‹ Aperçu des relations internationales de l'empire chinoisChapitre 4 sur 40 · RER · texte numérisé non relu

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conviction dans les ressemblances qu’offrent certains vieux caractères d'écriture chinois et assyriens. Mais, ainsi que l'écrit M. Farjenel (1), «quelque curieux que soient ces rapprochements ils constituent un fil bien ténu lorsqu'il s’agit d’établir par ce seul moyen la filiation d’un grand peuple ». Cet auteur préfère se référer aux analogies que présentent la civilisation chinoise et la civilisation des anciens peuples tirant leur origine de la souche Assyro-Chaldéenne. Il arrive ainsi à des résultats capables de fonder une conviction sérieuse. Il établit d’abord des rapprochements suggestifs dans le domaine religieux ; ainsi la religion des ancêtres de tous temps pratiquée par les Chinois l’a été aussi dans les Républiques antiques de Grèce et de Rome ; de même que ces deux derniers peuples et ainsi, que la plupart des peuples du bassin méditerranéen, les Chinois ont divinisé certaines forces matérielles de la nature dominées toutes par un Etre suprême, tel que Zeuss ou Jupiter, qu’ils dénomment le Chang Ti. Comme eux, les Chinois ont toujours cru à l'immortalité de l’âme et à la nécessité du sacrifice pour racheter les fautes des humains et attirer sur eux la bienveillance des forces occultes qui peuplent le Ciel.

On employait les mêmes victimes pour les grands sacrifices ; ceux-ci se faisaient de la même manière et beaucoup de cérémonies du Culte public rappelaient celles des anciens peuples de l’Occident.

Dans un autre domaine, celui de l'architecture, M. Farjenel fait remarquer que la construction des palais princiers, des temples, des demeures particulières affectait la même forme à Rome, en Grèce et en Chine, et que la disposition des appartements était la même jusque dans ses plus petits détails. L’atrium romain et le mégaron grec revivent dans le tang chinois qui continue à conserver son caractère de temple familial et qui se retrouve dans la plupart des maisons chinoises (2).

D’autre part, la conception de la vie familiale est à peu près la même à Rome et en Chine. Dans les deux civilisations les principaux actes de la vie humaine, tels que l'initiation de

(1) F. FaryENEL. — Le peuple chinois : ses mœurs et ses institutions. (2) C’est là que sont placées sur un autelles tablettes sacrées des ancêtres et que se célèbrent toutes les cérémonies.

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l'adolescent à la vie publique, les fiançailles, le mariage, etc., sont soumis aux mêmes règles.

Tous ces traits permettent de conclure que le peuple chinois fut constitué par des tribus qui, entre les 3° et 2° millénaires avant Jésus-Christ, émigrèrent de Mésopotamieemportant avec elles les racines d’une civilisation déjà vieille qui se retrouvent chez tous les peuples de même origine.

L'état pastoral des premières tribus a été suivi comme chez tous les peuples par l’état agricole, quand les tribus se sont fixées sur le sol qu’elles cultivaient. Puis ces tribus se sont groupées et ont constitué des principautés, des royaumes et enfin l’Empire. Celui-ci, tei qu’il existait hier encore, datait de l’an 230 avant Jésus- Christ; il fut fondé alors par un prince de l'Etat de Tsin qui réunit sous son sceptre les peuples des huit royaumes qui habitaient la Chine. Mais ce ne fut là qu’une reconstitution politique analogue à celles qui, beaucoup plus tard, se sont produites en Occident en intéressant des territoires moins vastes et des populations moins nombreuses. Aux premiers temps de leur histoire, les tribus chinoises étaient, en effét, sous la domination, tout à la fois temporelle et spirituelle d’un Empereur, Ti, qui était en même temps le grand, pontife de la nation ; puis la féodalité succéda à cet Etat quasi unitaire qui renaquit enfin au m1° siècle avant notre ère pour se Here tuer tel jusqu’à nos jours.

Mais, malgré les changements politiques, les fondements de la Societe chinoise sont demeurés les mêmes à travers les siècles et il nous suffira de jeter un coup d’œil rapide sur chacune de ses institutions principales pour en avoir une image

fidèle.

Tirre Il. — De la famille.

Un trait caractéristique de cette société est,la forme patriarcale qu’elle n’a pas encore entièrement abandonnée : c’était, à cet égard, une société primitive que les progrès de la civilisation ont quelque peu modifiée mais qui était, jusqu’à ces dernières années, demeurée identique dans son essence. A la base se trouvela famille, Kia, des temps antéhistoriques avec, à la tête, le paterfamilias de l’ancienne Rome (Kia-Tchang) dont les pouvoirs sur sa gens sont absolus; mais,tandis qu’en Occident, l'autorité du chef de famille découle de la conception

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que l’on se fait du droit naturel de paternité, elle tire sa source, en Chine, du sentiment religieux. Le père est à la fois le chef et le prêtre du groupement familial; c’est lui qui est le dépositaire du culte des aïeux, et qui sacrifie à leurs mânes aux dates fixées par les livres sacrés dont les formules mystiques se transmettent pieusement de génération en génération. Le Kia comprend toutes les personnes de même sang, de même nom (Sing), c’est-à-dire tous les descendants d’une souche commune qui honorent les mêmes ancêtres. À eux s'ajoutent les femmes légitimes ou concubines, les serviteurs et les esclaves. La parenté étroite est limitée aux descendants d’un même trisaïeul ; elle était exclusivement agnatique (1). Mais la communauté du culte plus que les liens du sang forme la famiile (2). Celle-ci apparaît comme un groupement homogène absorbant entièrement la personnalité individuelle de chacun de ses membres. L’individu ne compte pas ; seul prend figure et compte dans la société le groupement familial auquel il appartient. Ceci explique l’autorité absolue reconnue au père de famille et justifie le principe de solidarité illimitée de tous les membres de la famille longtemps admis en Chine, à l'égard: de la loi.

Le père de famille a droit de vie et de mort sur ses enfants (3). Il est le maître du patrimoine du Kia qu'it gère et administre à son gré. Mais il n’est pas tenté d’abuser de son autorité parce qu'il sait qu’elle ne lui est donnée que pour être employée au bien commun de la famille ct qu’il est responsable devant les ancêtres de l’usage qu’il en fera (4).

(1) A la fin de l’Empire,une loi avait créé une parenté cognatique, maiselle n’avait qu'un simple caractère cérémonieux. <

(2) Il s’agit, bien entendu,duculte des ancêtres ; mais, outre celui-ci, chaque famille a des cultes spéciaux envers queiques dieux de la nature physique (Lutins, nymphes, etc...); de plus, rares sont les Chinois qui ne pratiquent pas une religion d'origine étrangère (boudhisme, taoïsme, islamisme, christianisme, etc..). La propagation de celles-ci a été possible parce que la religion nationale chinoise, le culte des ancêtres, n’a pas le caractère d’exclusivité qui est le fondement des autres croyances philosophiques.

(3) Et il ‘ne se faisait pas faute d’user de ce droit, puisque, hier encore, l’infanticide était de pratique courante. Des lois publiées au xvur siècle l’interdisaient bien, mais les mœurs retardaient sur les lois et les magistrats fermaient les yeux. En pratique, les filles seules étaient mises à mort, lors de leur naissance, souvent même sur une vaste échelle, puisqu'il a éte établi que dans certaines provinces pauvres le nombre des filles mises à mort a atteint parfois 40 à 45 o/o des naissances (Superstition, crime et misère en Chine, D* MariGnox): Cependant ce fléau était atténué depuis la venue des Européens, les filles étant conservées pour servir d’aliment à la prostitution.

(4) À sa mort, cette autorité, véritable patriapotestas du droit romain, passe à

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