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Cette croyance virace dans l’âme de tout Chinois, cette idée de la solidarité familiale suffisent à empêcher le père de famille d’abuser de ses droits sans limites. Sans limites ! ce n’est pas là le vrai mot, parce que dans chaque famille existe aujourd’hui encore un Conseil des anciens qui, dans les cas graves, donne son avis au paterfamilias. Cette assemblée était aussi, sous l’Empire, un tribunal domestique jugeant et condamnant les membres de la famille ayant manqué à leurs devoirs. Au premier rang de ces manquements dans lintérieur du Kia se plaçaient naturellement fes atteintes au respect, à l’obéissance que l’on doit à ses parents, au père en particulier. Dès leur jeune âge les enfants apprennent à lui obéir, à les vénérer et à se soumettre aveuglément à ses ordres. Tant qu’il vit, ils demeurent sous sa tutelle et ne sont émancipés, aussi vieuxsoient-ils, que lorsque le père meurt (1). D'autre part, son caractère sacerdotal le rapproche de ces demi-dieux que sont les ancêtres avec lesquels, seul de toute la famille, il peut communiquer grâce aux paroles rituelles qu'il prononce lors des sacrifices qu’il ieur offre. On conçoit que dans ces conditions le père soit considéré comme un personnage sacré par tous les membres de la famille. Aussi estil vénéré par ses enfants qui « n’osent pas le regarder en face » et qui, à plus forte raison, n’oseraient pas lui désobéir ou lui manquer de respect. Le coupable ne tarderait pas à expier son crime par une cruelle bastonnade pouvant parfois entraîner la mort. Si, fait extrêmement rare dans les annales chinoises, un fils tuait son père, il était découpé vif et mourait dans des souffrances atroces. La seule intention de parricide valait la décapitation.
Remarquons que sous l’ancien régime, à moins de plainte formelle de la part des parents, les magistrats n’intervenaient pas dans ces sortes d’affaires, qui étaient réglées en toute indépendance par la collectivité familiale. La loi prescrivait bien cependant aux magistrats de poursuivre et de condamner les
son fils aîné légitime ou concubinaire et en leur absence au fils adoptif de son choix ou au fils posthume que lui donnera sa famille. Dans ces deux derniers cas, le successeur doit être un agnat de proche parenté, toujours de même nom, afin qu'il ait dans sa lignée des ancêtres communs avec celui auquel il succède,
(:) Depuis la Révolution tous les citoyens jouissent de l'égalité civile, Un fils majeur est donc émancipé de plein droit, mais dans beaucoup de provinces, chez le peuple surtout,les mœurs, sur ce point encore, continuent à avoir le pas sur la
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parents qui frappaient à mort leurs enfants, mais comme la plupart des lois chinoises celle-ci aussi demeurait lettre morte.
Dans chaque famille est tenu à jour, de façon scrupuleuse, une manière de journal et de registre d’état civil appelé le livre généalogique grâce auquel on peut prouver la parenté et la filiation. On y enregistre les naissances, les décès et tous les événements intéressant la famille. Il renferme aussi les récits des hauts faits et des vertus des aïeux et a un caractère éminemment religieux, puisqu'on ‘en lit des passages dans les cérémonies cultuelles et qu’il rend sensibles les liens religieux, les seuls qui comptent en Chine, unissant les descendants des mêmes ancêtres.
Ainsi la famille de l’ancien régime nous apparait comme un véritable petit Etat renfermant tous les éléments d’une société complète. Elle avait son chef, son patrimoine, sa religion particulière, son temple, son tribunal. Elle s’administrait elle-même et n’était tenue vis-à-vis de l’autorité publique qu’à un minimum de prestations laissant subsister intactes son indépendance et son autonomie. C’est là une des causes, la principale peut-être, de l'extrême faiblesse du pou FOIX central dans l’ Empire du Milieu.
D’après la loi,tous les membres d’uñe même familleauraient dû habiter sous le même toit. Mais cela n’a pas été lougtemps possible avec l’accroissement de la popalation et le développement de la civilisation : les descendants d’un même ancêtre se sont donc séparés du Kia originel pour en former d’autres indépendants. Mais ils sont toujours rattachés à la souche commune par le culte que tous rendent aux mêmes aïeux. Ils entretiennent à frais communs un temple familial, et audessus de l’autorité particulière de chaque Kia Tchang se place l'autorité du chef de clan (réunion de familles de même sang), qui doit obligatoirement être consulté dans les cas graves.
On conçoit qu'avec une constitution du groupement familial telle qu’elle x été décrite, le mariage n’ait pas été considéré en Chine de la même façon qu’en Occident. Pour les Chinois, il n’est pas le point de départ d’une nouvelle famille et a pour but, non d’assurer la satisfaction personnelle des deux époux, qui le plus souvent ne se sont jamais vus avant le mariage, .mais bien « par le moyen de l’union de deux familles de différents noms, d’assurer, d’une part, le service du