‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 29 sur 40 · ML OS · texte numérisé non relu

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tiens oppriment les non-chrétiens. De là des rancunes, des rixes entre les chrétiens, et les non chrétiens, un ferment de discorde d’où sortent des litiges sans nombre. Quand un mandarin local veut examiner quelqu’une de ces affaires, voilà qu’un missionnaire se présente et prend ses chrétiens sous sa protection. De là vient que les mandarins eux aussi

sont hostiles aux chrétiens. Les missionnaires sont de na-

tionalité diverse. Leur doctrine n’est pas la même. Les uns prêchent le Seigneur du Ciel (catholiques), les autres préchent Jésus (protestants). Le peuple n’y comprenant rien, se défie, les évite, se met avec eux sur le pied de l'hostilité. Cette aversion peut avoir des suites fâcheuses, même pour ceux qui n’auront rien fait de répréhensible. Le malheur arrivé à Tien-Tsin est un signe et un avertissement. »

« Plus les litiges entre les chrétiens et non-chrétiens se multiplieront, plas l’antipathie ira croissant, plus le malheur sera proche. 11 faut pourvoir à temps à ce danger, contre lequel les mandarins locaux seraient impuissants. Pour le bien et de la Chine et des nations étrangères, pour la paix et la concorde, il conviendrait de réglementer l’action des missionnaires comme l’est celle des prêtres dansles Etats de l’Europe, où la loi ne leur permet par d’outrepasser leurs droits. Suivent les postula pratiques suivants (8 articles) : Ne plus recevoir d’orphelins, ou seulement des orphelins chrétiens, dont la liste sera remise au mandarin qui connaîtra ainsi des entrées, sorties et décès. Plus de femmes missionnaires. Les chrétiennes chinoises n’iront plus à léglise. Que les missionnaires ne créent plus d’aftaires et ne fassent plus d'opposition aux mandarins. Qu'ils observent les lois, n’offensent pas les personnes et ne médisent pas de l’enseignement du Sage de la Chine (Confucius). Pour les Chinois chrétiens, le droit commun. Ils ne seront dispensés que des contributions pour superstitions ou comédies. Pas d’ingérence du missionnaire dans les procès pour forcer la main au mandarin. Sans doute les non-chrétiens ne doivent pas vexer les chétiens, mais que les chrétiens se gardent de vexer les non-chrétiens, et que les missionnaires se gardent d'encourager ou d’aider de pareilles vexations. Les missionnaires ne doivent faire aucun usage illégal de leur passeport. Ils doivent acquitter les taxes, droits et péages. »

« Avant d’admettre un catéchumène, le missionnaire doit « examiner avec soin si cetindividu n’a rien à son passif, et « n’accepter que les sujets trouvés irréprochables après en- « quête. IL doit aussi avertir le mandarin de toutes les admis- « sions et lui fournir le rôle exact des chrétiens. Ainsi il n’en- « trera certainement que des braves gens. Que si quelqu'un « se pervertit dans la religion, le missionnaire devra l’expul- « ser aussitôt. Ainsi les chrétiens étant irréprochables vivront « en paix avec les non-chrétiens. Avant d’acheter ou de bâtir, « le missionnaire doit avertir le mandarin pour que celui-ci « fasse examiner si la chose n’aura pas d’effets fâcheux sur le « « fong choei » (1) de la localité. De plus il faudra que le « peuple du lieu affirme uno ore qu'il est consentant, que « personne n’a rien contre. Il y en a huit feuillets doubles de « ce discours du loup à l’agneau. A la fin, les rédacteurs ont « soin de nous informer qu'ils n’ont dit que le principal de « ce qu'ils auraient à dire, Que si, poussés à bout, tous les « Chinois venaient à haïr les Européens comme le peuple de « Tien-Tsin les haït, le Gouvernement n’arrivera plus à faire « observer les traités et à préserver ses hôtes d’un malheur. « Les bons apôtres continuent : siles missionnaires se sou- « mettent aux prescriptions de ce Memorandum, ils couleront « en paix des jours heureux, sinon, il ne nous reste qu’à leur « conseiller d'aller prêcher dans leur pays. Le Gouvernement « chinois aime autant ses sujets chrétiens que les non-chré- « tiens. Ce Memorandum n’est pas pour gêner les missionnai- « res, mais pour les aider, parce qu'ils ne s’en tirent pas à « leur honneur,étant dupés par leurs canailles de chrétiens, ce « qui les rend odieux à tous et finira par leur devenir fatal, »

Comme nous le disions plus haut, le Gouvernement chinois adressa son Memorandum à la ue parce qu’il la croyait moins capable que les autres Puistances de résister à ses exigences et aussi parce que notre pays était considéré comme jouissant d’un droit de protection sur les missionnaires appartenant à n'importe quelle nationalité. A vrai dire, ce droit n’était inscrit dans aucun texte positif. L'article 22 du

(1) Littéralement « Vent etpluie » c'est un mélange de superstitions grossières dont une étude incomplète des phénomènes de la nature est la source et des pratiques dénuées de sens commun sont les résultats. C'est le Fong-Choei qui guide le Chinois dans les actes de la vie : achat d’une maison, heure de départ du voyage, etc... (Henri Cordier, déjà cité, tome I, p. kr)

De NO)

traité de Wampoa du 24 oct. 1884 ne s'applique qu'aux missionnaires français. L'article 13 du traité de Tien-Tsin du 27 juin 1858 stipule bien « qu’une protection efficace sera donnée aux, missionnaires qui se rendront pacifiquement dans l’intérieur du Pays, munis de-passeports réguliers dont il est parlé dans l’article 8 ».Mais,d’une part,cet article dispose que les agents consulaires français ne pourront accorder des passeports qu’à leurs nationaux, et, d'autre part, les dispositions de l’article 13 se retrouvent presque textuellement dans les autres traités obtenus à la même époque par les Puissances (art. 8 du traité anglais ; art. 29 dutraité américain ; art. 8 du traité russe ; art. 10 du traité prussien ; art. 8 du traité danois ; art. 4 du traité hollandais, art. 6 du traité espagnol ; art. 15 du traité belge; art. 8 du traité italien).

Le seul texte de portée générale, pouvant, à la rigueur, jusufier le droit de protection de la France, est l’art. 6 de la Convention de Pékin de 1860,ainsi conçu : « Conformément à l’6- « dit impérial rendu le 20 mars 1846, par l'Auguste Empereur « Tao-Kiang, les établissements religieux et de bienfaisance « qui ontété confisqués aux chrétiens, pendant les persécutions « dont ils ont été les victimes, seront rendus à leurs proprié- « taires par l'entremise de S.E. le ministre de France en Chine, « auquel le Gouvernement [mpérial les fera délivrer avec les ci- « metières ‘et les autres édifices qui en dépendaient.» Ce texte pourrait être considéré comme le fondement juridique de notre droit de protection, puisque le Gouvernement chinois reconnaissait officiellement que le ministre de France à Pékin était l'intermédiaire entre lui et les missions sans spécification de nationalité. Quoi qu'il en soit, le Memorandum fut remis directement à notre ministre à Pékin, qui y répondit le 14 novembre 1871. La réponse examine successivement les projets des huit articles du Memorandum et les réfute victorieusement. Mais cette controverse est précédée d’un préambule qui paraitrait démontrer quenotre ministre à Pékin, M.de Rochechouart, avait percé à jour le secret état d’âme des hautes sphères gouvernementales. Il y est dit, en effet : « L’émotion que le « projet de Vos Excellences a fait naître en France se justifie « d’elle-même.Si la pensée qui l’a dicté prévalait, nos rapports « avec le Céleste Empire seraient profondément troublés,peut- « être rompus.Îl accuse d’ailleurs un état de choses qui appelle

Def Far Le

« notre plus sérieux examen, et nous met en demeure de nous « tracer une ligne de conduite nette et raisonnée. C’est pour- « quoi, il ne suffit pas d'apprécier le projet chinois, de l’admet- « tre ou de le repousser ;il faut se rendre compte de ses causes «etse demander quelle situatiou leur constatation nousrévèle.… « Les accusations du Gouvernement chinois contre les missions « catholiques sont fort anciennes ; elles ont été bien des fois « examinées et réfutées. Elles se résument à l’heure actuelle « dans les propositions soumises à la France par les 8 articles... »

Enfin, comme conclusion à sa réponse, M. de Rochechouart écrit : « Get examen des 8 articies conduit le Gouvernement « français à celte conclusion qu'aucun n’est acceptable, qu’au- « cun même ne lui paraît sérieusement proposé. La circulaire « est une escarmouche destinée à éclairer le terrain, à le sonder. « Le Gouvernement français croit que les chrétiens causent des

«soucis au gouvernement chinois : 1] croit encore plus fort qu’on « se sert d’eux comme d’un prétexte. Les adversaires systéma- «tiques des étrangers font grand bruit des dangers que fait cou- « rir la secte occidentale ; les habiles créent par là une agitation « dont ils profitent. Au fond, néanmoins, le danger existe, il « s’est accru,depuis quelques années, il pourrait devenir irrémé- « diable,à moins d'une entente entre les deux gouvernements.»

Cette réponse fut qualifiée par la China Mail « de meilleur document diplomatique traité de main de maître qui ait jamais été adressé à nos astucieux amis de Pékin ».

Le ministre américain et le ministre anglais avaient soutenu leur collègue français dans cette affaire, en adressant tous. deux su Prince Koung un commentaire de son projet reproduisant l'esprit de la réponse de #. de Rochechouart. Aussi le Gouvernement chinois retira son projet et le Prince Koung put même dire à notre ministre « Vous savez bien que «ce Memorandum n'avait rien de comminatoire;c’estune sim- « ple étude de la question à notre point de vue,et dont la dis- « cussion trouvera sa place À l’époque de la révision des traités.

Comme l'écrit M. Henri Cordier : « Le Memorandum fut « donc un coup d’épée dans l’eau,mais il est important en ce « qu'il nous montre l’état d’esprit des Chinois ; il était un « moyen de revenir sur les avantages obtenus précédemment « par les étrangers et pas autre chose. »

Section Il — T'’audience impériale.

Le Gouvernement chinois prétextant la minorité de lEmpereur s’était toujours refusé à accorder une audience impériale aux ministres étrangers pour la remise de leurs lettres de créances. En AN ce n’était qu'un prétexte pour se soustraire à une cérémonie que la Cour considérait comme humiliante. Pourtant,devant la volonté unanime — obtenue à grand’ peine — et ferme des membres du Corps diplomatique, le Prince Koung ne put différer plus longtemps cette solennité, lorsque l'Empereur atteignit sa majorité. Cet événement fut notifié aux ministres étrangers le 21 octobre 1872. Ceux-ci en profitèrent pour réclamer instamment une audience impériale, pour féliciter l Empereur et en même temps remettre leurs lettres de créance. Après de laborieuses négociations ils eurent gain de cause. L’audience eut lieu, sans incidents, le 29 juin 1873, mais, comme on l’apprit par la suite, la salle où la céré-

monie s’était passée était la même que celle qui servait à rece-

voir les princes tributaires. Ainsi les ministres étrangers, qui pensaient avoir fait accomplir un grand pas à l'accession de la Chine au droit international européen par la reconnaissance du principe d'égalité entre Etats souverains, s aperçurent qu ‘ils avaient été joués une fois de plus. Leur prestige re s’en trouva pas accru et les Chinois ne se firent pas faute de les ridiculiser dans des pamphlets et des caricatures. Voici, du reste, à titre documentaire, la version officielle chinoise de l'audience qui n'avait été accordée, disait un décret impérial du 15 juin 1873, que parce que les ministres étrangers l’avaient « implorée ». « Les Ambassadeurs de nations étrangères ayant sollicité une / « audience impériale voulaient entrer au palais portés en pa- « lanquin et demandaient que l'Empereur descendiît de'son «trône pour recevoir leurs lettres de créance en mains pro- « pres.Le commissaire Wenstang fut si indigné de leur audace «qu'il brisa sa tasse à thé contre terre et les rabroua sévère- « ment. On convint enfin que le 5 de la sixième lune ils ver- « raient l'Ewupereur dans la salle des tributaires.

La veille, au Tsoung-li-Yamen, on leur fit faire une répé- « tition des cérémonies. À cette occasion, les ministres mon- « trèrent un dédain hautain,rirent,badinèrent et ne se donné- «rent aucun mal. Le lendemain ils furent introduits par les

« hauts dignitaires du Tsoung-li-Yamen. Ils portaient leur « épée. Quand ils furent entrés on ferma la porte. Ils saluèrent « l'Empereur, non en se prosternant,\mais eninclinant seule- « ment latête. À côté du Trône était une table devant laquelle « chacun à son tour devait lire sa lettre de créance.Lé ministre « d'Angleterre commença. A peine eut-il lu quelques mots qu’il « fut pris d’un tremblement qui l’empêcha de continuer. Vai- « nementl’Empereur le questionna avec bonté ; pas de réponse. « — Lesautres vinrent à leur tour.Ils furent tous saisis d’une « telle terreur qu’ils laissèrent tomber leurs lettres et ne pu- « rent lire,niparler. Le Prince Koung ordonna alors aux gens « du palais deles prendre sous les bras pour les aider à descen- « dre les marches. Leur effroi était tel que, incapables de se te- « nir debout, ils s’assirent par terre, couverts de sueur, pour « reprendre haleine. Ils n’osèrent pas accepter le festin qu’on « leuravait préparé et s’enfuirent au plus vite dans leurs logis. « Le Prince Koung leur dit : « Ne vous avais-je pas avertis « que voir l’Empereur n’est pas une petite chose ? Vous ne « vouliez pas me croire, maintenant vous savez ce qu’ilen est. » « EL pourtant la réception s’était faite avec le plus petit appa- « reil. Les ministres ont avoué que c’est une vertu transcen- « dante émanée de l'Empereur quiles a terrifiés. Les voilà bien « ces hommes, vains fanfarons de loin, poltrons de près! »

Comme on le voit, la tactique du Gouvernement chinois n'avait guère changé. Elle peut se résumer dans ces traits : n’accorder des concessions aux étrangers qu’à la limite extrême, mais présenter ces mesures au peuple de telle sorte qu’elle lui parussent comme un succès de ses gouvernants. Politique de mauvaise foi insigne s’il en fut, peu propre à favoriser les progrès de la civilisation et à désarmer l’hostilité des masses contre les « Barbares » !..

Section III, — L'expédition japonaise à Formose.

Au mois de décembre 1871, trois mois après la conclusion du traité de commerce sino-japonais, une grande barque de pêche montée par des pêcheurs des îles Liéou-Kieou fit naufrage sur la côte Orientale de l’île de Formose. Les quarantequatre malelots de l'équipage furent massacrés par les tribus sauvages qui occupaient cette partie de l’île. Quoiqueles droits

de souveraineté du Japon sur les îles Lieou-Kieou fussent problématiques et contestés par la Chine, le Japon réclama des réparations à Pékin pour les massacres de ses prétendus protégés. La Chine répondit que le Japôn n’avait pas besoin de se meltre en peine pour ce massacre, car c'était à elle qu'incombait le devoir de protéger les habitants de ces îles. Le Gouvernement japonais remetlait alors une note comminatoire à Pékin (rg mai 1874), suivie de près-par le débarquement des troupes japonaises dans la baie de Liang-Kiao au sud-ouest de Formose. Le Gouvernement chinois, de son côté, expédia immédiatement des troupes dans le Nord et à l’ouest de Pile, cependant que les négociations continuaient à Pékin. Elle finirent par amener un arrangement grâce aux bons offices de M. Wade, ministre de Grande-Bretagne. La guerre fut ainsi évitée entre les deux pays, mais ce n'était là que parte remise. La Convention du 31 octobre 1874, qui mit fin à cet incident,donnait entière satisfaction au Japon qui obtenait des indemnités pour les familles des victimes du massacre dé 1871 et se voyait rembourser ses dépenses pour la construction de routes et de bâtiments pendant son occupation de la partie sud-ouest de Formose.

Section IV-— La traite des Jaunes.

L’émigration chinoise,qui depuis 1848 se produisait sur une. vaste échelle, reçut pour la première fois une consécration légale de la part des autorités chinoises du Kouang-Toung, en 1859, grâce aux démarches des Anglais et des Français qui occupaient alors la ville de Canton, capitale de cette province. En 1866, les ministres anglais et français signèrentaveclegouvernement de Pékin une convention en 22 articles pour réglementer l’émigration des coolies. Il est juste de reconnaître que les gouvernements de Londres et de Paris ne suivirent pas leurs ministres à Pékin et que cette Convention ne reçut pas leur ratification. Malgré cela exportation de coolies, vrai bétail humain,n’en continua pas moins dans des conditions telles que les excès auxquels donnait lieu, dans le passé, la traite des Noirs, setrouvèrent dépassés par ce nouveau trafic de la chair humaine. Les engagements des coolies étaient la plupart du temps loin d’être volontaires. Enlèvement brutal, promesses

fallacieuses. violence morale, tout était mis en jeu. À peine embarqués, exaspérés par les traitements barbares, les coolies se révoltaient parfois. [| se passa sur le Pacifique des tragédies qui rappellent celles des négriers de l'Atlantique. De 1845 à 1872 on ne compte pas moins de 34 navires sur lesquels éclatèrent des révoltes de coolies. En 1873, le Gouvernement chinois, tant pour attiser la haine du peuple contre les étrangers que pour remédier à la terrible situation de ses natiouaux, objet de la traite, envoya une Commission à Cuba, pour se rendre compte de la condition des coolies. A son retour en Chine, là Commission publia, le 20 octobre 1874, un rapport dont nous citerons les principaux passages. « Il ressort des dépositions et pétitions que les 8/10 du nombre total des travailleurs chinois ont déclaré qu’ils avaient été « enlevés de vive force ou amenés par la ruse, que pendant « la traversée la mortalité provenant soit de blessures causées « par des coups, soit de maladie ou de suicide, a atteint plus de « 10 0/0, qu’à l’arrivée à la Havane on les vendait comme escla- « ves, une petite proportion étant vendue aux familles on « dans les boutiques où ils sont maltraités, pendant que la « très grande majorité devenaient la propriété des planteurs « de canne à sucre et avaient à endurer les plus grandes « cruautés, que le travail est par trop pénible et la nourri- « ture trop insuffisante, que les heures de travail sonttrop pro- « longées et queles verges, le fouet, les chaînes, les stocks et « autres châtiments occasionnent toutes sortes de souffrances « et de blessures. — Pendant les années passées, quantité de « Chinois ont été tués sous les coups ou sont morts des blessu- « res qu'ils avaient reçues, ou’ bien se sont pendus, se sont « coupé la gorge, se sont empoisonnés avec de l’opium ou se « sont jetés dans les chaudrons remplis de sucre bouillant. « Nous avons pu voir nous-mêmes un assez grand nombre de « Chinois avec lesbras ou les jambes cassés, fe yeux aveuglés, « la tête couverte de plaies et d’autres à qui on avait CE « les dents, mutilé les oreilles, lacéré la peau et la chair, preu- « ves évidentes de la cruauté que tous pouvaient voir.

« À l'expiration des contrats, les maîtres, dansla plupart des « cas, refusent de donnerles certificats debat etinsistent « pour qu’on signe de nouveaux engagements de plusieurs « années, quelquefois de plus de dix ans, pendant lesquels

« les gens sont maltraités comme auparavant. S'ils ne veulent «pas accepter cesnouveaux contrats, on les envoie au dépôt « où ils sont employés à réparer les routes, enchaînés et sur- « veillés et sans aucun salaire, traitement qui ne diffère en « rien de celui des criminels dans les prisons. Ensuite on les « force à entrer de nouveau auservice d’un maître et à signer « un nouveau contrat, à l'expiration duquel ils sont encore « conduits au dépôt. C’est ainsi que l’on procède à leur égard « chaque fois qu’ils ont terminé leur contrat, de sorte que « non seulementils ne peuvent jamais retourner en Chine, mais « ils ne peuvent même pas gagner leur vie en liberté.

« En outre, depuis la 2° lune de la 11° année (mars, avril « 18671) de /Jien-Foung, on a cessé tout à fait de délivrer des « lettres de domicile et des cédules, de sorte que tous les Chi- « nois sont sujets à être arrêtés. Ceux qui étaient déjà posses- « seurs de ces documents ont constamment à les exhiber, tant « dans les rues ou routes que dans leur propre maison,aux « agents de police qui demandent à les examiner, et il arrive « fréquemment qu’on les en dépouille et qu’on les déchire et « qu'on les amène au dépôt où ils ont à endurer toutes sortes « de mauvais traitements. »

Un autre rapport de la même Commission établissait, que de 1852 à 1873 142.422 coolies furent importés à Cuba. Sur ce nombre 68.825 restaient en vie, 2.17Q étaient revenus en Chine, 53.096 étaient morts ou avaient été supprimés, FOL0220 étaient morts pendant la traversée.

Ces rapports furent réunis en un recueil sous le titre « Aperçu de l'enfer illustré », qui fut répandu à profusion dans tout l'Empire. On devine que l’effet n’en fut pas favorableaux étrangers et que la haine que le peuple nourrissait contre eux s’en trouva encore accue. ‘

Des efforts avaient été faits cependant pour mettre un terme à ce honteux trafic. Les Japonais mirent les premiers la main à l’œuvre, saisirent les navires des traitants et renvoyèrent les coolies en Chine. [’Angleterre ferma le port de Hong-Kong aux navires faisant la traite. Le Portugal, enfin, dena l'indignation générale, ne put faire moins que d’ entrer dans cette voie, et il se décida, le 27 décembre 1873, à interdire la traite à Macao, dont c'était la principale source de prospérité.

Depuis, l'exportation des coolies a continué. Le Pérou, le Brésil, le Transvaal en ont même prévu la réglementation dans les traités qu’ils ont signés par la suite avec la Chine, mais on peut dire que, depuis 1873, l’émigration des coulis fut plutôt volontaire et que leur sort fut “amélioré dans une grande mesure.

Trrre IL — L'affaire Margary.

L'affaire Margary est un épisode de la politique anglaise de pénétration en Chine par la voie de la Birmanie. Avant de l’examiner en détail nous donnerons un exposé succinct de cette politique.

Section I. — Historique de l'expansion anglaise en Birmanie.

Le conquérant birman A/ompra avait réuni sous son scentre, en 1753, toute la partie occidentale de la péninsule indochinoise. Ses conquêtes furent élargies par ses successeurs, qui, en 1793, à la suite d’une guerre victorieuse contre le Siam, se firent céder par ce royaume toute la côte de Tenasserim, avec les ports de Mergui et Tavoy. Auparavant, les Birmans s'étaient emparés de lArakan (1783) et avaient même pénétré dans le Chittagong où les Anglais s'étaient établis depuis 1760. Cette incursion en territoire anglais motiva l’envoi d’une mission britannique spéciale en Birmanie, qui obtint du roi d’Ava en septembre 1765 un traité assurant certains avantages commerciaux à la Ci anglaise des Indes. A la suite de ce traité les Anglais établirent l’année suivante un résident à Rangoon. Celui-ci ne put obtenir aucun nouvel avantage de la part du gouvernement birman, qui, sachant l’Angleterre fort occupée en Europe, apportait la plus grande mauvaise volonté dans lé règlement des difficultés et des incidents qui surgirent nombreux dans les dernières années du xvri* siècle et au commencement du xix*° entre lui et le Gouvernement anglais des Indes ; en particulier, le représentant anglais à Rangoon dut, une première fois, en 180%, quitter son poste, six mois à peine après son arrivée ; six années plus tard, en 1808, il fut reçu à Amarapoura he des marques de politesse, mais, au moment de son départ, on le chargea de deux lettres fort impertinentes pour le Gouverne- - ment général des Indes.

Mais, en 1824. l'Angleterre, débarrassée de ses soucis euro-" péens, résolut de reprendre vigoureusement sa politique indienne. Profitant d’une incursion armée du gouvernement birman d’Arakan sur la frontière sad-est du Bengale, elle déclara la guerre à la Birmanie. Elle fut une suite de succès pour les troupes anglaises. La guerre, déclarée le 5 mai 1824, prit fin le 24 février 1826 par le traité de Yandadou. Par ce traité l’Angleterre obtenait la cession de l’Assam, de l’Arakan, de Yeh, Tavoy, Mergui, Tenasserim avec les îles qui en dépendent. Les Birmans devaient s'abstenir de toute ingérence dans le Manipour, le Kuchäâr, le Jyntia et ils devaient payer enfin une indemnité de guerre. La Birmanie se trouvait par ce traité fortement amoindrie et complètement isolée du nordest de l’Inde et de l'embouchure de la Salouen. Elle se troivait réduite aux territoires bordantles deux rives de l’Iraouadi et au littoral de l’ancien royaume de Pégou, avec la ville importante de Rangoon.

Le traité de Yandabou, qui stipulait en outre des mesures de protection pour les commerçants anglais, ne fut pas observé par les autorités birmanes sur ce point particulier. De plus, de nombreux incidents de frontières dus aux empiètements des Birmans sur les territoires cédésà l'Angleterre amenèrent une nouvelle expédition armée qui eut pour résultat l’ansexion du royaume de Pegou aux autres possessions anglaises (20 décenbre 1852). Aucun traité ne sanctionna cette nouvelle conquête. Comme l'écrit M. Henri Cordier, « Voc- « cupation du Pégou et sa prise de possession ipso facto est «un des précédents en Asie qu’on aurait pu faire valoir « dans des circonstances plus récentes, lorsqu'on montrait une trop grande hâte pour signer des traités.]l ne faut pas oublier «qu’en Asie les Occidentaux n’y sont que par la force du « canon. Îl faut prendre d’abord, traiter ensuite; si c’est im- « possible, ne pas traiter, mais continuer l'occupation: Je ne « défends pas la théorie, mais la pratique. On ne fait pas un « empire colonial comme celui de l'Angleterre avec de la € théorie,mais avec beaucoup de pratique. »

L'occupation du royaume de Pégou et l’embouchure d’un grand fleuve comme l’Iraouadi devait nécessairement amener les Anglais à chercher des débouchés commerciaux vers les provinces sud-ouest de la Chine, le Yunnan en particulier. —

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Dès 1858, on lança plusieurs projets de lignes de chemins de fer qui se rendraient de Rangoon au Yunuau avec des embrauchements sur le Siam, le Cambodge, le Tonkin et l’Annam. L'opinion publique anglaise s’intéressa vivement à la question. — Aussi, lorsque l’explofation du Mekong par Îles. Français (1866) put laisser croire que ceux-ci devanceraient les projets anglais de pénétration au Yunnan, le zèle de lAngleterre se trouva stimulé, et, en 1868, une mission anglaise fut organisée daus. le but de « découvrir la cause de l'arrêt du commerce existant jadis par les trois routes, qui, partant de Bhamo, se réunissent à Nan-Tien pour former la grande voie à Momien et à Tali ».

La mission fut de retour à Mandalay le 20 septembre 1868. Elle n’eut aucun résultat pratique immédiat, par suite de la grande révolte musulmane du Yunnan qui rendait impossible tout commerce avec cette province. Mais, la révolte ayant été vaincue et le Yunnan pacifié dans le courant de l’année 1873, l'Angleterre reprit immédiatement ses projets de route vers le Yunnan. C’est alors que surgit l'incident avec la Chine, connu sous le nom d'affaire Margary et qui mit les deux pays à deux doigts de la guerre.

Section 11. — L'incident anglo-chinois de 1874. Convention de Tché-Fou.

Le représentant de l'Angleterre en Birmanie ouvrit, dans le courant de l’année 1873, des négociations avec les Gouvernements siamois et birman pour favoriser l’expansion de l’Angleterre vers le Yunnan Dans le courant de l'année suivante, une exploration fut décidée pour reconnaître la route de Chine par le Yunnan. Elle fut confiée au colonel Browne, qui devait aller de Birmanie en Chine, pendant qu’un agent anglais, le consul Margary, irait 3 sa rencontre en traversant le Yunnan. Les passeports nécessaires furent accordés parle Gouvernement chinoïs, qui donna en même temps des instructions aux gouverneurs des provinces que Margary devait traverser pour qu'il reçoive toute assistance de la part des autorités locales, — Margary quitta Chang-Haï le 22 août 1874, et, après un voyage remarquable, arriva à Manwyne dans le courant de février 1895. C’est là qu’il fut lâchement assassiné par des gens de Momein, le 21 février 1875. Les

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