‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 27 sur 40 · NO · texte numérisé non relu

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L'ambassade Burlingames’embarqua à New-York le 9 septembre 1868, Éllese renditsuccessivement dans les principales capitales, à Londres, Paris, Stockholm, Copenhague, la Haye, Berlin et Pétrograde, où Burlingame fut reçu en audience par les souveraius auxquels il remit directement ses lettres de créance. Cependant le ministre des Affaires étrangères de France lui écrivait avant l’audience que « c’est à raison de la « minorité du Souverain du Céleste Empire que le Cabinet « français n’a point insisté pour que les lettres du Souverain « de la France fussent remises aux propres mains de l’Empe- « reur de Chine et que S. M. Napoléon 111 recevra directement « vos lettres de créance, bien que la même étiquette n’ait pas « été suivie jusqu'ici pour les Envoyés français à Pékin. »

M. Henri Cordier écrit très justement « qu'il est certain « que Burlingame ne fut reçu en audience solennelle par les « Souverains d'Europe qu’en cachant les conditions dans les- « quelles il avait été nommé; on ne les connut que lorsque les « ministres accrédités à Pékin réclamèrent à leur tour l’hon- « neur d’être reçus par le Fils du Ciel ».

Le Prince Xoung écrivait, en effet, à notre ministre, à la date du 19 septembre 1866, une lettre qui précisait la manière de voir du gouvernement chinois au sujet de l’audience impériale et jetait un jour nouveau sur le caractère de la mission confiée à Burlingame. Ce document est ainsi conçu :

« Avant le départ du M. Burlingame nous demandâmes « respectueusement à l'Empereur des instructions que nous « reçûmes ainsi conçues : « Lors de l’arrivée de M. Burlin- « game dans un pays, leslettres de créance dont il est porteur « devront être confiées à l’intermédiaire des ministres com- « pétents sans qu’il soit besoin de se mettre en instance pour « les remettre en mains propres. Si un souverain considérant « M. Burlingame comme un Occidental désire le traiter con- « formément aux coutumes d'Occident, avec de plus grands « égards, M. Burlinqgame devra déclarer préalablement, afin « qu’il ne soit pas supposé dans la suite que la Chine ne sait « pas reconnaître de tels procédés, que le cérémonial chinois « n’est pas le même que celui d'Occident. »

Somme toute, c'était là un désaveu officiel de l'attitude et des démarches de Burlingame. Cette mission en Europe ne modifia donc en aucune façon la manière de voir du Gouver-

nement ehinois sur’ les égards dus aux représentants des Puissances étrangères, au contraire, la situation de ces derniers ne fut jamais plus pénible que pendant le séjour de Burlingame en Europe. Les réceptions honorables qui lui étaient ré servées par les Cours étrangères, les égards dont ïl était comblé accrurent l’orgueil et l’arrogance des dirigeants chinois qui interprétaient comme des témoignages de crainte ces marques de courtoisie. Telle était leur mentalité de l’époque et elle n’a guère changé depuis !

B. L’expédition de Corée. — Un navire américain, « Général Sherman », qui avait quitté Tien Tsin le 29 juillet 1866 pour se rendre en Corée par la voie de Tchéfou, disparut corps et biens après avoir abordé la côte coréenne. Le navire de guerre « Wachusset » envoyé à sa recherche le 21 janvier 1867 ne put obtenir aucun renseignement, mais, quatre mois plus tard, un autre vaisseau de guerre américain envoyé en Corée obtenait confirmation du massacre de l'équipage près de Ping-Yang. Cette affaire ainsi qu’un rapport du consul général américain à Chang-Haï du 14 octobre 1868 résolurent les Etats-Unis à essayer d’ouvrir la Corée au commerce améri-: cain. La France fut pressentie pour une action commune, mais elle s’y refusa, l’échec de l’expédition de 1865 et les déboires de la guerre avec la Prusse lui dictant une attitude prudente dans cette affaire. Les Etats-Unis agirent donc isolément, et le 30 mai 1871 une escadre américaine jetait l'ancre entre les îles Boisée et Guerrière. Aussitôt trois fonctionnaires coréens vinrent remettre au ministre américain qui accompagnait l’escadre une note ainsi conçue : « En l’an 1865, des gens appelés « Français débarquèrent ici et vous pouvez leur demander « comment ils furent reçus. Les habitants de ce pays et le € pays lui-même sont depuis 4000 ans satisfaits de la civilisa- «tion dont ils jouissent et n’en désirent pas d’autre. Nous « n’importunons aucune nation. Pourquoi voudraient-elles « nous importuner ? Notre pays est situé à l’Extrême Orient, «le vôtre aux confins de l'Occident. Pour quels motifs avez- «vous donctraversé tant de mers ? Est-ce pour vous enquérir « des faits concernant votre bâtiment détruit ? Son équipage « avait commis des actes de piraterie et des assassinats. Ils ont € été punis de mort. Voulez-vous notre sol? C’est impossible. « Voulez-vous commercer avec nous? C’est impossible. »

Le ministre américain répondit que la mission était pacifique et qu’elle n’avait d’autre but que d’entreprendre des travaux hydrographiques. Dans ce but, une partie de l’escadre remonta la rivière, mais elle fut accueillie à coups de canon et dut rebrousser chemin. Cette retraite fut considérée par les Coréens comme une marque de faiblesse, et, tout comme après l'expédition française de 1865, le prestige européen fut loin d’être accru dans les pays d'Extrême-Orient.

Section IV. — Relations avec la Russie.

Il y a peu de choses à dire de ces relations sinon que la Russie poursuivit avec persévérance son but de pénétration dans le vaste Empire Chinois. Dès 1852, son ministre à Pékin, de Balliousek, signait une convention relative au commerce par terre qui confirmait et étendait les privilèges déjà concédés aux marchands russes. Cette convention fut complétée par trois accords signés en 1869 qui délimitaient les frontières des deux Empires et réglaient le transit des marchandises par la Mongolie.

Tirre Il. — Relations diverses et traités avec les autres Puissances.

Après la signature des Conventions de Pékin de 1860 la plupart des autres Puissances ambitionnèrent de se tailler à leur tour leur part dans le commerce avec la Chine et s’occupèrent d'obtenir pour leurs marchandises et leurs nationaux la même protection que celle accordée aux ressortissants des Puissances à traités. Successivement l'Allemagne, le Portugal, le Danemark, la Belgique, l'Italie et l'Autriche obtinrent des traités qui admettaient leur accession aux mêmes droits et privilèges que les quatre Puissances qui en bénéficiaient déjà.

Signalons enfin que le Japon, trois années à peine après sa Révolution, se mit: à l’unisson des autres Puissances et signa, le 13 septembre 1871, un traité de commerce avec la Chine en vue de protéger ses intérêts dans le pays. +

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