays. Ceci était dû pour beaucoup à l’échec de l'expédition de 1866 et aussi, il faut l’avouer, à l’inertie de notre Gouvernement, qui,le 10 septembre 1869, adressait à notre ministre à Pékin cette dépêche qui était tout un programme : « Je ne vois pas la né- « cessité d'engager pour le moment l'affaire des lettres de cré- « ance (1). En ce qui concerne la Corée, renfermez-vous dans « une altitude d’abstention complète. Quant à la protection de « nos nationaux évitez avec soin tout ce qui pourrait créer des « complications. » C'était, en agissant ainsi, rendre leur tâche difficile à nos ministres, dont les doléances n’avaient de chances d’être admises que si le gouvernement chinois était convaincu que nous serions prêts à les appuyer par la force. Cette politique si peu conforme à la mentalité chinoise eut son épilogue dans le courant de l’année 1870, avec le massacre de Tien-Tsin.
C. Massacre de Tien-Tsin. — Le massacre de Tien-Tsin avait été précédé par de multiples affaires religieuses surgies dans toutes les provinces de la Chine et dont voici les principales : |
10 Affaires de Kouang-Toung. — En octobre 1868 un missionnaire, M. Verchère, était arrêté ; en août 1868 un autre missionnaire faillit être assassiné; le 24 décembre 1868, dans le district de Louéi-tchéou, l’abbé Delavay était blessé, sa
chapelle détruite et des chrétiens massacrés. Au mois de
juillet r869, enfin, une chrétienneétait torturée sous prétexte qu’elle exerçait la magie sur de jeunes enfants, leur arra-
(1) Le prince Kouw6, sous prétexte que l'Empereur était encore mineur, s'était toujours refusé à faire accorder une audience aux ministres étrangers pour la remise de leurs lettres de créance, Cette solennité n’eut lieu que Le 20 juin 1873.
chant les yeux,la moelle des os, « même l’âme » pour en faire des remèdes (1).
2° Affaire du Se-tchouen.— Les abbés Mabileau et Rigaud furent massacrés l’un, le 29, août 1865, l’autre, le > janvier 1869. Ce second’ meurtre fut accompagné de troubles sérieux dans le département de Yéou-yang-tchéou, au cours desquels de nombreux chrétiens furent massacrés et leurs maisons incendiées (2). |
3° Affaire de Kouëi-tchéou. — Le 14 juin 1869, destruction des établissements chrétiens de Tuen-y-fou et arrestation de l'abbé Gilles, qui succombaïit quelques jours après aux mauvais traitements (3). |
4° Affaire du Chan-si. — Le gérant de l’ambassade: de France, M. de Rochechouart, s’étant rendu dans le Chan-si pour y visiter une mission de franciscains, faillit être assassiné au cours de son voyage (1869) (4). CA
9° Affaire du Hounan. — Une proclamation était mise en circulation dans cette province au mois de septembre 1869 dans le but d’exciter la population contre les étrangers et les chrétiens (5). )
6o Affaire du Kiang-nang. — Pillage des demeures des missionnaires de Ngan-king et de Kien-tée (novembre 1869)(6).
Afin de régler ces diverses questions, le chargé d’affaires de France, M. de Rochechouart, décida de se rendre lui-même sur les lieux. Ik quitta donc Pékin dans le courant du mois de novembre 1869 et arriva à Chang-Haï le 1°* décembre. De là il remonta le cours du Fleuve Bleu accompagné de quatre vais- : seaux de guerre. Quelques jours après il était à Nanking où it obtenait satisfaction des autorités de la ville, ainsi qu’une proclamation du vice-roi des deux Kiang, destinée à être affichée dans les principales villes et exhortant les populations au respect des chrétiens sous menace de peines sévères (De
Geci fait, #4. de Rochechouart poursuivit sa route dans le but de remonter le Fleuve Bleu jusqu’à la province de Set-
(2) id.. p. 335,
(3) id . FN EN TR
(4) id. ; p. 340.
(5) id, p. 336.
(6) id. p. 341.
(7) Voir le texte intéressant de cette proclamation dans Henri Cororer, déjà cité,
t. 1, p. 342 et suivantes,
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chouen ; mais arrivé à Hankeou il reçut une lettre du vice-roi des deux Hou affirmant que les affaires du Setchouen avaient été régiées grâce à nos consuls. Dès lors, notre ministre ne poursuivit pas son voyage et remonta à Pékin par la voie du Honan et du Chan-Si. Mais,selon la coutume, les fonctionnairés chinois, ceux de Ngan-King en particulier, ne se hâtèrent pas, une fois que le ministre était parti, ainsi que les vaisseaux de guerre qui laccompagnaient, d'exécuter les promesses qu'ils lui avaient faites quant à l’indemnisation des victimes et la restauration desimmeubles détruits. La corvette française « Le Coetlogon » devait être envoyée quelques mois après (mars 1870) jusque devant Ngan-King, pour rappeler. leurs promesses aux mandarins qui s’exécutèrent enfin, sous la menace des canons.
Ces incidents que nous venons d’énumérer donnent une idée de l’état d’esprit général en Chine à l’époque. Les populations, “souvent encouragées par leurs mandarins,traduisaient par des actes les sentiments secrets dela Cour, à l’égard des Européens et des chrétiens considérés comme teurs satellites. Les missionnaires, en particulier, étaient en butte à toutessortes de vexations et d’outrages,parce qu’on les accusait de préparer l'occupation du pays par les étrangers. Pour mieux surexciter les passions populaires et ameuter l'opinion contre eux et les chrétiens, on faisait courir sur leur compte toutes sortes de légendes que la’simplicité populaire accueillait avec faveur. On les accusait principalement de voler les enfants pour les torturer et de se livrer à des pratiques de sorcellerie pour attirer les malheurs sur les Chinois. Le placard du Hounan que nous signalons plus haut est un recueil suggestif des crimes dont on chargeait les chrétiens. Citons-en le dernier article,qui résume les griefs que les populations nourrissaient contre eux et tous les étrangers en général. L'auteur anonyme s’exprime ainsi : « Les « barbares pervers, vagabonds, religieux, faisant du com- « merce sous la protection dés traités, s’échappent par fraude « aux autorités impériales. Îls ne peuvent pas être examinés « aux passes et aux barrières ni arrêtés par les mandarins, « quoique au fond de leurs misérables cœurs ils soient vrai- « ment avec les bandits sans loi. Ceux qui sont engagés pour « répandrela religion dans toutesles directions sont Er espions « de ces voleurs a Je
(1) Placard du Houxax de septembre 1866. (Henri Conpier,déjà cité, I, p. 340.)
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Il est certain qu’une telle propagande,sur laquelle les autorités fermaient les yeux et que le gouvernement ne désapprouvait que contraint et forcé,ne devait pas tarder à amener l’explosion de la colère populaire contre les étrangers. Un des principaux meneurs, 7chen-Kouojouet, qui haïssait les Européens à mort,avait préparé le massacre des chrétiens de Nanking pour le 11 juin 1870. Mais la fermeté du vice-roi Ma S'in- Yi, qui devait payer de sa vie son intervention contre les projets de 7'chen, fit avorter le complot. T'chen-Kouojouet partit alors pour Tien-Tsin, où le 21 juin 1870 éclata une émeute au cours de laquelle l’église et le consulat français furent incendiés et vingt et un Européens massacrés, parmi
lesquels le consul de France, M. Fontanier, le chancelier M. Simon et l’interprète M. Thomassin.
Les troubles localisés dans la concession française se seraient sans doute étendus aux autres concessions européennes de la ville si des secours n’avaient été envoyés en toute hâte pour tenir les Chinois en respect.
Les vrais instigateurs de ces massacres furent, ayec Tchen, les deux fonctionnaires locaux, le Tché-fou Tchang-Kouang Tsao et le Tché-Hien Liéou-Tié, Nous verrons par la suite que le gouvernement ne sévit que mollement contre eux, se contentant de punir quelques comparses secondaires pour donner satifaction aux Européens. Ë
Dès que la nouvelle des événements de Tien-Tsin parvint. à la capitale, les ministres étrangers adressèrent au prince Koung une note collective (24 juin 1870), dont l'allure quel-. que peu comminatoire provoqua un édit impérial (28 juin 1870) qui admettait la culpabilité du Tché-Fou et du Tché-Hien et chargeait d’une enquête le vice-roi du Tché-li, Tseng Kouo Fan. Celui-ci arriva à Tien-Tsin le 8 juillet 1870. Son premier acte fut de suspendre de leurs fonctions les deux mandarins coupables, puis il commença son enquête qui se termina par un rapport à la suite duquel les deux mandarins furent dégradés et exilés, vingt Chinois condamnés à mort et vingt-cinq autres exilés. Il était accordé 250.000 taëls d’indemnités au ministre de France pour les familles des victimes et la restauralion des établissements détruits. De plus, le Gouvernement chinois désignait Tchoung-Héou pour porter en France ses excuses officielles pour le massacre de Tien-Tsin. Ces diverses
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mesures sont contenues dans plusieurs décrets datés du 15 octo- . bre 1870.
En somme, on peut dire que dans cette affaire, la France n’obtenait elion qu’à demi. Notre ministre, M. de Rochechouart, appuyépar ses collègues du Corps diplomatique, avait réclamé la mise à mort ds trois meneurs, le Tché-Fou, le Tché-Hien et Tchen Kouojouei. Ce dernier fut mis hors de cause par le Prince Koung ; quant aux deux autres ils perdaient leurs charges. Le châtiment aurait dû être plus complet. Ce fut un échec que de ne pouvoir l'obtenir.
Nous avons vu, au cours de cette brève étude, que la situation de nos ministres en Chine avait été des plus délicates. Les affaires religieuses avaient absorbé le meilleur de leur activité pendant les dix premières années de leur séjour à la capitale ; néanmoins, nos postes consulaires s'étaient multipliés, nos établissements commerciaux développés, mais à ce point de vue l'Angleterre et les Etats-Unis surent accroître dans une toute autre mesure la large part d’influence qu'ils exerçaient déjà dans l’Empire Chinois.
Avant d'examiner la politique de ces deux nations, nous dirons quelques mots de l'Ambassade de Tchoung-Heou. I était chargé de présenter les excuses de son Gouvernement à la France et de négocier en outre au sujet des missionnaires un projet de règlement en 8 articles destiné à remplacer l’article 13 du traité de Tien-Tsin. Les négociations n’aboutirent pas sur ce point ; le Gouvernement français, appuyé par les Gouvernements étrangers, s'étant montré absolument réfractaire à
\ voir modifier dans un sens rétrograde, comme le proposait le Prince Koung, la situation faite aux missionnaires. Il fut question aussi entre T'choung et notre Gouvernement de l’audience impériale que les ministres à Pékin n'avaient encore pu obtenir. Le principe en fut admis et elle ne devait pas tarder à devenir un fait accompli. Nous nous contentons d'indiquer ces points : situation des missionnaires et audience impériale. Nous y reviendrons plus longuement au cours des pages sui-
vantes.
\ : | Section II. — Relations avec l’Angleterre.
Le commerce anglais en Chine acquit bientôt une grande extension. Les ministres anglais à la capitale s’employèrent avec efficacité à lui obtenir des facilités propres à lui permettre. d'atteindre un grand développement. Pour donner une idée de l’importance qu'il avait, signalons que le budget anglais de l’année 1865-1866 prévoyait l'établissement de 14 postes consulaires en Chine, sans compter Pékin. De plus, le gouvernement anglais avait créé à Chang-Haï,par un ordre en Conseil du 9 mars 1865, une Cour suprême pour la juridiction en Chine et au Japon. C’est dire à quel point s’était développée la pénétration anglaise dans l’Empire du Milieu. Celle-ci était favorisée par le voisinage de la Compagnie anglaise de l’'Hindoustan et par l'établissement des Anglais, à Rangoon et dans le Pégou, dans le courant de l’année 1852.
Notons aussi que, dès 1861, l'Angleterre avait essayé de mettre la main sur les Douanes chinoises, ce qui lui aurait valu une influence très grande sur toutes les côtes del’Empire. Ce dessein échoua, mais l’administration supérieure des Douanes fut confiée à un haut fonctionnaire anglais et à un personnel en grande partie britannique. ;
Pendant la période de 1861 et 1871 les principaux faits marquants à retenir dans les relations sino-britanniques sont le règlement des incidents causés par les attentats dirigés contre les missions protestantes anglaises et les négociations relatives à la révision du traité de Tien-Tsin qui ont abouti à la signature de la Convention A/cock du 23 octobre 1869.
A Les missions prolestantes. — Contrairement aux missions catholiques, les missions protestantes sont d’origine assez récente. Il semble que le premier de leurs établissements ait été fondé à Canton par la « London Missionary Society », dans le courant de l’année 1808. Cet exemple fut bientôt suivi par de nombreuses sociétés anglaises : la « British and Foreign Bible Society », la « Church of England Missionary Society » et la « China Inland Mission ». Celle-ci ne commença ses opérations en Chine qu’en 1862, mais elle supplanta toutes les autres et elle acquit bientôt un grand développement. A ces missions anglaises il convient d’ajouter les établissements