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mêmes gens attaquèrent aussi la mission Browne, qui ne dut son salut qu’à une prudente retraite sur Bhamo. Comme l'écrit M. Henri Cordier, « l'attaque de la mission du colonel « Browne et l'assassinat de Margary , furent incontestable- « ment le résultat d’un complot local, dont les gens de Momein « étaient entièrement responsables. Il n’yavaitpas connivence « des autorités provinciales du Yunnan, encore moins du pou- « voir central. Dès lors, il semblerait que les choses auraient « dû s'arranger facilement entre le Tsoung-li-Yamen et la « légation d'Angleterre à Pékin. Pourtant, cette affaire qui « aboutit à la signature de la Convention de Tche-Fou fut par « ses négociations la plus épineuse du début du règne de « l'Empereur Xouang Siu ; par ses résultats l’une des plus « importantes de l’histoire des relations de la Grande-Breta- « ne avec l’Empire du Milieu ». |
. Sans vouloir entrer dans le détail des négociations, nous signalerons cependant que les difficultés qui les tinrent en échec étaient dues surtout à ce que le Ministre anglais Wade, abandonnant la tradition suivie jusque là de l’action commune du Corps diplomatique auprès du Gouverment chinois, agit en la circonstance «en cavalier seul » pour employer l’expression de M. Maspero. — L'action isolée d’un seul ministre étranger se heurtant aux susceptibilités de ses autres collègues — situation dont le Tsoung-li-Yamen sut tirer le plus grand profit — fit traîner les choses en longueur. — Enfin, le r3 septembre 1876, fut signée à Tché-Fou une convention qui mettait fin à l’incident. Cette Convention, divisée en trois sections, comprend : 1° un arrangement au sujet de l’affare Margary; 2° une nouvelle réglementation des relations officielles et de la procédure judiciaire ; 3° des modifications des taxes intérieures d'octroi dites Likin.
La première partie de la Convention n’intéressait que PAngleterre, mais les deux autres étaient communes au statut de tous les étrangers en Chine. Elles auraient donc dû être traitées après consultation et assentiment de tout le Corps diplomatique. Aussi, quand celui-ci, mis devant le fait accompli, fut prié par le prince Koung d entrer en pourparlers à leur sujet avec le Tsoung-li-Yamen il lui fut répondu que « pour le mo: « ment... ils (les ministre étrangers) n’entreraient pas en pour- « parlers avec le Yamen sur les trois points de la Convention de
« Tché-Fou » (Code d’étiquette, Procédure judiciaire, Likin).
Ainsi ces questions d'intérêt général demeuraient en suspens et le Gouvernement chinois conservait ses positions grâce au manque d'union qui s'était manifesté entre les Puissances étrangères du fait de l’Angleterre. Cette situation permettait au North China Heraid, un des journaux les plus importants de l’'Extrème-Orient,d’écrire avec quelque raison, dans un article du 6 juillet 1878,« qu’une expérience de près de deux ans, « depuis la publication de la Convention de Tché-Fou,n’a servi « à prouver ni la sagesse, ni utilité de ce document. Examiné « impartialement et mis à l'épreuve de la raison ordinaire, «il n’est, en fait, guère qu’un amas de verbiage sans but... »
Ces crititiques très dures, justifiées en partie en ce que cette Convention eût pu être plus féconde en résultats, si elle avait été concertée par l’ensemble du Corps diplomatique, paraissent quelque peu exagérés en ce sens qne quatre nouveaux ports étaient ouverts au commerce et que les Anglais, outre de de nouveaux avantages commerciaux, se voyaient concéder le droit de placer des fonctionnaires à Tchoung-King, point avancé du Haut-Yang-Tseu.
De plus, ce qui faisait le principal intérêt de la Convention de Tché Fou, c’était l’établissement d’agents diplomatiques chinois dans les pays étrangers (section Il, $ 1) grâce auquel la Chine se ralliait dans une plus grande mesure au droit international européen.
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Trrre IL. — Période de 1874 à 1880.
Le Gouvernement chinois eut, au début de cette période, son attention presque entièrement sollicitée par les négociations relatives au règlement de l'affaire Margary. Les dernières années de la même période furent remplies par les négociations ayant trait à l'affaire de Kouldja, dont l’examen fera l’objet -du titre suivant. Cependant d’autres incidents importants survenus pendant la même période ne peuvent être passés sous silence. Nous examinerons les principaux aux cours des pages qui vont suivre. Mais auparavant,nous signalerons que la politique chinoise à l'égard des Européens ne subit aucune modification. L'année 1875, en particulier, vit se multiplier les preuves de l’hostilité latente chez le peuple chinois et ses
gouvernants contre les étrangers, Citons-en quelques-unes : difficultés avec le Danemark au sujet de la construction de la ligne télégraphique Fou-Tchéou-Amoy, attaque de cette ligne et interruption forcée des travaux ; attaque de l’établissement de la Ci* danoise Great Northen. Telegraph, près de Houang-Kéou (4 septembre 1875) ; affaire de la goëlette allemande « Anna », qui fut pillée par .son équipage indigène, lequel massacra les deux seuls Européens du bord (22 septembre 1875) ; capture par une canonnière chinoise du vapeur anglais « Carisbroke » (12 juin 1875), attentatsdivers et recrudescence d’attaques contre les étrangers. Toutefois, la même année vit se manifester certaines mesures officielles qui ten-. draient à faire croire que le gouvernement chinois s'était départi de ses préventions contre les missionnaires et qu'il les” protégerait à l'avenir. Habituelle politique d’incohérence et de contradictions ! Le règlement avantageux avec la France de lincident créé par le meurtre de Abbé Hue à Kien-Kiang deux années auparavant, les décrets qui en furent la conséquence, ainsi que la proclamation affichée au Fou-Kien, à la requête des Etats-Unis, seraient pour nous confirmer dans celte idée. Mais nous n’oublierons pas qu’en 1875 la situation était très tendue entre la Chine et Angleterre et que ces mesures de bienveillance pouvaient trouver leur source dans le désir du Gouvernement chinois de ne pas s’aliéner les sympathies de la France et des Etats-Unis, dont, on se le rappelle, le concours n’avait pas été sollicité par l’Angleterre lors de la Convention de Tché-Fou. Notons aussi qu’en mars 1875 de nouvelles difficultés faillirent éclater enire la Chine et le Japou au sujet des îles Lieou Kieou, dont une ambassade se présenta à Pékin sans pouvoir être reçue, parce qu’elle s’était placée sous le contrôle du ministre du Japon. L’année suivante, ce dernier Etat, plus heureux que la France et les Etats-Unis, obtint de la Corée un traité de commerce ainsi que l’ouverture de deux ports coréens. Signalons aussi dans l’ordre chronologique l'affaire de Ning-Kouo, où la résidence de la mission avait été détruite et deux chrétiens indigènes massacrés (13 juillet 1876) ; la Convention du 24 octobre 1876 avec l’Angleterre par laquelle la Chine se faisait céder pour le rendre inutilisable le premier tronçon de chemin de fer construit en. territoire chinois ; la Convention d’émigration avec l'Espagne
du r7 novembre 1877; le traité allemand du 31 mars 1880 conclu après des pourparlers très laborieux qui durèrent plusieurs années ; deux traités américains du 17 novembre 1880, le premier pour réglementer l’émigration aux Etats-Unis, le second, relatif aux relations commerciales et à fa procédure judiciaire. |
Cette revue rapide des principaux incidents de la période envisagée terminée, nous dirons quelques mots de l'incident de la pagode Ning-Pô et de la constitution du Corps diplomatique chinois à l'étranger.
Section I — La Pagode de Ning-Pô.
Emeute du 3 mai 1874.
Dans la concession française de Chang-Haï se trouvaient deux dépôts mortuaires des gens du Fou-Kïen et du Ning-Péô. Sur l’emplacement du premier a été élevé l’hôtel actuel de la municipalité française, l’enlèvement du second dépôt devait être la cause d’une émeute populaire, le 3 mai 1874.
La municipalité française de Chang-Haï ayant formé le projet d'ouvrir une nouvelle rue, qui aurait traversé le cimetière attenant à la pagode de Ning-Pô, les administrateurs chinois de cet établissement adressèrent, en janvier et en mars 1874, deux suppliques au Consul général de France pour qu'il s’entremît auprès de la municipalité de Chang-Haï pour que celle-ci ne donnât pas suite à son projet. Les motifs invoqués étaient un droit de propriété des terrains sur lesquels étaient bâtis le cimetière et la pagode et enfin le désir de « s’épar- ‘ gner le désagrément de toutes ces exhumations » rendues inévitables par le percement d’une rue traversant le cimetière. La municipalité ne crut pas devoir accueillir la demande des Chinois, dont elle ne reconnaissait pas le droit de propriété sur des. terrains situés dans la concession française. D’autre part, la délibération du Conseil Municipal du 7 avril 1874 déclarait « qu'en présence même des efforts que l'Administration a « faits et des sacrifices qu'elle s'est imposés pour transférer « hors des limites de la Concession les cimetières européens « qui s’y trouvaient, le Conseil ne peut que souhaiter et deman- « der qu’il en soit de même pour les cimetières chinois ».
A la suite de cette délibération, la populace, excitée par les administrateurs de la pagode de Ning-Pô, s’assembla près de
cel établissement le 3 mai 1874, et, après avoir attaqué la maison habitée par l’agent voyer, M. Perceron, qui fut maltraité ainsi que sa famille, ellé commit divers dégâts dans la concession française. Des marins rétablirent l’ordre dans la soirée.
L’attitude de notre Consul général au cours de l’émeute ne fut pas exempte de critiques. Pris de peur, il crut devoir annuler la délibération du Conseil Municipal, jusqu’à décision du ministre de France à Pékin. Celui-ci n’osa pas désavouer le Consul, de sorte que l'affaire de la pagode de Ning-P6 restait en suspens. Nous avions perdu une excellente occasion de la règler une fois pour toutes et notre faiblesse au cours de cet incident ne fut pas pour accroître notre prestige auprès des Chinois de Chang-Haï. |
Section {1 — Constitution du Corps diplomatique chinois à l'étranger.
Lors des négociations de l'affaire Margary, le Ministre britannique avait remis au Tsoung-li-Yamen un Memorandum (11 août 1875), dont le sixième article réclamait l’envoi immédiat d’un ministre de haut rang « pour exprimer les regrets du Gouvernement chinois de ce qui s'était passé ». Faisant droit à cette requête la Cour de Pékin nomma le 28 août 1875 deux bauts dignitaires : Âouo Soung Taoet Sui Kienchen (remplacé par la suite par Lieou-Sihoung, pour s'acquitter de cette mission. Le départ des deux envoyés fut retardé par les négociations en cours. Celles-ci ayant abouti à la signature de la Convention de Tché-fou, le 13 septembre 1876, rien ne s’opposait plus à leur mise en route. Ils quittérent donc Chang-Haï, le 2 décembre 1876 et arrivèrent à Londres, le 22 Janvier 1877, où Aouo séjourna d’une manière permanente comme représentant du Fils du Ciel auprès de la Cour de Saint-James:
Le 11 décembre 1875 un décret impérial avait nommé des envoyés extraordinaires en mission dans les pays d’émigration : Etats-Unis, Espagne et Pérou.
Les premiers éléments d’un Corps diplomatique chinois étaient constitués. Ils devaient être complétés par la suite par l'envoi de représentants accrédités près les différentes cours. Ainsi donc l'établissement de ces missions permanentes dans