‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 26 sur 40 · RICE · texte numérisé non relu

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tre la jeune République américaine et le vieil Empire asiatique ne cessèrent de se resserrer au cours de la période que nous étudions. Celle-ci fut marquée, en ce qui concerne les relations diplomatiques entre les deux Etats, par deux faits importants, la mission Burlingame et l'expédition de Corée.

A. Mission Burlingame. — Quoique cette mission ait intéressé les relations de la Chine avec la plupart des nations européennes, nous croyons devoir en placer l’étude à cette section, parce qu'elle n’a guère donné de résultats efficaces qu'aux Etats-Unis.

L'origine de la mission est des plus curieuses. Burlingame, qui était ambassadeur des Etats-Unis à Pékin, se démit de sa charge le 21 novembre 1867, « dans l'intérêt de son pays et de la civilisation », pour représenter l'Empire chinois auprès des Puissances à traités. Cet événement unique dansles annales de la diplomatie est ainsi présenté par son héros dans une lettre qu'iladressait, le 14 décembre 1867, au secrétaire d'Etat des Affaires étrangères à Washington. « J’étais sur le point de « partir pour les ports à traité de Chine pour m’assurer des changements que nos concitoyens désiraient être faits dans les traités, dans le cas où une révision aurait été décidée; après quoi mon intention était de donner ma démission et « de rentrer. La connaissance de cette intention élant venue « aux Chinois, le prince Koung donna un dîner d’adieu au « cours duquel fut exprimé le grand regret de ma résolution « de quitter la Chine et me fut faite une urgente requête que je veuille comme Sir Frederick Bruce (ancien ministre « d'Angleterre) expliquer les difficultés de la Chine et informer les pays à traités de son sincère désir d’être amicale et progressive. Je promis gaiement de le faire. Pendant la « conversation Wen Srang,un homme dirigeant de l'Empire, « me dit : « Pourquoine voulez-vous pasnous représenter offciellement ? » Je repoussai cette insinuation en badinant et la conversation passa à d’autres sujets. Je fus informé ensuite que les Chinois étaient très sérieux, et une demande « me fut faite par M. Brown, secrétaire chinois de la Légation « britannique, pour que Je recule mon départ de quelques « jours, jusqu’à ce qu'une proposition me fût soumise. »

Cette façon de présenter les choses est quelque peu fantaisiste. Il paraît, au contraire, que le Gouvernement chinois

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avaitenvisagé depuis assez longtemps, peut-être depuis 1865, l’opportunité d'envoyer un représentant en Europe, non pas avec les pouvoirs, étendus dont Burlingame devait faire état par la suite, mais simplement comme Je précisa plus tard Wen-Siang, «pour empêcher l’Occident de nous forcer à faire « des télégraphes et des chemins de fer que nous ne voulons « qu'autant qu’ils sont dus à notre initiative ».Le même Wen Siang à dit aussi que « M. Burlingame s’est offert et on a « tant insisté que nous avons dû céder; tout a été décidé en huit « jours ». Par contre, le prince Houng s’exprimait ainsi dans une lettre qu’il adressait le 22 novembre 1867 au D' Wiilams, chargé d’affaires des Etats-Unis, après la démission de Buringame. « Voyant que S. E. Anson Burlingame, le dernier « ministre résidant ici de votre honorable contrée, a une telle « connaissance des relations intérieures et extérieures de ce « pays, et moi-même j'ai une confiance etune cGnnaissance si «entière de lui, qu'il m’a semblé faisable pour ce gouverne- « ment d'adopter maintenant les coutumes de ces pays qui ont « envoyé des ministres résidents à celui-ci, et il me sera exces- « sivement agréable de le déléguer comme l’envoyé de S. M. « Impériale à toutes les Puissances qui ont des traités pour « s'occuper et arranger n'importe quélies affaires qui pour- - « raient surgir entre elles. »

D’autre part, le décret de nomination était communiqué sous cette forme au ministre de France, le 21 novembre 1867 : « L'envoyé Burlingame, qui a montré son caractère conciliant « dansla conduite des affaires et qui connaît les grandes règles « d’après lesquelles se conduisent les rapports internationaux « de la Chine et des pays étrangers, est nommé notre envoyé « spécial auprès des Cours ayant des Conventions avec nous « pour y traiter des affaires ayant un caractère d'intérêt com- « mun entre les Puissances et la Chine. »

Le Prince Koung, en portant ce décret à la connaissance du Ministre de France,écrivait « qu'il serait désirable et satisfai- « sant que Burlingame représentât la Chine auprès des Puis- « sances qui ont traité avec nous d’après le principe de la « représentation réciproque ».

Cette idée de réciprocité se trouve encore exprimée dans les lettres de créance données à Burlingame. « Comme la Chine et « les Nations étrangères, dit ce document, sont les membres

« d’une même famille, nous désirons cordialement étabir sur « une large et ferme base les relations d’amitié et de bonne « eee qui existent entre nous et les nations en paix « avec la Chine ».

Il semblerait, d’après ces divers témoignages, que le Gouvernement chinois était enfin décidé à admettre les règles du droit international européen et à traiter avec les Puissances sur le pied d’égalité. Il n’en était rien cependant, et les espérances de ce genre qu'avait fait naître la mission Burlingame furent bientôt déçues par l’attitude sans cesse plus arrogante et rétrograde manifestée par le Gouvernement chinois.

La mission comprenant deux secrétaires européens et treize commissaires chinois s’embarqua à Chang-Haï le 25 février 1868. Elle débarqua aux États-Unis et ta reçue avec enthousiasme à San Francisco, au mois de mai. Au cours du banquet qui lui fut offert dans cette ville par le Gouverneur de Californie, Burlingame prononça un discours pompeux où il définit ce que devait être « la politique coopérative » qui devait régler les. relations de la Chine avec les Puissances. Sa définition est à retenir : « Cette politique coopérative est ceci : un engage- « ment de la part des Puissances à traités d’agir ensemble pour « toutes les questions matérielles, de maintenir ensemble la « défense des drojts conférés par les traités, mais déterminées «en même temps à donner à ces traités une interprétation « généreuse, déterminées à maintenir le système étranger des « douanes et à le soutenir comme une pure administration et « sur une base cosmopolite; un engagement de ne pas prendre « de territoires dans les ports à traités et de ne jamais mena- « cer l’intégrité territoriale de la Chine. Ces engagements sont « le fondement de la politique coopérative. »

L'ambassade chinoise fut reçue officiellement à Washington par le Président des États-Unis et par le Président du Congrès. Le Gouverneur de l État de New-York lui offrit uu banquet auquel assista tout le corps diplomatique,à l’exception du représentant dela Turquie, qui déclina l'invitation. Cet accueil enthousiaste, ces égards, ces honneurs qui lui étaient prodigués avec tant de libéralité constituaient de précieux encouragements pour Burlingame, qui, ainsi pris au sérieux, ne douta plus, s’il en avait Jamais douté, de la grandeur du rôle qui lui était dévolu. Son discours de San Francisco est très

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suggestif à cet égard: « Je sens, disait-il, un poids de respon- « sabilité, comme jamais auparavant il ne m’en a incombé. Je « me trouve pour la première fois entre deux civilisations face « à face par leurs représentants. Appartenant à l’une je suis « appelé à répondre pour l’autre. C’est une noble situation et « mon désir sincère est d’être capable de la traiter de telle « façon que les grands intérêts qui m’ont été confiés ne soient « pas laissés au hasard. »

Quoiqu'il en soit, Burlingame négocia avec les Etats-Unis huit articles additionnels au traité de Tien-Tsin de 1858 (28 juillet 1868). Par ce nouveau traité l'Empereur de Chine recevait « le droit de nommer des consuls dans les ports des « États-Unis qui Jouiront des mêmes privilèges et immunités «que ceux dont jouissent aux Etats-Unis les consuls de

« Grande Bretagne ou de Russie ou chacun d’eux par la loi « publique ou traité (article 3) ». L'art. 4 stipulait que « les « sujets chinois aux Etats-Unis jouiront d’une entière liberté « de conscience et seront exempts de toute incapacité ou per- « sécution en raison de leur foi ou culte » L’art. 5 prévoyait des mesures contre la traite des coolies et un diplomate a pu dire de ce texte avec quelque raison qu’il avait pour but « de « Jeter un blâme sur la politique suivie par les Gouvernements « français et anglais dans le question de l’'Emigration ». Les art. 6 et 7 avaient trait à la situation des Chinois aux États- Unis et les admettaient au traitement de la nation la plus favorisée. La réciprocité la plus absolue était naturellement stipulée en faveur des citoyens américains se rendant ou résidant en Chine. Aussi, quoiqu'il fut matériellement impossible aux États-Unis de tenir les engagements qu'ils contractaient, — témoin le traitement des Chinois à San-Francisco, — le Président Johnson s’empressa de ratifier le traitée 11 n’en fut pas de même du côté chinois et la ratification ne fut obtenue que le 23 novembre 1869, après de laborieuses négociations. Le Tsoung-li-Yamen donnait pour raison à son refus .que « nul pouvoir de négocier un traité n’avait été accordé à la « mission Burlingame ; qu’une telle chose contraire aux «principes de PÉtat chinois n’était Jamais entrée dans ses « pensées ». Ceci paraît assez juste; — mais une grandepression exercée sur le Tsoung-li-Yamen vint finalement à bout de son obstination à rejeter la Convention Burlingame.

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