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Mandchourié; aussi demanda-t-ilavecinsistance que la Russie s’engageñt à respecter l'indépendance de cette province (13 janvier 1904). La Russie répondit le 1°" février, en ne prenant aucun engagement ferme à ce sujet ; mais elle déclarait qu’elle autoriserait linstallation des commerçants étrangers en Mandchourie, à la condition que le Japon ne fortifiât pas les villes maritimes coréennes. Cette réponse fut trouvée satisfaisante à Londres et à Paris .et tous pensèrent en Europe que la guerre était évitée. Mais le Japon ne s’en conteuta pas, et,le 5 février 1904, il rompait les relations diplomatiques avec la Russie. Celle-ci, pourtant, ne croyait pas à la guerre et pensait que le rappel de ambassade japonaise avait simplement pour but de faire pression sur le Gouyernement du tsar. Aussi sa surprise fut-elle grande, comme celle du monde entier, du reste, lorsqu’arriva la nouvelle du désastre de Port-Arthur. L’escadre russe était mouillée dans ce port, et, le 8 février 1904, à onze heures et demie du soir, trois de ses meilleurs bâtiments : le Ceserawitch, le Relirsan et le Pallada, furent coulés sans avertissement. Le même jour, deux autres navires russes, le Varyag etle Koreetz, mouillés dans la baie de Tchemulpo, sommés par la flotte japonaise de sortir du port pour combattre, acceptèrentle défi et se firent couler bravement par un ennemi plus nombreux.
La guerre russo-japonaise avait commencé. Aucune déclaration de guerre ne s'était produite de la part du Japon et l’opinion publique, dans le monde entier, lui fut généralement sévère. On lui reprochait de n’avoir pas prévenu la Russie que la rupture des relations diplomatiques ouvrait Pétat de guerre. La question fut discutée, à la Conférence de la Haye, en 1907, et l'impression qui reste de ces controverses est que si le Japon fut sincère, il mit, tout de même, quelque brutalité dans l’action.
Quoi qu’il en soit, les hostilités étaient engagées. Elles débutaient favorablement pour le Japon, qui demeurait maître de la mer après avoir porté les premiers coups à la flotte russe de Port-Arthur. Profitant de cette situation, une armée japonaise fut débarquée en Corée, dont l Empereur dut reconnaître le protectorat du Japon (9 février 1904). La Chine laissa faire et assista avec indifférence à la grande lutte pour la possession d’une de ses plus belles ae dont le sort
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allait se jouer entre deux nations étrangères sur son propre territoire.
Nous n’entreprendrons pas de faire l'historique détaillé des opérations. Rappelons-en simplement les principales étapes marquées par la prémière victoire du Japon, le 1°* mai 1904, à Kialientzé ; le débarquement des Japonais dans la presqu’ile du Leao-toung, le 5 mai ; linvestissement de Port- Arthur, du 6 au 7 mai ; la victoire de Kia-tchéou, le 26 mai ; l'occupation de Dalny, le. 30 ; la grande bataille indécise de Liao-yang, du 27 août au 3 septembre ; la capitulation de Port-Arthur, le rer janvier 1905 ; la bataille et la prise de Moukden, le 14 mars ; la destruction à Tsou shima, les 27 et 28 mai, de la flotte russe de la Baltique ; l'occupation de Sakhaliné, en juillet. -
Les avantages remportés par le japon étaient évidents : la Corée était sous $a domination ainsi que la plus grande partie de la Mandchourie. Il n’avait donc plus aucun intérêt à continuer la guerre, d’autant plus que ses forces militaires et financières commençaient à être épuisées. La Russie, d’autre part, en proie à des troubles intérieurs, aspirait à la paix. La France et l'Angleterre, alliées respectives des deux belligérants, venaient d’inaugurer l'entente cordiale par les accords du mois d’avril 1904. L’une et l’autre ne pouvaient donc que souhaiter que la lutte prit fin entre leurs deux alliés. Les Etats-Unis, enfin, avaient intérêt à ne pas laisser le Japon acquérir une trop grande prépondérance dans le Pacifique et étaient disposés à offrir leur médiation aux belligérants. Des ouvertures dans ce sens leur avaient été faites, l’hiver précédent, mais elles avaient été rejetées. Renouvelées le 8 juin 1905 par l'ambassadeur américain à Pétrograde, elles furent acceptées par le tsar deux jours après. Les plénipotentiaires russes et japonais, désignés le 2 juillet, se réunirent pour la première fois, le 5 août, à Oyster-Bay, à bord du yacht du président Roosevelt. Un mois après, jour pour jour, fut signé à Portsmouth le traité mettant fin aux hostilités. La Russie reconnaissait que « le Japon possédait en Corée des intérêts prépondérants politiques, militaires, économiques » et « elle s’'engägeait à s’abstenir de toute opposition ou intention au sujet des mesures de bon conseil, de protection et de bon contrôle que le Gouvernement impérial du Japon pourrait juger
nécessaire de prendre en Corée ». Elle transférait au Japon,
avec le consentement de la Chine, le baïl de Port-Arthur et de Chang-Choun. Elle cédait enfin au Japon sans aucune indemnité la pariie méridionale de l’île de Sakhaline avec les îles adjacentes. Les deux Paissances s’engageaient mutuel-
lement à évacuer complètement et simultanément la Man-
dchourie, à la rendre tout entière à l’administration de la Chine et à ne pas mettre obstacle aux mesures générales conmunes à toutes les Puissances que la Chine pourrait prendre pour le développement du commerce et de l’industrie dans cette province. Pour compléter ces dispositions, la Russie déclarait n’avoir en Mandchourie aucun avantage territorial, ni aucune concession exclusive ou préférentielle au détriment de la souveraineté chinoise et des intérêts généraux des autres Puissances.
Aucun des deux belligérants n’était astreint au paiement d’une indemnité de guerre. Le Japon, qui, tout d’abord, avait manifesté le désir d’en obtenir une, y renonça pour ne pas retarder la conclusion de la paix.
Des promesses furent échangées pour la conclusion d’un traité de commerce et d’un. accord au sujet du régime des pêcheries dans la mer d’Okhotsk.
La Russie n’avait perdu ni un pouce de son territoire, ni ni un roule d’indemnité. Elle se félicita de n’avoir pas été obligée à de plus graves concessions et le négociateur du traité, W. Witte, fut élevé à la dignité de comte par le tsar. La guerre russo-japonaise fut considérée, en Russie, comme une entreprise coloniale que le succès n'avait pas couronné et l’opinion publique ne s’en émut pas autrement. Au Japon, au contraire, l’opinion avait suivi fiévreusement le développement des opérations de guerre et des négociations de paix. Malgré les avantages obtenus, malgré Ja prépondérance du Japon admise en Corée, le peuple ne fut que médiocrement satisfait et des manifestations violentes se produisirent à Tokyo contre le traité qualifié de « paix humiliante ». Mais l’agitation ne dura pas et l’opinion publique se rendit bientôt compte de ce que ses réclamations avaient d’injustifié en considérant la place que son pays avait prise dans le concert des Puissances.
* La France, qui avait éprouvé quelques inquiétudes au sujet
del Indo-Chine, et dont la situation vis-à-vis du Japon manquait de netteté, signa avec lui l'accord du 10 juin 1907, aux termes duquel les deux pays se garantissaient leurs possessions en Extrême-Orient, promettaient de maintenir le statu quo en Chine et s’engageaient à s'appuyer mutuellement dans les régions de l’Empire chinois voisines de leurs possessions pour y assurer la paix en cas de troubles.
La Russie, docile aux suggestions de la France, et jugeant que le meilleur moyen d'avancer son expansion en Chine était de entendre avec le Japon, sans l’assentiment duquel il était impossible de mener à terme un projet de développement dans l’Empire chinois, changea d’attitude à son égard et résolut de collaborer désormais avec son adversaire de la veille pour tirer le plus de bénéfices possible de la situation précaire de la Chine. Un premier accord intervint entre les deux pays, le 13 juin 1907, pour l'exploitation des chemins de fer de l’Est chinois et du Sud mandchourien. Il fut suivi, le 28 juillet 1907, d’un traité de commerce et de navigation sur la base de la parfaite égalité et d’un règlement de la question des pêcheries. Ces conventions furent complétées par l'accord du 30 juillet 1907,par lequel les deux pays affirment leur volonté « de fortifier lesrelations pacifiques amicales et de bon voisinage rétablies entre eux, et d’écarter la possibilité dé malentendus futurs entre les deux Empires ». Ils s’engageaient de plus à respecter tous les droits résultant pour l’un ou pour l'autre des traités en vigueur,accords ou conventions appliqués à présent entre eux et la Chine.
La situation en Extrême-Orient devenait ainsi plus claire. Les deux rivaux de la veille s’entendaient sur le dos de la Chine. Les accords russo-japonais furent complétés, le 31 août 1907,par des accords anglo-russes au sujet de la Perse, l'Afghanistan et le Thibet, mettant fin aux rivalités des deux Puissances contractantes dans ces régions.
Ainsi, les quatre principales puissances intéressées dans la question de Caine, la France, l'Angleterre, la Russie et le Japon venaient par une série d’accords d’écarter les causes de mésentente entre elles et de se garantir leurs possessions réciproques en Extrème-Orient.
Les Etats-Unis complétèrent ces accords en concluant avec le Japon une convention similaire, l’année suivante, aux termes
de laquelle les deux pays se garantissaient leurs intérêts mutuels en Chine et se promettaient de prendre toutes mesares éventuelles pour faire respecter le maintien du s{atu quo.
Enfin, le 4 juillet 1910, le Japon et la Russie s’entendirent défiuitivement pour se partager à l’amiable la prépondérance en Mandchourie.
Ces différents accords étaient intervenus sans que la Chine ait été consultée à aucun moment. C'était pourtant la principale intéressée, mais on la considérait comme hors de cause et on réglait le sort de ses provinces sans lui donner voix au chapitre, Sa situation intérieure la mettait à la merci de toutes les ambitions et son sort eût été tout autre si elle n’avait trouvé dans le Japon un défenseur intéressé, certes, mais qui, se posant en champion de ses frères jaunes, devait empêcher que la Chine ne fût dépecée comme un gâteau, à la manière du continent noir.
Il nous reste, pour terminer notreétude, à dire quelques mots de la crise intérieure que traversait la Chine et de la Révolution qui aboutit à la chute de la dynastie mandchoue et à
l’avènement de la République.
Tirre IV. — Le mouvement révolutionnaire.
Après les premiers revers de la guerre sino-japonaise, il s'était formé en Chine un parti politique, « te Keming », à caractère nettement révolutionnaire. À sa tête se et un jeune homme d’une trentaine d'années, Sun-Yat-S'en, qui veuait de terminer ses études de médecine aux écoles a. de Hong-Kong. Grâce à l’activité de son chef, le nouveau parti recruta des adeptes chaque jour plus DObreUs dont la plupart étaient des Chinois établis à l étranger. Les ressources du « Keming » provenaient des cotisations de ses membres et surtout des larges subventions qui lui étaient accordées par les riches marchands chinois installés hors du Céleste Empire. Le nombre relativement considérable de ses membres, — plusieurs centaines de mille, — et l’importance relative de ses res sources, — une douzaine de millions en 1904, — permit au parti révolutionnaire d’eimbrasser dès le début de son existence un programme très vaste. Celui-ci tenait en trois propo-
sitions : le renversement des Mandchoux, l'établissement d’une République démocratique et la socialisation du sol. Seul le premier de ces buts devait être atteint.
Dès le mois d’octobre 1895, les révolutionnaires, ayant leur chef à leur tête, tentèrent un coup de main contre Canton, la capitale du sud. Ils ne réussirent pas à s’en emparer et ébr tentative malheureuse fat vigoureusement réprimée. De nombreux partisans furent décapités et Sun-Yat-Sen réussit à grand’peine à échapper au même châtiment. ;
Rendu prudent, mais non découragé, après ce premier échec, Sun-Yat-Sen, tout en tenant son parti en haleine, par des discours virulents, des proclamations enflammées, resta cinq ans sans tenter de nouveau la chance. La crise des Boxeurs lui parut favorable pour déclencher un nouveau soulèvement dans la région cantonnaire. Après quelques succès, les rebelles furent battus et dispersés, mais Sun-Yat-S'en réussit encore à se sauver et à passer au Japon.
Depuis ce moment, on trouve les Révolutionnaires mêlés à toutes les émeutes, à toutes les rébellions qui éclatèrent un peu partout en Chine, provoquées par la famine ou les exactions des mandarins. Ainsi on les voit, en 1906, apporter leur concours aux ouvriers des mines de Ping-Chang, qui s’étaient révoltés contre les mandarins ; on les voit participer en juin 1907, aux troubles de Swatow et de Pakkoï causés par l’abus des taxes imposées par les mandarins.
- Au printemps de l’année suivante, les révolutionnaires tentèrent sans succès de soulever toute ii province du Yunnan.
Ce dernier échec diminua la confiance que l’on accordait à Sun-Yat-Sen.Plusieurs de ses partisans l’abandonnèrent pour ‘ se rallier au parti réformateur de la Cour. Pourtant, les Révolutionnaires ne se découragèrent point, et, en avril 1911, ils tentèrent un nouveau coup de main sur Canton, qui avorta complètement. Quelques mois plus tard, cependant, en octobre,le succès devait enfin couronner de si persistants efforts et la Révolution victorieuse allait réaliser son premier but : le renversement de la dynastie.
Telles sont brièvement résumées les TA étapes parcourues par le part révolutionnaire. Signalons que la plupart des pays étrangers lui avaient accordé leurs sympathies plus ou moins déclarées. Ainsi la France prêta le concours de plu-
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sieurs officiers à Sun-Yat-Sen, en 1908, lors des affaires du Yunnan, et c’est à Parisque, quatre années auparavant, le chef des révolutionnaires avait trouvé à emprunter une douzaine de millions. L’Angleterre et le Japon recueillaient, l’une à Hong-Kong, l’autre sur son propre territoire, les militants du parti « Keming » et leur permettaient de s’armer et de préparer leurs coups de main.
Mais ces sympathies se refroidirent à mesure que les échecs des révolutionnaires se renouvelaient. Leurs efforts désordonnés et stériles atténuaient la confiance qu’on avait en eux, d'autant plus que l’on voyait la Cour entrer résolument dans la voie des réformes. | |
Nous avons déjà indiqué dans la première partie de ce travail les efforts faits par les Mandchoux pour instaurer en Chine un régime constitutionnel. Nous savons qu’ils échouèrent et que la Révolution victorieuse aboutissait, le 3 décembre 1971, à la proclamation de la République chinoise.